Élections fédérales de 2021: Les électeurs de Berthier-Maskinongé sont-ils racistes?

Les élections générales fédérales de 2021 sont maintenant derrière nous. Ce scrutin, dont à peu près personne ne voulait, s’est soldé, à toutes fins pratiques, par un statu-quo; les libéraux sont encore au pouvoir, ils sont encore minoritaires, et le nombre de sièges dévolus à chaque parti est pratiquement le même.

Je voudrais jeter un oeil, plus particulièrement, sur la circonscription de Berthier-Maskinongé, qui a été représentée, entre 2011 et 2019, par la néodémocrate Ruth Ellen Brosseau, et depuis 2019 par le bloquiste Yves Perron. J’ai fait une petite recherche, sur le site web d’Élection Canada, sur les résultats de chacune des élections depuis 2011, et j’en viens à un questionnement; serait-ce possible que les électeurs de Berthier-Maskinongé soient racistes?

En 2011, le Nouveau parti démocratique (NPD) est alors dirigé par Jack Layton. Portée par ce qui fut nommé « la vague orange », Ruth Ellen Brosseau fut élue avec une majorité de 5735 votes sur son plus proche rival. Elle fut l’une des 103 députés du NPD, dont 59 au Québec, des records dans les deux cas. Quatre ans plus tard, en 2015, c’est Thomas Mulcair qui mène les troupes néodémocrates, et malgré une baisse marquée du nombre de députés, tant au Québec que dans le reste du Canada, Ruth Ellen Brosseau se tape une majorité de 8905 votes, sa meilleure.

Au scrutin général de 2019, le NPD a congédié Mulcair, et a élu Jagmeet Singh au poste de chef; le parti s’écrase, passant de 44 à 24 députés, dont seulement un au Québec, soit Alexandre Boulerice. Ruth Ellen Brosseau est deuxième, à 1502 votes du gagnant, le bloquiste Yves Perron. Et maintenant que les résultats complets de l’élection de 2021 sont sortis, quoique toujours sujets à révision, on constate que madame Brosseau est toujours derrière monsieur Perron, cette fois de 933 votes. Monsieur Boulerice demeure le seul député néodémocrate québécois.

Je ne dis pas que les électeurs de Berthier-Maskinongé sont les seuls; la preuve, c’est que si le nombre de députés NPD est passé de 44 à 24 au Canada, il est passé de 16 à un seul au Québec, dans la même période, soit entre les scrutins de 2015 et de 2019. Par contre, je ne vois pas d’autre motif pour une telle diminution du nombre de députés. Est-ce à dire que le Canada, mais particulièrement le Québec, n’était pas prêt à voir un chef de parti porter le turban sur la tête, et le kirpan à la taille? Les commentaires, sur certains médias sociaux, sont sans équivoque; on me dira que les médias sociaux ne représentent pas parfaitement la population en général, mais il n’en demeure pas moins que l’on y lit ce que certains n’oseraient pas dire publiquement, mais pensent quand même intérieurement.

J’espère que je me trompe, mais les indices que j’ai glané me portent à croire que si Ruth Ellen Brosseau n’a pas remporté les deux dernières élections fédérales, c’est parce que les électeurs, ou à tout le moins certains électeurs de Berthier-Maskinongé, sont racistes.

Dénonciations sur les médias sociaux: Dangers à l’horizon

On assiste, depuis quelques jours, au Québec, à une nouvelle vague de dénonciations d’actes répréhensibles sur les médias sociaux. Harcèlement, agressions, intimidation, bref, il y en a pour tous les goûts. Le cas sur lequel je veux m’attarder, cette fois-ci (une fois n’est pas coutume, le domaine artistique n’étant habituellement pas ma tasse de thé), est celui de Safia Nolin dénonçant l’agression brutale qu’elle aurait subi de Maripier Morin.

Selon ce que j’ai pu lire, à gauche et à droite (j’avoue ne pas avoir fait une recherche approfondie), Maripier Morin aurait été “tannante” envers Safia Nolin lors d’une soirée bien arrosée, quelque part en 2018; quelques gestes coquins, dont une morsure à la cuisse, le tout accompagné de paroles à connotation raciste.  Qu’est-il réellement arrivé?  Seules les deux protagonistes pourraient le dire, quoique l’on obtiendrait probablement des versions fort différentes aujourd’hui.

Comme l’alcool est un désinhibiteur reconnu, c’est sous son effet que l’on peut constater certains “traits cachés” d’une personne.  Dans le cas présent, on pourrait croire que “c’est facile de sortir Maripier Morin de Pohénégamook, mais c’est plus compliqué de sortir Pohénégamook de Maripier Morin”.  Ceci dit, je n’ai rien contre la région, ni les gens, de Pohénégamook; ce n’est que le constat que les phénomènes sociaux (combat contre le racisme, égalité homme-femme, pour ne nommer que ceux-ci) se propagent comme la vague, quand on lance un caillou dans un étang.  Ça commence habituellement dans une grande ville, puis ça atteint les contrées plus éloignées au fil du temps.  J’aurais pu nommer n’importe quelle municipalité, d’ailleurs.

Je veux plutôt m’attarder sur les conséquences possibles de telles dénonciations sur les médias sociaux.  À court terme, c’est clair que l’on n’invitera plus ces deux femmes au même party.  À plus longue échéance, j’aurais tendance à croire que malgré tout, c’est à Safia Nolin que le tout risque de faire le plus de dommages.  Et voici pourquoi.

Dans le cadre d’une série d’émissions, Maripier Morin avait publié ses revenus annuels, qui se chiffraient, si ma mémoire est bonne, aux environs de 1,2 millions de dollars, cette année-là.  On sait que les revenus des artistes peuvent varier beaucoup d’une année à l’autre, mais on peut avancer, sans trop se tromper, que ses revenus oscillent, bon an mal an, autour du million.  Si elle a eu la sagesse d’en mettre un peu de côté, et qu’elle adopte un style de vie un peu plus modeste, elle pourrait passer un an ou deux loin des projecteurs.  Ensuite, elle pourrait concentrer sa carrière sur le mannequinat, à l’internationale, question de ne pas trop se faire voir au Québec, et elle pourrait ainsi vivre confortablement pour plusieurs années, tout en assurant son avenir financier.

Pour Safia Nolin, cela risque d’être un peu plus compliqué.  D’une part, parce que les revenus des auteurs-compositeurs-interprètes, malgré les subventions, sont plus limités.  Ensuite, et surtout, parce que Safia Nolin a commis, en faisant publiquement sa dénonciation, un geste qui risque d’être fatal pour sa carrière; elle a transgressé la solidarité féminine.  Je veux dire, si vous croyez qu’une bagarre entre deux hommes est violente, vous ne voudrez pas voir une bagarre entre deux femmes.  Autant une femme peut se démontrer pacificatrice dans plusieurs situations, autant elle peut, surtout lorsque poussée dans ses derniers retranchements, être drôlement intense.  Et lorsqu’une femme s’en prend à une autre femme, elle risque de s’isoler profondément, parce que non seulement elle perdra la confiance des hommes, mais aussi celle des femmes, qui se sentiront trahies par celle qui a refusé de faire preuve de solidarité.

Évidemment, c’est clair que les agressions de toutes sortes doivent être dénoncées, je suis le premier à en convenir.  Par contre, il y a des façons de faire les choses.  Et les dénonciations par les médias sociaux risquent de provoquer plus de dangers que de bienfaits.

Démission de Gérald Tremblay: Le retour de l’âge de pierre?

Peut-être que vous vous demandez le rapport entre l’âge de pierre, et la démission du maire de Montréal, Gérald Tremblay, hier soir.  Je vais tenter d’expliquer ma position, tout en vous en mentionnant d’entrée de jeu que mon idée a pris racine sur Twitter¹.

En fait, si Tremblay a quitté sous la pression, suite à divers témoignages devant la commission Charbonneau, il faut préciser qu’il n’a officiellement été accusé de rien, du moins jusqu’à maintenant.  Or, il fallait lire les commentaires, sur Twitter, pour se rendre compte que le twitteux moyen n’avait rien à cirer des principes élémentaires de notre société, comme la présomption d’innocence jusqu’à preuve hors de tout doute raisonnable du contraire, le droit à un procès juste et équitable, ou encore celui du droit à une défense pleine et entière.

Je veux bien croire que Gérald Tremblay n’est pas aussi blanc qu’il se dépeignait, lors de son allocution d’hier soir, lorsqu’il a annoncé sa démission, ne serait-ce que pour cause de négligence, ou de manque de vigilance.  Mais de là à le mettre dans le même lot que Gilles Vaillancourt, toujours maire de Laval, malgré les multiples perquisitions à ses domiciles, il y a un profond précipice que je franchirai pas, mais qui était allègrement traversé, hier soir sur Twitter.  Plusieurs me demandaient pourquoi – ou déclaraient carrément que – je soutenais aveuglément le maire démissionnaire de Montréal, alors que dans les faits, je ne faisais que soutenir les principes de base de notre société, et de notre système de justice, dont celui de ne pas sauter aux conclusions avant d’avoir vu les deux côtés de la médaille.

Selon de nombreuses personnes, la commission Charbonneau n’est rien de moins que la vérité pure et simple.  Je ne suis pas prêt à m’avancer jusque là.  Il faut retenir que tout ce qui est avancé devant la commission, par un témoin, ne peut être retenu contre lui comme élément de preuve dans un éventuel procès.  Alors le témoin type en met généralement plus que ce que le client demande, question que toutes les “vérités” soient dites, et que l’on ne puisse pas l’accuser, d’une façon ou d’une autre.  Mais dès qu’un détail sort devant la commission, dont les audiences sont télédiffusées en direct, il est immédiatement relayé sur les médias sociaux, et ce avant même qu’il soit contre-vérifié.  Le phénomène est particulièrement criant sur Twitter, où la limite de 140 caractères fait que l’on tourne les coins ronds, et qu’on laisse peu de place au respect des personnes.  Cela fait qu’on tire rapidement des conclusions, sans laisser le temps à la personne visée de se défendre.

C’est clair que lorsque l’on se sent touché, d’une façon ou d’une autre, par les faits et gestes de ceux qui ont pour tâche d’être au service des citoyens, on peut avoir une tendance à exiger de ces personnes qu’elles soient sans reproche. Et jusqu’à un certain point, cette exigence est pleinement justifiée.  Mais je crois qu’il faut garder en tête que notre société est basée sur des principes qui nous différencie de l’âge de pierre.  Bref, il faudrait appliquer, envers les autres, les mêmes principes que l’on voudrait voir appliqués envers soi-même.

¹ Pour me suivre sur Twitter: @levraiRichard3