Matricule 728: Toujours la même question; pourquoi résister?

Comme un peu tout le monde, j’ai jeté un oeil sur les images d’un reportage de la Société Radio-Canada (SRC), hier, concernant une intervention de l’agent Stéphanie Trudeau, du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), mieux connue sous l’appellation “matricule 728”, et ce depuis certaines interventions, lors des manifestations des étudiants, le printemps dernier, interventions que l’on pourrait qualifier de musclées, si l’on se fie aux commentaires qui ont passé dans les médias sociaux.

Évidemment, la SRC mettra bien les images qu’elle veut, dans son reportage, question que sa nouvelle passe bien, et fasse réagir.  Par contre, quel que soit le dossier, et dans celui-ci comme dans tous les autres, il nous manquera toujours les images des premières minutes de l’intervention, celles avant que les policiers utilisent la force.  Et c’est encore le cas ici.  Pas que madame Trudeau soit de tout repos; ses propos, enregistrés à son insu, semble-t-il, montrent qu’elle a “du caractère autant que sa bière”, comme disait une vieille pub de Molson.  Le problème est que lorsque l’on ne voit que les séquences où les policiers utilisent la force, cela laisse l’impression, à ceux et celles qui visionnent le reportage, que l’utilisation de cette force est la pratique courante, ce qui est loin d’être le cas.  Personnellement, j’ai eu affaire avec des policiers, à plusieurs reprises, et la norme fut que le tout se déroulait sans aucun contact physique, minimalement, à défaut de cordialité.

La question que je pose souvent, dans le cas d’une intervention policière, est la suivante; pourquoi résister?  Lorsque l’agent demande de s’identifier, on s’identifie, et la discussion s’engage.  Mais si l’on réagit avec une question, ou que l’on proteste contre le simple fait de s’identifier, il arrive que le policier en remette, question de justifier son travail, et c’est là que les troubles commencent, et que l’escalade des moyens se met en marche.  Le principe est pourtant simple; le policier est payé, avec vos impôts, pour veiller à l’application des lois.  Donc, quand un policier intervient, il fait tout simplement le travail pour lequel vous le payez!  Dans le cas présent, l’agent Trudeau a constaté un individu, en l’occurrence Rudy Orchietti, avec une bière à la main, sur la voie publique, à savoir le trottoir.  Le comportement que monsieur Orchietti aurait dû adopter est de s’identifier; à ce moment, l’agent lui aurait probablement signifié qu’il est interdit de consommer de l’alcool sur la voie publique, ce à quoi le citoyen aurait pu tout simplement réagir par un "M’ouais, j’aurais dû laisser ma bière dans la maison!"  L’agent aurait pu alors l’avertir, tout simplement, ou au pire, lui remettre un constat d’infraction, que le type aurait eu tout à loisir de contester devant la cour.

Mais à voir le reportage de la SRC, ce n’est manifestement pas ce qui s’est produit; Rudy Orchietti a résisté, et il a eu le malheur de tomber sur “Matricule 728”.

Dans cette affaire, il est clair que madame Trudeau n’y est pas allé “avec le dos de la main morte”, comme dirait l’autre.  Elle en a mis beaucoup plus que ce que le client demande.  Par contre, était-il nécessaire que monsieur Orchietti se rebute à la simple demande de s’identifier?  Si le citoyen était vraiment calme, et n’avait opposé aucune résistance, tant verbale que physique, il aurait été surprenant que l’agent Trudeau, même avec son caractère bouillant, ne passe à une intervention physique.  Car un individu qui veut démontrer sa domination, policier ou non. ne frappe pas sur quelqu’un qui répond à ses demandes par un “oui”!

À la base, le policier représente l’autorité; se dépêcher à le contrarier dès sa première demande, c’est courir après le trouble!  Plusieurs individus l’ont constaté, et souvent à leurs dépens.  Si Dany Villanueva s’était identifié, au lieu de résister à son interception, à l’été de 2008, son frère Fredy serait probablement encore de ce monde.  Si les étudiants avaient été mieux organisés, et plus conciliants, envers les policiers, il y aurait probablement eu beaucoup moins d’interventions musclées, le printemps dernier.  Des dizaines de citoyens sont interpellés, à chaque jour, et on n’entend à peu près jamais parler d’utilisation d’une force plus grande que nécessaire, de la part des policiers.

Ici, la question n’est pas de savoir ce que doit être le comportement exemplaire du policier, mais bien d’éviter les problèmes.  Car à peu près personne, sur cette planète, n’a un comportement exemplaire; certains ont un seuil de tolérance plus élevé que d’autres, que ce soit d’un côté ou de l’autre de la balance.  Si un individu a le droit d’avoir l’air bête, parce que sa journée est merdique, pourquoi le policier devrait-il être au-dessus de tout cela?  Il est un être humain, lui aussi, avec ses forces et ses faiblesses; on a beau lui fournir un entraînement particulier, le policier ne sera jamais une machine, qui réagit toujours de la même façon aux situations qui se présentent à lui.  Autre point; puisque le seuil de tolérance varie, d’un individu à l’autre, il est donc possible que monsieur Orchietti se croyait dans son droit, alors que la policière croyait le contraire.

Ceci étant dit, je répète que l’agent Stéphanie Trudeau est allé trop loin, dans le cas qui nous concerne.  Mais faut-il rappeler que Rudy Orchietti n’a probablement pas été exemplaire, lui non plus.  Il aura la possibilité de contester toute l’affaire, et Dieu merci, ce n’est définitivement pas moi qui va rendre la décision finale.

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7 réflexions sur “Matricule 728: Toujours la même question; pourquoi résister?

  1. J’aimerais, Luc, que vous me pointiez l’endroit, dans le texte, où je tente de justifier le comportement de madame Trudeau.

    Le seul point que j’apporte, avec ce texte, c’est que dans le seul but de faire "valoir ses droits" d’abord et avant tout, on se retrouve avec de sérieux problèmes. Que le comportement du policier soit acceptable ou non (je mentionne d’ailleurs à plusieurs reprises, dans le texte, que Matricule 728 est allée trop loin, dans le cas présent!), là n’est pas la question; d’ailleurs, il y a toujours moyen de contester le comportement inacceptable d’un agent de la paix! Le point que je soulève, c’est que si l’on accepte d’être conciliant, avec un ou des policiers, on s’en tire à bien meilleur compte qu’en utilisant l’affrontement, et ce que l’on soit dans son droit ou non.

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  2. Est-ce que tenter d’obtenir des explications d’un policier est de la résistance ? Si un policier m’arrête parce que je roule à 104 km/h sur l’autoroute, est-ce que j’ai le droit de la demander poliement des explications ? S’il devient agressif à l’idée même que je lui pose une question (ou pire encore, parce que je m’habille d’une façon X qui me donne des airs de go-gauche alors que le policier est à droite), alors on trace la limite où : je me la ferme et lui tend les bras pour qu’il me passe les menottes ? Le GBS doit toujours être le principe qui guide le travail d’un policier ou de tout autre fonctionnaire payer par nos taxes. Évidement qu’il y a la loi, mais la loi ne prévoit pas tout dans toutes les circonstances, sinon les policiers pourraient bien être remplacé par des robots…

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  3. Je veux seulement rappeler qu’il y a des limites à la formation.

    Parce qu’à la base, le policier demeure un être humain, et que l’être humain est un animal qui a supposément évolué plus que les autres, il restera toujours la possibilité d’un élément déclencheur, qui amènera une réaction démesurée. Prenez un animal, n’importe quel; puisqu’il faut un exemple, prenons un chien. Il sera doux, avec les enfants, accomplira les trucs simples qu’on lui demande, et tout ira pour le mieux jusqu’au moment où, pour une raison inexpliquée, il deviendra plus agressif, et il faudra prendre des mesures pour le calmer.

    L’être humain, qu’on le veuille ou non, a lui aussi certaines situations devant lesquelles il perdra son calme. Et les situations seront différentes pour chaque individu. Il s’agit alors de faire en sorte que l’individu ne rencontre plus ladite situation qui le met hors de lui. Et le problème, avec cet état de fait, c’est qu’aucune formation ne peut complètement empêcher que cela se produise. Il faudrait déprogrammer le cerveau de l’individu, en faire un robot, littéralement, et encore là, il n’y a aucune garantie de succès.

    À entendre les propos de l’agent 728, il semble clair que les événements du printemps, impliquant les étudiants, et autres manifestants, l’ont placé dans une situation qui la met hors d’elle, et il lui faudra de l’aide, pour redevenir une policière au comportement normal. Si cela s’avère possible, bien sûr. Dans le cas contraire, le SPVM devra envisager le maintien, en permanence, de cette policière à des tâches administratives, de façon à ce qu’elle ne se retrouve plus "sur le terrain".

    Le point que je soulève, dans mon billet, est que même avec la meilleure formation imaginable, le risque d’un tel dérapage demeure possible. Aussi, le citoyen doit mettre les chances de son côté, et interagir avec le policier de façon conciliante. Car l’opposition, ou la résistance, aussi minime soit-elle, peut s’avérer l’élément déclencheur qui entraînera n’importe quel être humain hors de lui. Et compte tenu de la pression que subit quotidiennement le policier, le risque demeure quand même considérable.

    Bref, vous connaissez sûrement une personne avec laquelle vous ne dites pas tout ce que vous pensez, de peur qu’elle réagisse mal; il faut faire pareil avec le policier.

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