Circulation à Montréal: A-t-on atteint le point de non-retour?

Mon travail de routier professionnel m’amène à oeuvrer, entre autres, dans le grand Montréal. À ce temps-ci de l’année, les voies rapides devraient, à défaut d’être désertes, être beaucoup plus libres, compte tenu des professeurs et enseignants qui sont toujours en vacances, entre autres. Mais tel n’est pas le cas; si les petits matins sont plus calmes, la suite de la journée est loin d’être rose. Et ce, pas seulement sur l’île de Montréal, mais aussi tout autour.

Au point de se demander si la grande région montréalaise a atteint ce que l’on pourrait qualifier de « point de non-retour ».

La population du grand Montréal, bon an mal an, augmente; si celle de la ville elle-même stagne, ou varie très peu, celle de ses couronnes, elle, augmente beaucoup plus rapidement. Et la raison est bien simple; ce ne sont pas tous les ménages qui veulent vivre dans des appartements en étage. Beaucoup recherchent une maison détachée, avec une cour arrière, question de permettre aux enfants de jouer dehors sans être constamment en état de surveillance active. Avec les dangers d’enlèvement, qui subsistent toujours dans les parcs urbains, les gens veulent que leurs enfants puissent vivre, et s’amuser, sans devoir constamment regarder par-dessus leur épaule, de peur qu’un inconnu ne les saisissent. Et ces propriétés ne sont accessibles qu’à l’extérieur de l’île de Montréal, et encore; il faut s’éloigner des banlieues immédiates, qui deviennent de plus en plus occupées, et de moins en moins accessibles.

De là la pression grandissante vers les municipalités plus éloignées.

J’ai eu à faire quelques déplacements dans la région de Boisbriand, ces jours-ci, et on va se le dire; l’autoroute 640 est devenue un véritable enfer. L’échangeur des autoroutes 15 et 640 a été complètement reconstruit il y a quelques années à peine, et déjà, il ne suffit plus à la tâche. L’autoroute elle-même aurait besoin d’au moins une voie supplémentaire, voire deux, entre Deux-Montagnes et Charlemagne, soit sur presque 40 kilomètres.

En fait, le réseau actuel du grand Montréal a été imaginé au milieu des années 1950, dans le but d’être complété au tournant des années 1980. Nous sommes en 2021, et plusieurs parties de ce réseau ne sont toujours pas construites. Cela occasionne une surutilisation du réseau existant, de là les bouchons à répétition, et l’usure prématurée des infrastructures. Le problème, c’est que la planification à long terme est tout simplement inexistante; nos dirigeants s’imaginent que les gens vont prendre les transports en commun, et ainsi abandonner l’utilisation de la voiture, alors que c’est tout le contraire qui se produit. On voit une multitude d’entrées privées avec trois voitures ou plus. Aussi, les voitures électriques, qui ont dépassé le stade de curiosités, et qui deviennent de plus en plus populaires, devront bien rouler quelque part, elles aussi. La table est donc mise pour un autre grand coup de développement du réseau routier supérieur.

Mais il faut se rendre à l’évidence; des interventions ciblées, ici et là, seront nettement insuffisantes. L’échangeur 15/640 en est le meilleur exemple; par le temps écoulé entre les études de circulation et la fin des travaux, le nouvel échangeur est déjà désuet. De plus, les travaux de construction, en général, sont de plus en plus longs; si l’on voudrait construire un complexe comme celui de la baie James, il faudrait plus de cent ans. Autre exemple; les ponts de l’autoroute Décarie. Les 21 passages supérieurs de l’autoroute Décarie ont été rénovés au tournant des années 2000, travaux qui ont duré environ trois ans. En 1967, lors de la construction initiale de la voie rapide, les mêmes 21 ponts furent construits, à partir de rien,… en quatre mois.

De là la question. A-t-on atteint un point de non-retour?

Qu’on le veuille ou non, il faudra accomplir de grands travaux, ou alors la ville de Montréal sera condamnée à mourir. Mais le problème, prenons par exemple entre Montréal et la rive-sud, est si lourd qu’un seul nouveau pont, sur le fleuve Saint-Laurent, ne règlera rien. Nous l’avons constaté entre Montréal et Laval; aucun pont existant n’a vu son achalandage diminuer significativement depuis l’ouverture du pont Olivier-Charbonneau (A-25) qui, lui aussi, malgré son péage, est désormais loin d’être désert. C’est donc dire que ni ce pont, ni l’ouverture du métro vers Laval, n’ont réussi à abaisser le niveau de circulation des autres traversées.

Une autre partie du problème de circulation du grand Montréal consiste aux livraisons par camion. Quoi que l’on dise, si l’on veut des commerces de proximité, il faudra bien les desservir, les approvisionner. Et si l’on veut que ce soit fait par des camions plus petits, il faudra des centres de distribution, parce que l’on sait tous que les laitues que l’on trouve, dans les magasins d’alimentation, par exemple, ne poussent pas sur le toit de ces magasins. Il faut aller les chercher là où elles poussent; chez les producteurs qui, eux, sont en-dehors du grand Montréal. Et c’est la même chose pour tout; l’achat local, je veux bien, mais il s’agit d’un rêve dont les limites sont vite atteintes. Pour le reste, mentionnons qu’aucun magasin, petit ou grand, n’a de desserte ferroviaire; ils sont donc tous dépendants des camions.

Donc, de grands travaux, et de grâce, bien planifiés. Le nouveau pont Samuel-de Champlain est un exemple de mauvaise planification; le pont Champlain original, ouvert en 1962, comportait trois voies par direction. Aujourd’hui, avec les populations, des deux côtés du pont, qui se sont multipliées, combien de voies par direction a-t-on mis, sur le nouveau pont? Eh oui, trois voies par direction. Nous avons maintenant une infrastructure beaucoup plus solide, certes, mais pas plus serviable, en ce sens qu’elle a la même capacité que celle qu’elle remplace, et qui fut construite presque 60 ans plus tôt. Par contre, ce pont, avec sa travée centrale qui supportera le REM, qui sera bientôt en service, illustre à merveille l’orientation prise par nos dirigeants; tout pour le transport en commun, rien pour les véhicules routiers.

Il faut d’abord planifier à quoi ressemblera le prochain demi-siècle, et desservir les populations en ce sens. Autrefois, on pouvait voir environ vingt ans à l’avance; la génération montante, une fois adulte, aura besoin d’infrastructures, de villes, d’écoles, d’hôpitaux, bref, de tout ce que le monde a besoin. De nos jours, il est plus difficile de prévoir; avec l’immigration massive, les nouveaux besoins doivent être prêts maintenant, pas dans vingt ans. Il faut donc se mettre au travail tout de suite, et imaginer la grille des transports idéale. Comme le Québec est en retard d’environ 40 ans sur le développement de son réseau routier supérieur, la grille des transports doit aussi combler ces lacunes, le tout en se basant sur le réseau actuel, et ses possibilités de développement.

Donc, pour commencer, il faut compléter le réseau des années 1950. Terminer l’autoroute 440, vers l’ouest jusqu’à Kirkland, en passant par l’île Bizard, et vers l’est, entre l’A-25 et l’A-40, à la pointe nord-est de l’île de Montréal. Compléter l’autoroute Ville-Marie, peu importe le numéro qu’on lui donnera, entre le pont Jacques-Cartier et le tunnel L.-H.-Lafontaine. Prolonger l’autoroute 19 au moins jusqu’à l’A-640. Et boucler la boucle de l’actuel niveau de route périphérique, en raccordant l’A-640 à l’A-40, entre Saint-Joseph-du-Lac et Hudson, et en rattachant l’A-640 à l’A-30, entre Charlemagne et Varennes. Aussi, en boulevard urbain non-autoroutier, creuser un tunnel entre les boulevards Pie-IX, à Montréal, et Taschereau, à Longueuil. Et dans le but d’alléger la tâche du pont Honoré-Mercier, prolonger l’A-730 jusqu’à l’A-20, près de l’échangeur Saint-Pierre. Je sais, c’est très urbanisé, et ça coûtera cher, mais l’autre option, soit de prolonger l’A-13 vers le sud jusqu’à Châteauguay, ne sera pas économique non plus.

Ensuite, il faudra compléter un autre niveau de route périphérique qui, lui, sera beaucoup plus grand. Partons de l’échangeur 15/50, au sud de Saint-Jérôme, et allons dans le sens des aiguilles d’une montre. Il faudra prolonger l’A-50 de ce point jusqu’au nord du village de Saint-Esprit, où elle croisera l’A-25, en contournant la ville de Saint-Lin–Laurentides par l’ouest, où elle sera rejointe par l’A-19, puis par le nord. De Saint-Esprit, on devra convertir la route 158 en autoroute 50, et ce jusqu’à l’échangeur avec l’A-31, à Joliette. La périphérique se poursuivra sur l’A-31, qui deviendra l’A-35; elle prendra un nouvel itinéraire au sud du viaduc ferroviaire, un peu à l’est du tracé actuel (qui, jusqu’à l’A-40, deviendra un tronçon de la route 131). Ce nouvel itinéraire passera juste à l’est de Lavaltrie, et traversera le fleuve à la hauteur de Contrecoeur. De là, la nouvelle A-35 croisera l’A-30, contournera Saint-Marc-sur-Richelieu, traversera l’A-20, puis se glissera entre le mont Saint-Hilaire et le secteur résidentiel, avant d’aller croiser l’A-10, et rejoindre l’actuelle A-35 au nord de la route 104. L’A-35 actuelle, depuis ce point, en passant par le pont Félix-Gabriel-Marchand, et jusqu’à la rue Pierre-Caisse, deviendra l’A-6, qui se prolongera vers l’ouest, traversera sous le lac Saint-Louis, et s’arrimera à l’A-20 à la hauteur du boulevard Cavendish. L’autre section actuelle de l’A-35, entre la rue Pierre-Caisse et l’A-10, deviendra l’A-506.

Pour revenir à la nouvelle périphérique, celle-ci continuera vers le sud sur l’A-35 actuelle, puis sur la section actuellement en construction. Dans la courbe au sud de la route 133, près de Saint-Sébastien, un échangeur devra être construit, conduisant vers une nouvelle autoroute, l’A-2, à construire plus ou moins en parallèle avec la route 202. Celle-ci longera la frontière américaine, à quelques kilomètres près, en passant entre autres par Lacolle, Hemmingford, et Saint-Antoine-Abbé (où une éventuelle A-13 pourrait s’y rattacher, en provenance de Châteauguay), avant de contourner Huntingdon par le sud, puis tourner vers le nord-ouest pour être rejointe par une nouvelle section de l’A-530, puis traverser le fleuve à la hauteur du club de golf Saint-Anicet.

De là, l’A-2 longera la frontière ontarienne, suivant plus ou moins la route 325, en passant par Rivière-Beaudette, Saint-Télesphore, Sainte-Justine-de-Newton et Très-Saint-Rédempteur, avant de se terminer à l’A-40 près de la montée de la baie Saint-Thomas, à l’ouest de Rigaud. De là, la nouvelle périphérique suivra l’A-40 jusqu’aux courbes, près de la sortie 1, pour prendre une autre nouvelle autoroute, l’A-48, qui traversera la rivière des Outaouais, et qui rejoindra l’A-50, passant au sud de Saint-André-Est, puis rejoignant Mirabel en longeant, plus ou moins, le chemin de la Rivière-Rouge Sud, le chemin Lalande, au sud du village de Saint-Hermas, et le chemin Saint-Simon, où elle pourrait être rejointe par un prolongement de l’A-13. De là, retour au point de départ, soit l’échangeur 15/50.

Évidemment, les tronçons manquants de cette nouvelle route périphérique pourront être construits par étapes, en fonction de l’évolution des besoins.

Comme on peut le voir, le MTQ aura beaucoup de pain sur la planche pour rattraper le retard accumulé depuis des décennies. Et il aura besoin de budgets énormes, parce qu’en plus de développer son réseau, il devra entretenir le réseau existant, et réparer des décennies de négligence. C’est pour cela que je parle de point de non-retour.

Lanaudière: Deux problèmes, une solution

Je travaillais dans la région de Montréal, aujourd’hui, et je me suis rendu compte d’une chose, à savoir que lorsque la COVID-19 sera derrière nous, et que les gens seront tous de retour au travail, le réseau routier supérieur du grand Montréal ne suffira plus à la tâche. Il faudra porter de grands coups pour remédier à la situation, et ce plus tôt que tard.

Dans Lanaudière, par exemple, on se retrouve avec deux problèmes particuliers. D’abord, le niveau de circulation sur la route 158, entre Saint-Esprit et Joliette, justifie la construction d’une autoroute en bonne et dûe forme; depuis l’intersection de la route 125 nord, vers l’est, le débit journalier moyen annuel (DJMA) atteint 14,400 véhicules par jour jusqu’à la rue Saint-Jacques (route 341), dans la municipalité du même nom, 13,800 jusqu’à la sortie de Crabtree, 15,800 jusqu’au boulevard de l’Industrie (route 343), en direction de Saint-Paul, et 17,000 jusqu’à la rue Saint-Pierre Sud. Il atteint même 25,000 entre ce point et l’autoroute 31, et 30,000 entre celle-ci et le chemin des Prairies (route 158 sud). Des chiffres bien au delà de ceux nécessaire à l’avènement d’une autoroute.

L’autre problème se situe à Saint-Lin–Laurentides; la rue Saint-Isidore (routes 158, 335 et 337), conçue à l’époque pour des voitures à chevaux, n’en peut tout simplement plus de supporter 13,400 véhicules par jour. Résultat des courses; la circulation est tout simplement pénible, particulièrement les week-ends. On planche d’ailleurs sur une voie de contournement pour ce secteur de la ville.

À ces deux problèmes, une solution. Et celle-ci a un nom, ou plutôt, devrais-je dire, un numéro; 50.

Lorsque l’on consulte les archives, on découvre qu’à l’origine, l’autoroute 50 devait passer au sud de l’aéroport Montréal-Mirabel, mais les circonstances l’ont plutôt fait passer au nord de celle-ci. Il est temps de relier cette dernière à Joliette, et en passant pas trop loin de Saint-Lin–Laurentides afin de permettre de lui offrir une voie de contournement idéale. Sachant que la plupart des véhicules traversant cette ville provient de, ou se rend vers, le grand Montréal, surtout les week-ends, l’A-50 permettrait de rediriger le flot de circulation vers les autoroutes 15 ou 25, en attendant le prolongement d’une éventuelle autoroute 19, entre sa fin actuelle et l’A-50, dans le secteur de Saint-Lin–Laurentides.

Bizarrement, pour la route 158, on ne parle que de quatre sites d’amélioration – sans les nommer – dans la liste de projets à accélérer avec la loi 66, récemment adoptée par l’Assemblée nationale. Cette liste semble bien incomplète, compte tenu des nombreux projets à compléter dans le but de rendre la circulation, dans le grand Montréal comme ailleurs au Québec, un peu plus conviviale.

COVID-19: Quand un virus sert de prétexte (ou réponse à François Audet)

Depuis quelques semaines déjà, le nouveau coronavirus, à l’origine de la COVID-19, est en train de virer la planète sens dessus dessous; les gouvernements deviennent dictatoriaux, sous prétexte de vouloir sauver des vies (ce qui reste encore à prouver, d’ailleurs), et le bon peuple en redemande.  On le voit au Québec, où le premier ministre, François Legault, va finir par manquer de trucs à fermer si la pandémie dure encore quelques dizaines de jours.

Pendant ce temps, d’autres moralisateurs à deux balles se permettent de faire des liens entre la COVID-19 et leur vision du monde, bouleversée par ce qui ne fait pas leur affaire.  Voici un exemple de ce que j’avance; le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), François Audet, se commet dans une opinion diffusée dans La Presse+, le 1er avril dernier, sous le nom de Coronavarice.  Et comme j’aime le faire de temps en temps, je mets le texte intégral ici, cette fois en vert, et j’y réponds au fur et à mesure du texte.  C’est parti.

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Opinion : COVID-19

Coronavarice

Alors que l’on commence à peine à saisir l’ampleur de l’épidémie, mais surtout, des transformations profondes qui nous attendent au lendemain d’une éventuelle victoire, nous sommes forcés de constater que nous n’avons pas encore bien compris l’origine de cette épidémie.

Au-delà de l’épidémiologie et des enjeux de santé publique à la source de ce nouveau virus, cette épidémie est essentiellement le fruit de notre aveuglement volontaire à toutes les conséquences de notre surconsommation et de notre incapacité à faire des compromis dans nos modes de vie. Parce qu’investir dans l’inutile finit par coûter cher. En somme, c’est le prix que nous payons pour cette mondialisation asymétrique, inconsciente et effrénée.

Les conclusions que vous en tirez, monsieur Audet, ne sont que votre opinion, et rien d’autre.  Est-ce à dire que le remplacement des pailles de plastique par des pailles de carton, il y a un an, fut totalement inutile?  Sérieusement, il faut comprendre qu’en ce bas-monde, l’inutile des uns est l’emploi des autres, et ce que vous voyez comme du superflu est ce qui permet à des centaines, voire des milliers de personnes, de gagner honorablement leur vie.  Je préfère m’en tenir à l’épidémiologie et aux enjeux de santé publique.

Sérieusement, pendant combien de temps pensions-nous vraiment que nous aurions pu maintenir ce rythme ? Quand on est rendu à faire la queue au sommet de l’Everest comme chez Ikea un jeudi, à construire des hôtels et des glissades d’eau sur les dernières plages vierges et les sites protégés de la planète, à couper les dernières forêts pour le « profit ». Sérieusement ?

Ce rythme, comme vous dites, s’est maintenu plus longtemps que jamais; cela faisait pas moins de 11 ans que l’économie, malgré quelques soubresauts, s’améliorait.  À tous les temps-en-temps, il survient un événement (cette fois un nouveau virus, mais dans le passé, ce fut une surchauffe d’un secteur donné de l’économie, un acte terroriste, une mauvaise décision gouvernementale, ou diverses autres raisons) qui fait que l’économie ralentit.  Cette fois est juste la dernière en date.

Là, vous me dites, quel est le lien ? La corrélation est pourtant simple. Au lieu de penser à qui nous sommes, nous agissons pour ce que nous voulons. « Everything now », comme le chantent si bien mes amis d’Arcade Fire. Alors que nos ressources et notre génie auraient dû être investis dans la recherche, dans la santé, dans l’éducation, dans la coopération et l’aide internationale ainsi que dans la prévention, on a préféré le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.

Vous savez, monsieur Audet, il est prouvé que l’on peut marcher, et mâcher de la gomme, en même temps.  Cet exemple vient illustrer que la recherche, la santé, l’éducation, la coopération, l’aide internationale et la prévention ont profité, ces dernières années, de beaucoup de ressources et de génie, contrairement à ce que vous semblez croire, et ce tout en mettant de l’argent dans ce que vous appelez le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.  Avant que ne tombe ce virus, le monde allait trop vite, bien sûr, mais allait aussi très bien.

En effet, la propagation du virus est le produit d’une mondialisation aveugle et anthropocentrique. La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est simple : notre désir frénétique de voyager à tout prix.

La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est tout simplement ce que Lucien Bouchard appelait, du temps qu’il était au pouvoir, “le défaut des qualités” de notre monde moderne; à moins de 48 heures d’avis, des gens de partout dans le monde pouvaient se réunir à peu près n’importe où dans le monde.  Évidemment, dans cette situation, il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’un virus se propage.

Alors qu’un salon du livre en Belgique aurait dû être annulé, on l’a maintenu pour éviter des pertes financières, au prix de centaines de vies. Alors que des voyages personnels et des ententes commerciales devraient être remis, des milliers d’avions continuent de tracer au-dessus de nos têtes, au moment où vous lisez ces lignes, transportant avec eux les hôtes inconscients de la COVID-19.

Il faut aussi reconnaître que si tous les vols commerciaux sont annulés en même temps, des milliers de personnes seront coincées, sans possibilité de revenir chez eux.  Le problème, avec la pandémie actuelle, tient davantage du laxisme de certains gouvernements dans leur réaction face à celle-ci qu’à la décision de quelques organisateurs d’événements qui tenaient à poursuivre comme si de rien n’était.  Un salon du livre, en Belgique ou ailleurs, n’est pas vraiment organisé par des multinationales avides de gains financiers, mais plutôt par des organisations régionales ou nationales, subventionnées par les différents ordres de gouvernement.

Ainsi, l’avarice est le cancer de cette mondialisation et son principal vecteur de transmission.

Vous avez trop regardé “Les pays d’en-haut”!  L’avarice n’a rien à voir avec la transmission de ce virus; comme je le disais, c’est le laxisme de certains gouvernements, principalement au niveau du contrôle des frontières, qui fut le principal vecteur de transmission.

Vous en doutez ? Alors pourquoi attendons-nous tous, avec une impatience presque existentielle, de « reprendre une vie normale » en espérant oublier cette parenthèse ? Nous sommes tous assis devant notre ordinateur à attendre le moment où le bon docteur Arruda nous dira : « Voilà, c’est fini ! » Nous pourrons enfin délier nos doigts et appuyer sur « confirmer » tous ces paniers d’achats, tous ces voyages en attente, toute notre inconscience…

Nous attendons tous de “reprendre une vie normale” parce que la race humaine est faite pour communiquer, pour échanger, pour se réunir.  Et pas seulement virtuellement!  Nous avons hâte de revoir nos familles, nos amis, et nos collègues.  Nous avons hâte au retour des poignées de main, des câlins, des rencontres fortuites, que ce soit au coin de la rue, ou à l’autre bout du monde.  Les humains, enfin pour la plupart, ont une vie sociale, et veulent la reprendre au plus tôt.  C’est tout!

Quelles sont les solutions ? 

Il en existe plusieurs. Elles seront douloureuses et passent toutes par le même chemin : modifier complètement notre mode de vie, notre mode de consommation, nos voyages, et nos investissements sociaux.

Il en existe plusieurs, en effet, mais je ne suis pas d’accord avec les vôtres.  Notre mode de vie est très bien.  Peut-être devrions-nous examiner certains aspects de celui-ci, mais habituellement, l’évolution de notre mode de vie, s’il a parfois certains travers, permet à l’ensemble du monde d’être meilleur.

Le salut passera par notre système d’éducation qui doit enseigner la pensée critique. En particulier nos universités qui doivent éviter d’encourager la perpétuation aveugle de ce système autodestructeur. Les dirigeants de demain devront être formés différemment.

Si le retour de la pensée critique doit servir à quelque chose, c’est d’abord et avant tout pour mettre fin à ce que j’appellerais ces “zones de pensée unique”, que l’on trouve de plus en plus dans les universités, justement (et l’UQAM en fait partie), et qui ne permettent aucune forme de débat d’idées.  C’est de l’affrontement des idées que naît la lumière; il faut revenir, de toute urgence, à ce principe.

Le salut passera par des entreprises qui valoriseront toute l’ingéniosité humaine au service de l’intérêt public, et non pas à l’unique petit profit des investisseurs pour des produits inutiles et suremballés. Le salut passera par nos politiciens qui cesseront de se faire influencer par le clientélisme et écouteront la science avec une administration publique forte, pour l’intérêt de la population.

Comme je le mentionnais, l’inutile des uns est le gagne-pain des autres.  Aussi, qui sommes-nous pour juger de ce qui est inutile?  Déjà, au Québec, beaucoup de gens se plaignent que le gouvernement a fermé des entreprises dites “non-essentielles”, alors que plusieurs en auraient bien besoin.  En ce qui a trait au clientélisme, je vous ferai remarquer que les “groupes de pression” ne sont rien d’autre que des lobbyistes avec des demandes sociales.  Quant à une administration publique forte, l’expérience démontre qu’à part des déficits, elle n’apporte pas grand chose de plus à un état.

Le salut passera surtout par la refonte d’une gouvernance mondiale. Celle-ci est nécessaire pour que des institutions solides, comme l’Organisation mondiale de la santé, assurent un dialogue entre les nations, réfléchissent, anticipent et trouvent des solutions de rechange à notre mondialisation anarchique et aux enjeux démographiques, vers une meilleure coopération internationale.

Or, la refonte d’une mondialisation nécessite un leadership politique positif tout aussi fort qui fait malheureusement actuellement défaut.

Je ne suis pas contre les échanges d’informations entre les pays, mais je mets un bémol à tout ce qui s’appelle “gouvernance mondiale”.  Je ne crois pas que les nord-américains apprécieraient se faire dire quoi faire par des européens, et vice-versa.  La gouvernance actuelle, à défaut d’être parfaite, est très correcte, à mes yeux, et le monde n’a aucunement besoin de centralisation des pouvoirs politiques.

On ne peut compter sur la puissance américaine, elle-même malmené par la « coronavarice » et une présidence bipolaire. Le G20 est paralysé et les Nations unies sont toujours en quête d’une légitimité. Qui plus est, la plupart des chefs d’État occidentaux sont eux-mêmes le produit d’un clientélisme travaillant très fort pour le maintien de ce système devenu une inertie cimentée. N’oublions pas que nous les avons élus. On est bien loin de l’idéalisme de Wilson, et on n’a qu’à voir la quasi-absence de générosité des grandes fortunes mondiales, incluant les nôtres, dans la crise de la COVID-19 actuellement.

En toute franchise, je préfère les divers systèmes actuels à une gouvernance mondiale.  Et n’oublions pas qu’un système électoral dit proportionnel n’amène que des gouvernements de coalition, qui se font et se défont pour un oui ou pour un non, et qui demandent six mois de négociations pour acheter une boîte de crayons de bois.  Cette image est forte, c’est vrai, mais dans les faits, elle est assez proche de la vérité, avouez-le.  En passant, de quel Wilson parlez-vous?  Woodrow?

En fait, le vrai salut passe par l’humanité de cette prochaine génération post-épidémie, qui reprendra les rênes d’une planète bien mal en point. Mais les biologistes disent souvent que la vie finit toujours par trouver une solution. Et du côté de l’humanitaire, on dit souvent de ne jamais sous-estimer une population en situation de survie. Dans ce cas, souhaitons que la claque au visage que le néolibéralisme aveugle, générée par notre avarice, soit suffisamment forte pour nous éveiller individuellement et collectivement. Sinon, la prochaine épidémie pourrait être la dernière.

À chaque épidémie, d’aucuns craignent que la prochaine soit la dernière.  Mais c’est mal connaître le genre humain.  À chaque fois qu’il s’est retrouvé au pied du mur, il a trouvé une façon de se sortir de son malheur, et de revenir encore plus fort.  Malgré ce que certains prétendent, le genre humain est plus “humain” que jamais; la pauvreté extrême recule dans le monde, de plus en plus de gens ont accès à l’eau potable, bref, lentement mais sûrement, le monde devient meilleur.  Il ne faut juste pas perdre espoir.  Ça va bien aller!

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3e lien Québec-Lévis: Un pas de plus

Depuis un jour ou deux, un nouveau vent d’optimisme souffle sur le grand Québec.  On vient de dévoiler un nouveau tracé pour le 3e lien Québec-Lévis, raccordant directement les deux centres-villes, lequel parcours serait parsemé de débarcadères, dans le cadre d’une liaison rapide par un moyen électrique de grande fréquence.

Évidemment, on ne peut pas être contre la vertu. On épargne quelques kilomètres aux automobilistes, qui n’auront pas à aller virer jusqu’à l’île d’Orléans pour traverser le fleuve.  On permet aussi aux piétons de traverser le fleuve par l’entremise d’un service rapide, accessible de plusieurs endroits.  Bref, l’affaire ne devrait faire que des heureux. À condition que le nouveau 3e lien ait trois voies par direction pour tous les véhicules, sinon la joie risque d’être de courte durée.

Pour ma part, j’étais en faveur d’un 3e lien passant par l’île d’Orléans, à condition qu’il passe par l’île; ce que je ne voulais pas, c’est que l’on construise deux traversées, à 2000 pieds l’une de l’autre, l’une pour l’île, l’autre pour la rive sud.  Avec le nouveau tracé, on éloigne les deux traversées l’une de l’autre, question de faire avaler un nouveau pont de 500 millions$, qui débouche nulle part, et qui va desservir moins de 8000 personnes; j’ai fait le calcul, en fonction du nombre d’habitants de l’île d’Orléans, et il leur en coûterait la modique somme de 64,235$ chacun, incluant vieillards et enfants en bas âge, pour payer ce pont.  Évidemment, l’ensemble des contribuables, y compris ceux qui ne mettront jamais les pieds dans l’île, va ramasser la facture.

D’un autre côté, je réfléchissais, quelques jours avant le dévoilement de ce nouveau tracé, sur la possibilité de doubler le pont Pierre-Laporte.  Après tout, le problème principal, entre les deux rives du fleuve, se situe à l’approche des ponts actuels; celles-ci sont conçues de façon à créer un effet d’entonnoir, ce qui laisse des bouchons de plus en plus longs aux heures de pointe.  En ajoutant des voies à la traversée, on élimine cet effet, et la circulation s’en trouve améliorée.  Le doublement de Pierre-Laporte permettrait de passer de trois à cinq voies par direction (en se gardant une voie comme accotement), ce qui améliorerait grandement les choses.

Bien entendu, les deux projets combinés permettraient de régler le problème de circulation entre les deux rives du fleuve pour une bonne dizaine d’années. Mais les finances publiques ne permettent pas d’aller aussi rapidement. Espérons la première pelletée de terre, pour l’un ou l’autre de ces deux projets, d’ici 2022; ce sera déjà un pas de plus.

Réforme du mode de scrutin: Il y aura toujours des mécontents

Ce matin, je tombe sur un article de La Presse, signé Fanny Lévesque, et intitulé  “Réforme du mode de scrutin: pas de «prime au vainqueur», dit LeBel”.  On y raconte que dans la nouvelle loi qu’entend proposer la ministre de la Justice et des Institutions démocratiques, Sonia LeBel, l’attribution de 45 sièges aux régions, sur les 125 de l’Assemblée nationale, selon un calcul compensatoire, ne serait pas assez proportionnel, et favoriserait les grands partis.

C’est du moins ce que prétend le Mouvement Démocratie Nouvelle, le premier groupe à s’adresser, mercredi, à la Commission des institutions.  Louis Massicotte, professeur à la retraite, et spécialiste des modes de scrutin, abonde dans le même sens, toujours selon l’article.

Auprès des puristes de la démocratie, je m’excuse d’être bête, mais voici la vérité toute crue; notre système de scrutin actuel est, et de loin, le meilleur, démocratiquement parlant.  Et voici pourquoi.

D’abord, nos campagnes électorales doivent rester courtes; à 35 jours, plus ou moins, on a déjà hâte que ça se termine.  Alors imaginez si nous avions deux tours, comme en France, ou encore un système interminable de primaires, comme chez nos voisins du Sud, qui entraînent des campagnes électorales quasi-permanentes. Avec un système à un seul tour, ça demeure court.

Ensuite, ça doit rester simple; un électeur, un bulletin, un vote, et c’est tout.  Croyez-le ou non, le système actuel en est un directement proportionnel, mais à l’échelle de la circonscription; la personne qui recueille le plus de votes gagne. Point. Le problème, c’est que les tenants de la proportionnelle voudraient que le système soit proportionnel, mais à l’échelle de la province.  Avec un tel système, on évacue la personne, et on élit des partis. Les députés sont nommés, à partir de listes, comme cela se fait dans certains pays d’Europe. On se retrouve avec des bulletins de vote qui ressemblent à des anciennes cartes routières, tellement ils sont énormes, et ce au grand bonheur des imprimeurs.

Partout où il y a des systèmes dits proportionnels, le scrutin se situe quelque part entre les deux extrêmes; on garde des limites territoriales, donc des représentants locaux, puis on ajoute des listes de personnes qui sont nommées à la proportionnalité du vote global, et ce dans une proportion, et selon des règles, uniques à chaque système.  Il devient donc presque impossible d’élire un gouvernement majoritaire, qui a les coudées franches pour faire avancer la nation.  On se retrouve avec des coalitions plus ou moins solides, qui se font et se défont pour un oui ou pour un non, et avec lesquelles il faut six mois de débats pour acheter une boîte de crayons.

Pour revenir à l’article, on y mentionne finalement que Québec solidaire propose pas moins de 45% de femmes, sous peine d’amendes!  Pourquoi pas un pourcentage de pauvres, tant qu’à faire? Ou encore un nombre maximum d’avocats?  Un minimum de jeunes, de vieux, d’handicapés, d’itinérants?

On ne s’en sortira jamais!  Et il y aura toujours des mécontents.