Réforme du mode de scrutin: Il y aura toujours des mécontents

Ce matin, je tombe sur un article de La Presse, signé Fanny Lévesque, et intitulé  “Réforme du mode de scrutin: pas de «prime au vainqueur», dit LeBel”.  On y raconte que dans la nouvelle loi qu’entend proposer la ministre de la Justice et des Institutions démocratiques, Sonia LeBel, l’attribution de 45 sièges aux régions, sur les 125 de l’Assemblée nationale, selon un calcul compensatoire, ne serait pas assez proportionnel, et favoriserait les grands partis.

C’est du moins ce que prétend le Mouvement Démocratie Nouvelle, le premier groupe à s’adresser, mercredi, à la Commission des institutions.  Louis Massicotte, professeur à la retraite, et spécialiste des modes de scrutin, abonde dans le même sens, toujours selon l’article.

Auprès des puristes de la démocratie, je m’excuse d’être bête, mais voici la vérité toute crue; notre système de scrutin actuel est, et de loin, le meilleur, démocratiquement parlant.  Et voici pourquoi.

D’abord, nos campagnes électorales doivent rester courtes; à 35 jours, plus ou moins, on a déjà hâte que ça se termine.  Alors imaginez si nous avions deux tours, comme en France, ou encore un système interminable de primaires, comme chez nos voisins du Sud, qui entraînent des campagnes électorales quasi-permanentes. Avec un système à un seul tour, ça demeure court.

Ensuite, ça doit rester simple; un électeur, un bulletin, un vote, et c’est tout.  Croyez-le ou non, le système actuel en est un directement proportionnel, mais à l’échelle de la circonscription; la personne qui recueille le plus de votes gagne. Point. Le problème, c’est que les tenants de la proportionnelle voudraient que le système soit proportionnel, mais à l’échelle de la province.  Avec un tel système, on évacue la personne, et on élit des partis. Les députés sont nommés, à partir de listes, comme cela se fait dans certains pays d’Europe. On se retrouve avec des bulletins de vote qui ressemblent à des anciennes cartes routières, tellement ils sont énormes, et ce au grand bonheur des imprimeurs.

Partout où il y a des systèmes dits proportionnels, le scrutin se situe quelque part entre les deux extrêmes; on garde des limites territoriales, donc des représentants locaux, puis on ajoute des listes de personnes qui sont nommées à la proportionnalité du vote global, et ce dans une proportion, et selon des règles, uniques à chaque système.  Il devient donc presque impossible d’élire un gouvernement majoritaire, qui a les coudées franches pour faire avancer la nation.  On se retrouve avec des coalitions plus ou moins solides, qui se font et se défont pour un oui ou pour un non, et avec lesquelles il faut six mois de débats pour acheter une boîte de crayons.

Pour revenir à l’article, on y mentionne finalement que Québec solidaire propose pas moins de 45% de femmes, sous peine d’amendes!  Pourquoi pas un pourcentage de pauvres, tant qu’à faire? Ou encore un nombre maximum d’avocats?  Un minimum de jeunes, de vieux, d’handicapés, d’itinérants?

On ne s’en sortira jamais!  Et il y aura toujours des mécontents.

Lettre au Devoir: Aussant parle à travers son chapeau!

J’aime bien prendre les propos de quelqu’un, et y répondre directement.  Je n’ai pas l’occasion de le faire très souvent, mais cette fois, c’est l’ancien député de Nicolet-Yamaska (devenue depuis Nicolet-Bécancour), et aussi fondateur et ancien chef du parti Option nationale, Jean-Martin Aussant, qui m’en donne l’opportunité sur un plateau d’argent.  Opportunité que je ne vais sûrement pas refuser!

La lettre originale d’Aussant, publiée sur le site web du quotidien Le Devoir le 9 septembre dernier, sera donc en bleu, et mes réponses en bourgogne et en italique.  Allons-y!

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Si j’étais militant péquiste

Où que je sois, je garde un œil quotidien sur l’actualité québécoise. J’observe cette pré-course au PQ en me demandant si la suite des choses amènera un certain retour aux sources ou la disparition pure et simple de ce qui a déjà été quelque chose comme un grand parti.  Ça, tout le monde le dit; ça passe, ou ça casse, cette fois!  En fait, ils le disent à toutes les fois; faudra voir!  L’avenir le dira!

Si j’étais militant péquiste, je chercherais minimalement les attributs suivants chez le prochain primus inter pares:

– Engagement de tenir un congrès de refondation auquel les souverainistes, tous partis confondus, seraient invités. Non pas un congrès du PQ ouvert à tous, mais bien un congrès de refondation duquel naîtrait un nouveau grand parti souverainiste avec des gens de tous les horizons et toutes les ressources regroupées en son sein. Parce que la majorité nécessaire au projet ne se trouvera jamais dans l’un ou l’autre des sous-groupes (gauche, droite, jeunes, vieux) mais seulement dans l’ensemble.  Il ne faut pas oublier riches et pauvres!  Je ne suis pas convaincu que PKP et des syndicalistes puissent coucher dans le même lit sans qu’il y ait des étincelles!  Autre point; les sous-groupes, pourquoi ne pas les nommer par leur nom? Option nationale, Québec solidaire,…

– Engagement de faire en sorte que le Québec perçoive tous les impôts payés sur son territoire, soit un rapport d’impôt unique. Parce que le Québec est le seul au Canada à en avoir deux, entrainant des dédoublements administratifs se chiffrant en centaines de millions de dollars chaque année. Souverainiste ou fédéraliste, la situation actuelle ne peut être souhaitée par qui que ce soit.  Ça, tu vois, c’est toujours théoriquement possible, mais le faire, c’est une autre paire de manches!  Le futur chef du grandissime nouveau parti souverainiste pourra prendre tous les engagements qu’il veut, il reste que le grand frère fédéral aura son mot à dire!  Il ne faut pas oublier non plus que nos propres dédoublements coûtent aussi des centaines de millions, et que personne ne les a identifiés, et encore moins éliminés!  Autre truc, le rapport d’impôt unique des autres provinces… est fédéral!

– Engagement d’utiliser les sommes annuelles ainsi épargnées pour instaurer, de la petite enfance au doctorat, la gratuité scolaire balisée. Parce qu’on peut expliquer aux romantiques que c’est la meilleure façon d’avoir une société plus responsable et équitable, et aux homo economicus que c’est la meilleure façon d’avoir une société plus riche et productive. La santé passe par l’éducation. Des finances publiques saines passent par l’éducation. La protection de l’environnement passe par l’éducation. La paix sociale passe par l’éducation. De bons élus aussi.  Ouais, tu parles!  Tous les premiers ministres du Québec, depuis, et y compris Jean Lesage, ainsi que la très grande majorité des ministres qui ont formé tous ces gouvernements, furent des diplômés universitaires.  Et tu vois les gouvernements qu’on a eu?  Misère!  Et qui dit qu’on va économiser quelque chose en faisant un seul rapport d’impôt au lieu de deux?  Que Québec ne va pas réclamer cesdites économies (pour le moins qu’elles existent) pour éponger ses déficits récurrents?  Car, faut-il le rappeler, le Québec est toujours en déficit!

– Engagement de procéder à une réforme du mode de scrutin pour y ajouter une composante de proportionnalité. Parce le système actuel ne respecte pas le vote populaire dans l’allocation des sièges. Il faudra un jour se soucier de faire passer un principe démocratique de base comme la représentativité avant la volonté détestable de bénéficier d’une alternance qui a trop étouffé l’imagination, détourné la recherche de l’intérêt collectif et neutralisé le renouveau politique.  C’est connu de tout le monde; les perdants veulent de la proportionnalité, et les gagnants n’en veulent pas!  Une proportionnalité est une voie express vers des gouvernements minoritaires à perpétuité, où il faudra six mois de débats pour acheter une boîte de crayons!  De plus, avec environ la moitié des électeurs reconnus comme analphabètes fonctionnels, j’imagine très bien ces personnes avec un bulletin de vote grand comme une carte routière!  Le respect du vote populaire, c’est “un électeur, un vote”; celui-ci vote pour qui il veut, et on compose avec les résultats!  C’est tout!

Si j’étais militant péquiste, je souhaiterais aussi qu’on ne redonne pas au même équipage le Costa Concordia. Les naufrageurs «entourageux» seront toujours bienvenus comme passagers, mais pas trop près de la cabine du capitaine.  Oh, là, tu vises dans le mille!  Tu étais toi-même capitaine d’un canot de sauvetage, et tu as préféré te pousser à Londres plutôt que de faire une autre campagne électorale!  Tu parlais de tes enfants, qui avaient besoin de toi; avoues plutôt que les “raisons familiales” que tu as évoquées, c’est ta femme qui t’a dit d’arrêter de niaiser avec les jeunes, et de te trouver un vrai job!

Je m’inquiéterais certainement qu’on propose de repousser l’audace à un deuxième mandat alors qu’elle n’aura jamais autant de traction qu’en arrivant au pouvoir. Retarder l’audace, c’est ne pas en avoir. Reporter une urgence, c’est ne pas la reconnaitre. Je crois fermement que les convictions assumées peuvent encore faire gagner des élections.  Ouais, on l’a vu en 2012; tu as assumé tes convictions, et tu es arrivé deuxième dans Nicolet-Bécancour, à 1876 votes de Donald Martel, le caquiste!  Option nationale n’a fait élire personne!  Zéro, pis une barre!  Et ton départ vers Londres, c’était pour assumer tes convictions, ça aussi?  Quoique ça, j’en a déjà parlé.

Il y a certes un niveau de difficulté beaucoup plus élevé à vouloir convaincre qu’à simplement identifier ce que les gens veulent entendre a priori. Dans le premier cas, c’est du leadership. Dans le deuxième, c’est avouer tristement qu’un robot-sondeur pourrait être le plus grand des chefs.  Et quand on se rend compte qu’on n’a pas le niveau, on se pousse à Londres?  Consoles-toi; des chefs qui ont le niveau, le Québec n’en a pas vu depuis très, très longtemps!

Si j’étais militant péquiste, au fond, je voudrais simplement du vrai leadership. Y en aura-t-il?  Comme je le disais, le Québec ne se souvient même plus de ce qu’est le vrai leadership!  Aujourd’hui, on laisse parler la démocratie, et on ramasse la facture!  Et quand on n’arrive pas à convaincre, on fait une commission d’enquête (lire: un bon show de TV!), question de remplir la tête des électeurs pendant qu’on fait ce qu’on veut, derrière, parfois en douce, mais souvent au vu et au su de tout le monde.  Et le cycle recommence.  De toute façon, qui oserait encore croire qu’un éventuel leader pourrait éclore de notre bon réseau de CPE, où on entreprend de rendre les enfants tous égaux?

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Voilà.  Bon, c’est vrai que j’insiste un peu sur le fait qu’Aussant se soit poussé à Londres, surtout à la fin, mais ce n’est pas moi qui s’est poussé, c’est lui!

En fait, les péquistes devront décider de leur prochain chef, et la décision leur appartient.  Mais pour ma part, c’est tout le Québec a besoin d’un leader, un vrai.  Pas d’un type qui pond un programme cute,… et qui se pousse à Londres!

PKP débarque au PQ: Bonne nouvelle?

Depuis dimanche dernier, il n’y a qu’une seule nouvelle qui retient l’attention, et sur laquelle on revient continuellement, dans cette campagne électorale, et c’est la suivante; Pierre-Karl Péladeau débarque au Parti québécois!

© 2014 Garnotte, Le Devoir.

© 2014 Garnotte, Le Devoir.

Les “vrais” souverainistes, ceux qui attendent toujours le grand soir, voient en PKP l’arrivée de l’enfant prodige, celui qui convaincra tous les autres qu’ils sont dans le droit chemin.  Les autres ont des réactions assez partagées, allant d’un bienfait pour la nation à un scepticisme bien senti.

Pour ma part, je ne suis pas certain que ce soit une bonne nouvelle.  Je m’explique.

Un type comme PKP ne vient pas en politique pour faire une “passe de cash”, nous en sommes tous convaincus; il a brassé beaucoup plus d’argent dans le secteur privé qu’il n’en brassera jamais au gouvernement, s’il est élu.  Que peut-il donc venir chercher en politique, alors?  Le premier mot qui me vient en tête est: pouvoir.  Le pouvoir de diriger le Québec, qu’il soit province ou pays, à sa façon.  Et quand je dis “à sa façon”, c’est à la sienne, point!  Parlez-en aux gens du Journal de Montréal, ceux qui ont passé quelques deux ans et demi en lock-out!  Bref, c’est un type qui est habitué à “être le boss”.

Bien entendu, je ne peux pas prédire l’avenir, ni les comportements de PKP, que ce soit à court, à moyen, ou à long terme.  Aussi, à partir de ce point, je ne peux que faire de l’extrapolation, de la prévisualisation.  De la fabulation, diront peut-être certains!  Soit!  Mais imaginons que PKP, et Pauline, et le PQ, remportent la victoire.  Que pourrait-il se produire?

D’abord, Pauline restera-t-elle en poste bien longtemps?  D’aucuns disent que PKP n’est sûrement pas venu en politique pour devenir un “back-bencher”; il sera donc du Conseil des ministres (il a d’ailleurs déjà participé à une, ou plusieurs séances, par le passé), et probablement l’un des membres les plus influents de celui-ci.  De là, il n’aura qu’à faire jouer ses relations avec certains députés et ministres pour que les Jean-François Lisée de ce monde voient leur chance de prendre les commandes du PQ s’amenuiser rapidement!  Viendront ensuite quelques démissions fracassantes (business as usual), dont peut-être même celle de Pauline, à la faveur d’un couronnement de PKP à la tête du PQ, et par la bande, au siège de premier ministre désigné.

La suite des choses pourrait se dérouler rapidement.  D’abord, PKP pourrait nommer des ministres parmi ses proches; des gens dévoués, mais fidèles au boss.  Viendront ensuite les discussions avec le fédéral, qui tourneraient au vinaigre en moins de deux, puis, pendant que nous y sommes, une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec.  PKP aurait alors le champ libre pour faire ce qu’il veut; contrôle des médias, et du message politique, refonte des lois en fonction de ses volontés, etc.  Bref, il aurait le pouvoir!  Même qu’il pourrait très bien profiter de son magnétisme naturel pour mettre en place une dictature, puisque de toute façon, les gens n’aiment pas “les maudites élections”!

Évidemment, tout ceci n’est que spéculation.  Mais connaissant les antécédents de PKP, êtes-vous totalement convaincu que tout cela n’arrivera pas?  Pouvez-vous garantir que la démocratie est assurée?  Vraiment?

En deux mots, l’arrivée de PKP au PQ est-elle vraiment une bonne nouvelle?

Destitution d’un élu municipal: Il faut être prudent!

Je viens d’avoir une très intéressante discussion avec une dame (fort jolie, au demeurant!), sur Twitter, au sujet de la destitution d’un maire.  Le commentaire sur lequel j’ai réagi est le suivant:

Je décroche pas. Comment un être honnête envers soi-même peut être contre la destitution d’un maire accusé au criminel? #assnat #plq #caq  (6:57pm · 7 Dec 12 · web)”

Or, il faut être prudent, ici.  On pense par exemple au maire de Mascouche, Richard Marcotte, qui a démissionné, récemment, pour des raisons autres que son affaire pendante devant la justice.  Si d’aucuns s’entendent pour dire qu’une accusation au criminel entache la fonction de maire, d’élu en général, et par extension, entache toute l’administration municipale, il faut être très prudent lorsque l’on parle de destitution.

Premièrement, il faut comprendre que le principe de la démocratie est que si les électeurs mettent une personne en place, lors d’une élection, il revient aux seuls électeurs, et à personne d’autre, de remplacer la personne élue par une autre personne, dans le cadre d’une autre élection.  Évidemment, il y a une réglementation, autour de ce principe.  Par exemple, si un élu municipal quitte sa fonction moins d’un an avant l’élection générale à venir, celui-ci n’est généralement pas remplacé.  Dans le cas d’un maire, par contre, le conseil municipal se choisit un maire par intérim, parmi les conseillers intéressés, comme cela s’est fait à Montréal, et à Laval, et comme cela se fera également à Mascouche, si ce n’est pas déjà fait.

Ensuite, il faut comprendre qu’il y a une différence fondamentale entre une destitution et une suspension temporaire.  Comme le signalait une autre personne, qui est intervenue dans notre conversation, une suspension temporaire, le temps que durent les procédures judiciaires, permettrait d’éviter à la municipalité de subir l’odieux de l’accusation à laquelle fait face l’élu en question, et bien entendu de tout ce qui tourne autour de celle-ci.

Par contre, une destitution se veut une mesure définitive, sur laquelle on ne peut pas revenir.  On peut voir une telle mesure, en quelque sorte, comme la punition ultime pour un acte commis, ou comme un retrait forcé d’un poste que l’on ne mérite pas.  Or, il faut déterminer dans quelle mesure une telle décision se justifie, et s’il s’agit d’accusation, au criminel ou non, il faut d’abord déterminer la culpabilité de l’élu à ladite accusation.  Le seul endroit où la culpabilité d’un individu peut être déterminée est un tribunal, et la seule personne ayant droit de le faire est un juge, qu’il soit appuyé ou non d’un jury.

Il existe trois grands principes, quand vient le temps de juger un individu, à savoir 1) la présomption d’innocence de l’accusé jusqu’à preuve, hors de tout doute raisonnable, du contraire, 2) le droit de l’accusé à un procès juste et équitable, comprenant entre autres, et sans s’y limiter, la communication à l’accusé de la preuve détenue contre lui, et 3) le droit de l’accusé à une défense pleine et entière.  Faire subir des conséquences liées à une accusation, comme une destitution, par exemple, revient à bafouer ces trois principes, et une loi qui irait en ce sens serait à coup sûr contestée, le tout pouvant même aller devant la Cour suprême du Canada, ce qui coûterait des millions$, et prendrait des années.  Sans compter, pour un élu destitué, mais innocenté par la cour, de poursuivre la municipalité, pour d’importantes sommes d’argent, pour cause d’atteinte à la réputation.

Les policiers, par exemple, font face à la possibilité d’une destitution s’ils sont reconnus coupables de certains actes.  Or, leur culpabilité doit être déterminée, sinon par la cour, à tout le moins devant le comité de déontologie policière.  Aucune destitution n’a lieu avant cette étape cruciale.  Il devra en être de même pour un élu municipal.

Notre système de justice fut mis en place, et constamment amélioré, au fil des années, dans le but de permettre à chaque citoyen, accusateur comme accusé, de jouir du respect de ses droits, bref d’obtenir justice.  Aussi, il fut déterminé que dans le doute, et en attendant que justice soit rendue, il est préférable “d’avoir un coupable dehors qu’un innocent en-dedans”, pour utiliser les mots de Jean-Luc Mongrain, il y a quelques années.  Compte tenu, bien sûr, du degré de dangerosité de l’individu envers la société.

Ainsi, la destitution d’un maire, ou de tout autre élu municipal, et ce avant qu’un jugement soit rendu contre lui, reviendrait à mettre un innocent en-dedans, puisque l’on empêcherait ledit élu d’occuper ses fonctions, et de recevoir le traitement salarial qui y est rattaché, le tout avant même qu’une décision soit rendue.  Autrement dit, on lui imposerait une peine avant qu’il soit jugé!  Par contre, une mesure de suspension temporaire, avec ou sans salaire, qui serait bien entendue appliquée dans des circonstances exceptionnelles, serait la bienvenue, et permettrait peut-être à la fonction politique municipale de regagner ses lettres de noblesses.

Marilène: Une inspiration rafraîchissante!

Ceux et celles qui suivent régulièrement le Blogue savent bien que j’aime prendre un texte, et y répondre directement.  Or, cela fait un bon bout de temps que je ne me suis pas payé ce genre d’exercice.  Mais ce soir (NDLR: Ce texte fut écrit le 28 décembre), je fus inspiré.

Une gentille dame que je suis, sur Twitter, Marilène Pilon (@MarilenePilon), écrit aussi un blogue hébergé par WordPress, dont j’avoue ne pas être un lecteur régulier.  Par contre, ce soir (je devrais dire cette nuit, du 28 au 29 décembre), au fil d’une conversation sur Twitter, Marilène a mis un lien vers l’un de ses billets; j’ai suivi le lien, et j’ai trouvé ce billet, qui traite de l’argumentaire fédéraliste.  Enfin, de sa lecture de l’argumentaire fédéraliste, tel qu’il était le 8 juillet dernier, jour de publication de son billet.  Je vais répondre à son texte directement dans celui-ci, espérant que madame Pilon ne m’en veuille pas trop.  De toute façon, vous pourrez comparer avec le billet original, directement sur le blogue de Marilène Pilon, en cliquant sur ce lien.  Évidemment, si madame Pilon me demande de retirer ce billet, et se montre en désaccord avec mes propos, je tenterai de négocier.  Genre.

Allons-y.  Le billet de Marilène Pilon est en vert, et mes réponses en noir.  C’est parti!

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Fédéralisme : un argumentaire à regarder

Publié le 8 juillet 2011

Au fil du temps, j’ai relevé certains arguments fédéralistes populaires. Mon objectif ici est de présenter la réalité de ces arguments pour tenter de les relativiser et aussi, je l’avoue, de les analyser un peu. Notez ci-dessous que le “Oui” représente en général les souverainistes et le “Non”, les fédéralistes. Je le précise parce que si nous changeons le sens de la question, ça défait tout mon texte!?!?!?

1 ) On ne brise pas un pays avec la moitié de la population : lorsque plus de la moitié des gens veulent changer un état de fait, on le change; c’est le principe de la démocratie. De plus, une majorité, c’est 50 % plus 1. Ça, c’est un principe mathématique.

Encore faut-il bien comprendre ce principe de la démocratie.  Est-ce 50% +1 du vote exprimé, ou du total des électeurs inscrits?  Prenons l’exemple des référendums sur les défusions municipales, patate chaude du premier mandat des libéraux de Jean Charest, au milieu des années 2000.  Pour qu’une municipalité puisse procéder à la défusion, il lui fallait obtenir 50% + 1 du vote exprimé, si et seulement si le taux de participation était supérieur à 30% de l’ensemble des électeurs inscrits.  Cette petite clause supplémentaire est venue fausser toutes les prédictions des experts; des villes du West-Island, comme Pierrefonds, Roxboro, et Lachine, sont demeurées fusionnées à Montréal, alors que la bourgade de Montréal-Est a réussi à sa défusionner.  Si l’on considère seulement 50% + 1 du vote exprimé, beaucoup se plaindront que la souveraineté n’a pas été décidée par la majorité, mais plutôt par le pourcentage du total des électeurs inscrits, qui sera sûrement de moins de 50%.  Je veux dire, si le vote exprimé représente 50% des électeurs inscrits, 50% + 1 de 50%, ça ne donne plus que 25% des électeurs inscrits.  De quoi alimenter les lignes ouvertes pendant des années!

1.1 ) Ça ne fait rien, tu n’es pas assez fort avec 50 % plus 1 : si on met la logique mathématique au rancart, poussons le raisonnement : les résultats “officialisés” de 1995 sont 49,4 % pour le Oui et 50,6 % pour le Non. Puisque ça prend supposément 55 % des votes, le Non a perdu aussi. Non?

Je crois que la grande majorité des québécois s’entendent sur ce qu’est une “majorité claire”.  Par contre, quel que soit le résultat d’un référendum sur une question d’une telle importance, le seul fait que le débat entraîne des chicanes parfois acerbes, et ce au sein même de plusieurs familles, fait que l’on retrouve des perdants des deux côtés.

1.2 ) Hahaha mais non, le Non ne peut pas perdre, c’est le Oui qui doit gagner à 55 %, il entraîne un changement important : et alors? Quand on change de gouvernement, 50 % + 1 ça fonctionne (passer d’un gouvernement de centre-gauche à un gouvernement de droite, ce n’est pas radical ça?). Aussi, si une municipalité vote pour un nouveau maire, 50 % + 1 ça passe.

Pourquoi le statu quo serait avantagé? Qui décide que le changement est opéré si on a plus de 50 % + 1 dans quelques situations, mais pas pour tout? Pardonnez-moi, mais changement important ou pas, quand la majorité vote dans un sens, on le fait : c’est la démocratie. Le Oui a bien respecté le résultat “officialisé” de 1995, une chance pour le Non. Et “respecter” ne signifie pas “accepter”.

Là aussi, je crois que les québécois comprennent bien – sachant qu’il y a toujours des exceptions qui confirment la règle – le sens d’une décision majoritaire.  Par contre, il faut noter que l’élection d’un gouvernement de droite, à l’heure actuelle, est purement théorique; tous les partis politiques au Québec – même Québec Solidaire – sont au centre, quoiqu’ils penchent tous un peu, d’un côté ou de l’autre.

1.3 ) Ce n’est pas grave, le Canada ne te reconnaîtra pas avec 50 % plus 1 : Si c’est le cas, le Canada est devenu une dictature. Vous riez? Démonstration : disons que le Canada exige 55 % des votes pour le Oui afin de reconnaître le pays du Québec. Ça signifie que pour chaque tranche de 100 personnes, 46 votes pour le Non gagnent contre 54 votes pour le Oui. Vous me suivez? Alors le Canada accorde plus de poids à un vote pour le Non qu’à un vote pour le Oui. Un citoyen qui vote du bon bord pour le Canada a plus de poids que celui qui vote du mauvais bord. Voter du bon bord : ce n’est pas une dictature?

Le Canada risque, tout au plus, de “faire la baboune”, pendant un certain temps, et d’attendre un peu, avant de reconnaître un éventuel pays du Québec, de voir la direction prise par les différentes diplomaties, à travers le monde.  Par ailleurs, dans plusieurs pays dits démocratiques – ainsi que dans beaucoup de syndicats québécois, entre autres, certaines décisions se prennent à une majorité supérieure à 50% + 1, souvent à “la majorité des deux-tiers”, où il faut le deux-tiers des votes pour que ladite décision soit entérinée.  Doit-on qualifier tous ceux qui pratiquent ceci de dictateurs?  En passant, je ne voudrais pas être mesquin, mais le Parti québécois n’était pas prêt à reconnaître, pour sa part, lors de la dernière refonte de la carte électorale, que le vote d’un électeur en région a plus de poids que celui d’un électeur urbain!  Tiens donc!

2 ) Le reste du Canada ne fera plus de commerce avec nous : ils vont probablement nous bouder une semaine ou deux, mais il ne dira jamais non à un marché de 8 millions de personnes. Nous représentons 23 % de la population du Canada actuel : ça en achète du pétrole et du bois. Le commerce continuera entre les 2 pays : depuis quand des gens d’affaires refusent de faire de l’argent avec un marché se trouvant à côté.

Globalement, non, mais commerce par commerce, certains le feront sûrement!  Je donne comme exemple les magasins d’outillage et de surplus Princess Auto; en plus de leur centre de distribution postale, et de leur siège social, tous deux situés à Winnipeg, ils opèrent une trentaine de magasins, à travers tout le Canada,… sauf au Québec!  Pourquoi?  Aucune idée!  Reste que leurs circulaires, et leur site web, sont disponibles en français, sur demande, et qu’à part une faute de frappe à l’occasion, la traduction y est excellente.  Autre exemple; Walmart!  Cette entreprise multinationale a décidé, après une tentative infructueuse, de retirer ses billes, en Allemagne; il y a pourtant beaucoup plus que 8 millions de personnes, en Allemagne!  Est-ce que d’autres entreprises seront tentées de se retirer du Québec, suite à un référendum gagnant?  Ce sera à suivre; dans un sens comme dans l’autre, personne ne peut le garantir!

3 ) On ne pourra plus utiliser le dollar canadien : mais oui, le Canada va nous supplier de l’utiliser. Sinon, on le vendrait et ça ferait chuter la valeur de la monnaie drastiquement parce qu’il y en aurait énormément sur le marché. Pas très bon pour les importations. Trop bas, c’est comme pas assez.

Au contraire; à quel moment les entreprises canadiennes – dont de nombreuses québécoises – ont-elles fait le plus d’exportations, sinon quand le dollar canadien est tombé autour de 62 cents US, vers la fin des années 1990?  Une devise faible entraîne une augmentation des exportations, dans certains domaines, alors que dans d’autres, c’est le contraire.  Bref, que l’on utilise ou non le dollar canadien, certaines entreprises tireront leur épingle du jeu mieux que d’autres.

4 ) On n’a pas d’armée et on va avoir une guerre civile : Le Canada et le Québec sont 2 états de droits. Nous sommes diplomates alors on va se parler bien avant de se taper dessus. Nous avons beaucoup d’installations au Québec (allez voir sur le site des forces canadiennes). Alors nous achèterons l’actif (à moins qu’il ne soit déjà à nous?). Nous pourrions faire une armée de Casques Bleus; c’est juste une idée, on jase là.

Justement, on jase, là; je ne suis pas convaincu qu’une majorité d’électeurs croient en la possibilité d’une guerre civile, suite à un oui majoritaire.  Par contre, il faut tenir compte des engagements internationaux que prendra un éventuel Québec souverain; sera-t-il membre de l’ONU, de l’OTAN, signera-t-il d’autres traités internationaux?  Tout cela reste à voir!  Et si un éventuel ennemi se pointe, il sera trop tard pour commencer à acheter de l’équipement!

5 ) On va être comme la Grèce, sur le bord de la faillite et nous serons surendettés : La Grèce est en difficulté parce que beaucoup de Grecs ne payent pas leurs impôts. Nous les payons à ce que je sache. Nous allons simplement tout envoyer à Québec au lieu d’en envoyer d’abord à Ottawa pour un tri, utilisés pour des priorités qui ne sont pas les nôtres avant de nous être retournés en partie.

La Grèce, comme l’Italie, et de nombreux autres pays d’Europe, sont en difficulté parce qu’ils n’ont pas respecté les règles les plus élémentaires du gros bon sens économiques, à savoir, entre autres, que 1) lorsque l’on a une dette, il faut la rembourser, et 2) les régimes de pensions doivent s’autofinancer, pour être fonctionnels.  Et vous savez quoi?  L’Amérique du Nord, le Canada, et particulièrement le Québec, ont exactement les mêmes problèmes!

6 ) On reçoit 8,5 milliards de dollars chaque année du fédéral, il va falloir qu’on commence par refuser ce chèque : oui, nous le refuserons lorsque nous arrêterons d’envoyer nos sous à Ottawa. En attendant, on va exiger notre argent : je ne suis pas d’accord pour payer sans avoir de services en fonction de mes priorités en retour. Et c’est exactement ce que les Conservateurs font en mettant notre argent dans leurs avions F-35. Et dites-vous que si nous étions un coût pour le Canada, il ne se forcerait pas tant que ça pour nous garder avec la Loi C-20.

D’abord, clarifions une chose tout de suite; dans un Québec souverain, ce n’est pas le Québec qui va refuser le chèque de péréquation, mais plutôt le fédéral qui refusera de le verser!  La péréquation est versée aux provinces plus pauvres, afin de leur permettre d’assurer des services – provinciaux – équivalents à la population, d’une province à l’autre.  Ainsi, il ne faut pas mélanger les choses; la péréquation, c’est une chose, et les services assumés par le fédéral, c’est une autre histoire.  Or, ces services, qu’on en apprécie ou non les valeurs, sont assumés, et on doit payer les impôts correspondants à ces services.  Quant à la loi C-20, qui soit dit en passant, ne contient que trois articles, elle tient à protéger surtout l’intégrité territoriale du Canada, d’un océan à l’autre, et n’a rien à voir avec les finances.

7 ) On va perdre nos pensions : non, nous avons payé toute votre vie pour financer la Pension de la Sécurité de la Vieillesse. Ces argents reviendront à l’organisme qui s’en occupera ici, c’est notre part de l’actif fédéral qui reviendra au Québec (l’organisme existe déjà en passant, il s’appelle la Régie des Rentes du Québec; on le réorganise, même pas besoin de l’inventer!) : notre chèque aura une fleur de lys au lieu d’une feuille d’érable. Nous n’aurons qu’un organisme à financer, pas deux. On vient de diminuer les frais administratifs. Et ça s’applique à d’autres structures.

Il y a longtemps que cet argument est obsolète!  Mais plus précisément, si l’on confiait les pensions de vieillesse fédérales à la Régie des rentes du Québec, souveraineté ou non, je me priverais de manger pour investir dans des RÉER!  Nous savons tous que la RRQ est montée exactement comme un schème de Ponzi, et que d’ici 25 ans tout au plus, elle ne pourra plus verser de rentes à qui que ce soit!  Et ça, ce n’est pas la faute du fédéral!  Aussi, en moyenne, les programmes québécois coûtent plus cher à administrer que les programmes fédéraux – quoique ceux-ci ne doivent pas être qualifiés d’économiques pour autant!  Ceci étant dit, ce ne sont plus des économies, mais des coûts supplémentaires, qui vont nous attendre!

8 ) Tu veux casser mon pays en deux : la 20 ne se désagrégera pas aux frontières du Québec : on continuera de voyager quand même, seul le politique changera. Si vous passez de l’Espagne à la France, vous n’avez pas besoin de passeport. Ce modèle pourrait être appliqué ici aussi.

Il s’agit de rouler sur les routes du Québec pour se rendre compte que la 20 se désagrège, comme toutes les autres!  La question des passeports sera probablement l’une des plus faciles à régler, entre le Québec et le Canada.  Par contre, le passeport québécois sera-t-il aussi reconnu et respecté, à travers le monde, que le passeport canadien?  Ça, c’est une autre histoire!  Et encore une fois, personne ne peut rien garantir!

En résumé, la campagne de peurs du camp du Non demeure bien modeste lorsque nous les regardons en face. Je vous invite à me transmettre d’autres arguments pro-Canada : ils pourraient peut-être faire partie d’un autre blog.

En attendant, imaginez tous nos impôts utilisés pour nos priorités au lieu de financer une partie des projets du Canada dont nous ne verrons jamais la couleur parce qu’ils sont faits ailleurs qu’au Québec. Restructurer notre administration ici plutôt que de financer celle d’Ottawa parce que nous avons déjà les institutions et les installations pour effectuer ces tâches fédérales.

Notre modèle n’est pas parfait ni complet, mais un Québec souverain nous donnera les moyens de nos ambitions.

Excusez-moi de briser votre rêve, madame Pilon, mais le problème d’un Québec souverain sera le même que celui d’un Québec confédéré au sein du Canada, et il est d’ordre économique.  Nous avons des habitudes de vie plus européennes que nord-américaines (travailler moins d’heures, prendre sa retraite plus rapidement, etc.), bref, nous sommes moins productifs que nos voisins! Devant un tel constat, comment pourrions-nous devenir plus riches qu’eux?  Si le « modèle québécois » est vraiment un modèle, pourquoi aucun état, de par le monde, ne tente-t-il de l’imiter?  Même au sein du Canada, le Québec devient inexorablement la province la plus pauvre, malgré ses richesses naturelles!  C’est tout le modèle de gestion québécois qu’il faut réformer, et ce pour deux raisons.  Dans un premier temps, le fait de changer le modèle nous rendra plus efficaces, puisque l’appareil gouvernemental, fortement réduit, nous coûtera moins cher, et ce faisant, nous permettra de faire rouler davantage l’économie, puisque nous paierons moins d’impôts.  Ensuite, un Québec plus riche, autant individuellement que collectivement, aura un bien meilleur rapport de force, face au gouvernement fédéral, que ce soit pour négocier la part québécoise d’un programme pancanadien, ou pour provoquer la sécession du pays.

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J’aime bien m’engueuler – gentiment – avec Marilène Pilon, et ma foi, je crois que c’est réciproque.  Et nous le ferons sûrement dans les prochains jours!