Le discours du Trône: …ça, c’est fait

En ben voilà, le sort en est jeté. Le vote sur le discours du Trône a eu lieu aujourd’hui, et il a été adopté, tel quel, à 126 voix contre 79. Ainsi, les conservateurs vont pouvoir imposer leur programme.

La manchette de LCN avance que les 49 députés bloquistes et les 30 députés néo-démocrates ont voté contre le discours, alors que les libéraux se sont abstenus de voter. Cela démontre assez bien à quel point Stephen Harper a mis Stéphane Dion et les libéraux dans sa petite poche, et pourra faire somme toute ce qu’il veut d’ici la fin de son mandat, prévu pour l’automne de 2009, évidemment si rien ne vient renverser la vapeur d’ici-là. Faut-il se rappeler qu’il s’agit tout de même d’un gouvernement minoritaire, et qu’il pourrait être renversé sur d’autres questions. Mais il sera quand même gênant pour les libéraux de voter contre l’un ou l’autre des projets de loi qui feront suite au discours du Trône, les conservateurs pouvant leur remettre sur le nez leur « non-rejet » du discours, et ce même s’il contenait l’enterrement de Kyoto, ainsi que la poursuite de la mission en Afghanistan jusqu’en 2011.

J’imagine Stephen Harper, dans son bureau, après le vote…

« Bon, le discours du Trône, ça, c’est fait,… quel est le point suivant, maintenant? »

Saïd Jaziri est arrivé en Turquie

LCN nous a informé que l’imam Saïd Jaziri est arrivé en Turquie, ce pays où il craignait devoir subir la torture. Dans une entrevue téléphonique depuis la résidence de ses parents, il a raconté avoir été « torturé psychologiquement et physiquement » par les agents… canadiens!

Si cela peut lui faire plaisir, il pourra toujours demander aux autorités tunisiennes le statut de réfugié parce qu’il a été torturé au Canada, par des agents canadiens, et ainsi joindre Myriam Bédard et son mari, Nima Mazhari, dans leur lutte au « terrorisme canadien ». Toujours est-il que dans sa voix, on pouvait saisir la souffrance de cet imam déchu, qui a été sauvagement arrêté comme le pire des criminels. Bon, ça va, j’arrête le mode « sarcasme »…

N’empêche que s’il s’attendait à être torturé en Tunisie, Saïd Jaziri a pour l’instant été plutôt bien accueilli là-bas. Il est retourné chez papa et maman, où il pourra toujours se plaindre comme les ignobles canadiens. Bien sûr, je m’attends bien à ce que quelques gogauchistes prétendent que c’est parce que le premier ministre Stephen Harper se rapproche de George W. Bush dans son modèle d’administration. D’ailleurs, Jaziri lui-même se disait « comme s’il était à Guantanamo ». Il a certainement dû y aller souvent pour savoir si bien ce qui se passe là-bas…

En bref, je maintiens que Saïd Jaziri a filé une corde pour se pendre, et qu’il s’est accroché avec, voilà.

Nomination de juges: Il fallait s’y attendre

Alors que les libéraux de Stéphane Dion peaufinent encore leurs trucs pour garder le gouvernement de Stephen Harper en selle malgré leur « opposition » au discours du Trône, ils trouvent d’autres chevaux de bataille pour déchirer leurs chemises à la Chambre des communes. Ils dénoncent la nomination de certains juges, dont Lawrence O’Neil, ancien député conservateur, à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, Bruce McDonald, autrefois responsable du financement des conservateurs en Alberta, Brian Richard Bell, qui fut président de la campagne à la direction de Stephen Harper au Nouveau-Brunswick, et Jacques Léger, qui a été président du parti progressiste-conservateur.

Le ministre de la justice, Rob Nicholson, a mentionné que les 118 nouveaux juges, dont 37 sont bilingues, et parmi lesquels on retrouve une quarantaine de femmes, le premier juge noir à la Cour supérieure du Québec, et le premier juge autochtone à la Cour fédérale, « sont issus de secteurs divers et sont tous talentueux ».

Les libéraux accusent donc le gouvernement d’essayer de « remplir les tribunaux de juges conservateurs pour renverser la donne sur des enjeux comme l’avortement », parce que Lawrence O’Neil aurait déclaré aux Communes, à l’époque où il était député, que les femmes enceintes « n’ont aucun droit de contrôler leur propre corps ». Évidemment, on peut ne pas être en accord avec des propos tenus sous la protection de l’immunité parlementaire. Mais ce que les libéraux ont « oublié », par contre, c’est qu’à l’époque où ils étaient au pouvoir, leur chef du temps, Jean Chrétien, ne s’est pas privé pour nommer nombre de ses « amis » à divers postes de juges, de hauts fonctionnaires, etc. Alors pour les dénonciations, ils peuvent toujours repasser, à mon humble avis.

Le discours du Trône: Irons-nous en élections?

N’ayant pas de télé à la maison (par choix, puisque d’abord, je ne suis pas un fan de Loft Story, ni d’Occupation double, et ensuite parce que j’ai souvent dit que la télévision ramollissait le cerveau), je vais donc suivre sur Internet le discours du Trône, en direct d’Ottawa. Les députés de l’Opposition, tous partis confondus, entendus sur le site de Radio-Canada, n’osent pas dire carrément qu’ils vont voter contre, évidemment, mais nous savons tous que ce sont les Libéraux qui ont le plus à perdre si le gouvernement Harper tombe. Un sondage, publié auourd’hui, montre que l’écart se creuse, lentement mais sûrement, entre conservateurs et libéraux. Je continue à suivre, via le site de la SRC, et j’interviens au besoin.

19:00

Le décorum est impressionnant. Le huissier du bâton noir qui quitte le Sénat, qui marche à travers les couloirs du parlement, qui frappe à la porte de la Chambre des Communes, bref, beaucoup, beaucoup de décorum.

19:45

Des points précis sont annoncés dans le discours du Trône:

– Afghanistan: vote sur la poursuite de la mission canadienne jusqu’à la fin du pacte de l’Afghanistan, en 2011, poursuite axée sur la formation des militaires et policiers locaux.

– Aide internationale plus ciblée, afin de mieux venir en aide aux pays sous-développés.

– Pouvoir de dépenser: Adoption du droit de retrait avec compensation pour les provinces et territoires.

– Réformes à venir: Sénat, droits d’auteur, gestion de la caisse d’assurance-chômage.

– Mise à jour économique à l’automne, avec un plan à long terme incluant une baisse de la TPS.

– Plan national d’infrastructures appelé Chantier Canada, pour de nouvelles infrastructures, et le renouvellement des structures actuelles.

– Retour des projets de loi sur le renforcement de la criminalité, présentés sous forme d’une loi ominbus, comprenant l’abrogation du registre des armes d’épaule.

– Appui à l’identification visuelle des électeurs lors d’élections.

– Environnement: Les objectifs de l’accord de Kyoto sont inatteignables. Plan mondial d’élimination des GeS, à hauteur de 50% d’ici 2050, élimination canadienne des GeS de 20% d’ici 2020, et de 60 à 70% d’ici 2050. Établissement d’une bourse du carbone, mesures plus musclées d’application des lois environnementales.

20H15

Les réactions des chefs politiques fédéraux.

– Gilles Duceppe déclare que le Bloc votera contre, puisqu’il n’y a pas grand chose d’intéressant. Ils ne peuvent qu’amender un amendement libéral, et les libéraux ne semblent pas trop savoir eux-mêmes quels amendements ils déposeront.

– Jack Layton, quant à lui, dit que le NPD votera aussi contre, parce que le gouvernement ne prend pas la direction que son parti lui proposait. Il posait la question au sujet des Libéraux; seront-ils de grands parleurs, petits faiseurs?

– Stéphane Dion a finalement pris la parole, pour déclarer que les Libéraux s’attendaient à ce genre de discours, très décevant, et qu’un caucus serait convoqué demain, et qu’il fera une déclaration à 15h00. Il soutient par contre que les canadiens ne veulent pas d’une nouvelle élection, troisième en trois ans et demi.

Si on lit entre les lignes (pour reprendre l’expression de Lucienne Robillard), il semble bien que les Libéraux vont s’arranger pour soutenir le gouvernement en place. Quant à moi, j’ai bien peur que l’on aille pas en élections cet automne.

Les couleurs d’automne

Avec l’arrivée d’octobre, on voit également arriver les couleurs automnales. Sur ce point, la politique, canadienne et québécoise, ne fera pas exception.

À Ottawa, les conservateurs ont préféré recommencer avec un nouveau discours de trône, au risque de déclencher des élections générales. En fait, n’est-ce pas ce que les conservateurs voudraient, au plus profond d’eux-mêmes? Le statut minoritaire du gouvernement conservateur pèse au parti, et l’empêche de mordre à pleines dents dans le pouvoir, de peur de provoquer un renversement à un moment choisi par l’opposition. Alors pourquoi pas provoquer un tel renversement? Les partis d’opposition sont acculés au pied du mur; les québécois se demandent si le Bloc en vaut vraiment le coup, le NPD se pète les bretelles, en oubliant trop facilement que Thomas Mulcair se serait fait élire même pour le parti Vert, et les libéraux sont plus que jamais au tapis pour le compte. Le moment est donc idéal, et la situation actuelle, à savoir que les conservateurs soient réélus de façon minoritaire, est manifestement à leurs yeux le pire des scénarios possibles. Le gouvernement de Stephen Harper va donc tenter le diable le 16 octobre, lors de la lecture d’un nouveau discours du trône.

À Québec, les libéraux de Jean Charest sont à leur plus bas, en termes de popularité, alors qu’un sondage récent leur procurerait le statut de troisième parti, si des élections se produisaient maintenant, avec 24% des appuis, contre 30% pour le PQ et sa chef, Pauline Marois, qui en a plein les bras avec une affaire lancée par le quotidien anglophone The Gazette, concernant son domaine construit en partie sur ce qui serait des terres de la Couronne, expropriées en prévision du passage de l’autoroute 440 sur l’Île-Bizard. Quant à l’ADQ, il récoltait la part du lion, dans ce sondage, avec 34% des intentions de vote.

Bref, d’un côté comme de l’autre, l’automne s’annonce intéressant.