COVID-19: Quand un virus sert de prétexte (ou réponse à François Audet)

Depuis quelques semaines déjà, le nouveau coronavirus, à l’origine de la COVID-19, est en train de virer la planète sens dessus dessous; les gouvernements deviennent dictatoriaux, sous prétexte de vouloir sauver des vies (ce qui reste encore à prouver, d’ailleurs), et le bon peuple en redemande.  On le voit au Québec, où le premier ministre, François Legault, va finir par manquer de trucs à fermer si la pandémie dure encore quelques dizaines de jours.

Pendant ce temps, d’autres moralisateurs à deux balles se permettent de faire des liens entre la COVID-19 et leur vision du monde, bouleversée par ce qui ne fait pas leur affaire.  Voici un exemple de ce que j’avance; le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), François Audet, se commet dans une opinion diffusée dans La Presse+, le 1er avril dernier, sous le nom de Coronavarice.  Et comme j’aime le faire de temps en temps, je mets le texte intégral ici, cette fois en vert, et j’y réponds au fur et à mesure du texte.  C’est parti.

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Opinion : COVID-19

Coronavarice

Alors que l’on commence à peine à saisir l’ampleur de l’épidémie, mais surtout, des transformations profondes qui nous attendent au lendemain d’une éventuelle victoire, nous sommes forcés de constater que nous n’avons pas encore bien compris l’origine de cette épidémie.

Au-delà de l’épidémiologie et des enjeux de santé publique à la source de ce nouveau virus, cette épidémie est essentiellement le fruit de notre aveuglement volontaire à toutes les conséquences de notre surconsommation et de notre incapacité à faire des compromis dans nos modes de vie. Parce qu’investir dans l’inutile finit par coûter cher. En somme, c’est le prix que nous payons pour cette mondialisation asymétrique, inconsciente et effrénée.

Les conclusions que vous en tirez, monsieur Audet, ne sont que votre opinion, et rien d’autre.  Est-ce à dire que le remplacement des pailles de plastique par des pailles de carton, il y a un an, fut totalement inutile?  Sérieusement, il faut comprendre qu’en ce bas-monde, l’inutile des uns est l’emploi des autres, et ce que vous voyez comme du superflu est ce qui permet à des centaines, voire des milliers de personnes, de gagner honorablement leur vie.  Je préfère m’en tenir à l’épidémiologie et aux enjeux de santé publique.

Sérieusement, pendant combien de temps pensions-nous vraiment que nous aurions pu maintenir ce rythme ? Quand on est rendu à faire la queue au sommet de l’Everest comme chez Ikea un jeudi, à construire des hôtels et des glissades d’eau sur les dernières plages vierges et les sites protégés de la planète, à couper les dernières forêts pour le « profit ». Sérieusement ?

Ce rythme, comme vous dites, s’est maintenu plus longtemps que jamais; cela faisait pas moins de 11 ans que l’économie, malgré quelques soubresauts, s’améliorait.  À tous les temps-en-temps, il survient un événement (cette fois un nouveau virus, mais dans le passé, ce fut une surchauffe d’un secteur donné de l’économie, un acte terroriste, une mauvaise décision gouvernementale, ou diverses autres raisons) qui fait que l’économie ralentit.  Cette fois est juste la dernière en date.

Là, vous me dites, quel est le lien ? La corrélation est pourtant simple. Au lieu de penser à qui nous sommes, nous agissons pour ce que nous voulons. « Everything now », comme le chantent si bien mes amis d’Arcade Fire. Alors que nos ressources et notre génie auraient dû être investis dans la recherche, dans la santé, dans l’éducation, dans la coopération et l’aide internationale ainsi que dans la prévention, on a préféré le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.

Vous savez, monsieur Audet, il est prouvé que l’on peut marcher, et mâcher de la gomme, en même temps.  Cet exemple vient illustrer que la recherche, la santé, l’éducation, la coopération, l’aide internationale et la prévention ont profité, ces dernières années, de beaucoup de ressources et de génie, contrairement à ce que vous semblez croire, et ce tout en mettant de l’argent dans ce que vous appelez le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.  Avant que ne tombe ce virus, le monde allait trop vite, bien sûr, mais allait aussi très bien.

En effet, la propagation du virus est le produit d’une mondialisation aveugle et anthropocentrique. La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est simple : notre désir frénétique de voyager à tout prix.

La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est tout simplement ce que Lucien Bouchard appelait, du temps qu’il était au pouvoir, “le défaut des qualités” de notre monde moderne; à moins de 48 heures d’avis, des gens de partout dans le monde pouvaient se réunir à peu près n’importe où dans le monde.  Évidemment, dans cette situation, il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’un virus se propage.

Alors qu’un salon du livre en Belgique aurait dû être annulé, on l’a maintenu pour éviter des pertes financières, au prix de centaines de vies. Alors que des voyages personnels et des ententes commerciales devraient être remis, des milliers d’avions continuent de tracer au-dessus de nos têtes, au moment où vous lisez ces lignes, transportant avec eux les hôtes inconscients de la COVID-19.

Il faut aussi reconnaître que si tous les vols commerciaux sont annulés en même temps, des milliers de personnes seront coincées, sans possibilité de revenir chez eux.  Le problème, avec la pandémie actuelle, tient davantage du laxisme de certains gouvernements dans leur réaction face à celle-ci qu’à la décision de quelques organisateurs d’événements qui tenaient à poursuivre comme si de rien n’était.  Un salon du livre, en Belgique ou ailleurs, n’est pas vraiment organisé par des multinationales avides de gains financiers, mais plutôt par des organisations régionales ou nationales, subventionnées par les différents ordres de gouvernement.

Ainsi, l’avarice est le cancer de cette mondialisation et son principal vecteur de transmission.

Vous avez trop regardé “Les pays d’en-haut”!  L’avarice n’a rien à voir avec la transmission de ce virus; comme je le disais, c’est le laxisme de certains gouvernements, principalement au niveau du contrôle des frontières, qui fut le principal vecteur de transmission.

Vous en doutez ? Alors pourquoi attendons-nous tous, avec une impatience presque existentielle, de « reprendre une vie normale » en espérant oublier cette parenthèse ? Nous sommes tous assis devant notre ordinateur à attendre le moment où le bon docteur Arruda nous dira : « Voilà, c’est fini ! » Nous pourrons enfin délier nos doigts et appuyer sur « confirmer » tous ces paniers d’achats, tous ces voyages en attente, toute notre inconscience…

Nous attendons tous de “reprendre une vie normale” parce que la race humaine est faite pour communiquer, pour échanger, pour se réunir.  Et pas seulement virtuellement!  Nous avons hâte de revoir nos familles, nos amis, et nos collègues.  Nous avons hâte au retour des poignées de main, des câlins, des rencontres fortuites, que ce soit au coin de la rue, ou à l’autre bout du monde.  Les humains, enfin pour la plupart, ont une vie sociale, et veulent la reprendre au plus tôt.  C’est tout!

Quelles sont les solutions ? 

Il en existe plusieurs. Elles seront douloureuses et passent toutes par le même chemin : modifier complètement notre mode de vie, notre mode de consommation, nos voyages, et nos investissements sociaux.

Il en existe plusieurs, en effet, mais je ne suis pas d’accord avec les vôtres.  Notre mode de vie est très bien.  Peut-être devrions-nous examiner certains aspects de celui-ci, mais habituellement, l’évolution de notre mode de vie, s’il a parfois certains travers, permet à l’ensemble du monde d’être meilleur.

Le salut passera par notre système d’éducation qui doit enseigner la pensée critique. En particulier nos universités qui doivent éviter d’encourager la perpétuation aveugle de ce système autodestructeur. Les dirigeants de demain devront être formés différemment.

Si le retour de la pensée critique doit servir à quelque chose, c’est d’abord et avant tout pour mettre fin à ce que j’appellerais ces “zones de pensée unique”, que l’on trouve de plus en plus dans les universités, justement (et l’UQAM en fait partie), et qui ne permettent aucune forme de débat d’idées.  C’est de l’affrontement des idées que naît la lumière; il faut revenir, de toute urgence, à ce principe.

Le salut passera par des entreprises qui valoriseront toute l’ingéniosité humaine au service de l’intérêt public, et non pas à l’unique petit profit des investisseurs pour des produits inutiles et suremballés. Le salut passera par nos politiciens qui cesseront de se faire influencer par le clientélisme et écouteront la science avec une administration publique forte, pour l’intérêt de la population.

Comme je le mentionnais, l’inutile des uns est le gagne-pain des autres.  Aussi, qui sommes-nous pour juger de ce qui est inutile?  Déjà, au Québec, beaucoup de gens se plaignent que le gouvernement a fermé des entreprises dites “non-essentielles”, alors que plusieurs en auraient bien besoin.  En ce qui a trait au clientélisme, je vous ferai remarquer que les “groupes de pression” ne sont rien d’autre que des lobbyistes avec des demandes sociales.  Quant à une administration publique forte, l’expérience démontre qu’à part des déficits, elle n’apporte pas grand chose de plus à un état.

Le salut passera surtout par la refonte d’une gouvernance mondiale. Celle-ci est nécessaire pour que des institutions solides, comme l’Organisation mondiale de la santé, assurent un dialogue entre les nations, réfléchissent, anticipent et trouvent des solutions de rechange à notre mondialisation anarchique et aux enjeux démographiques, vers une meilleure coopération internationale.

Or, la refonte d’une mondialisation nécessite un leadership politique positif tout aussi fort qui fait malheureusement actuellement défaut.

Je ne suis pas contre les échanges d’informations entre les pays, mais je mets un bémol à tout ce qui s’appelle “gouvernance mondiale”.  Je ne crois pas que les nord-américains apprécieraient se faire dire quoi faire par des européens, et vice-versa.  La gouvernance actuelle, à défaut d’être parfaite, est très correcte, à mes yeux, et le monde n’a aucunement besoin de centralisation des pouvoirs politiques.

On ne peut compter sur la puissance américaine, elle-même malmené par la « coronavarice » et une présidence bipolaire. Le G20 est paralysé et les Nations unies sont toujours en quête d’une légitimité. Qui plus est, la plupart des chefs d’État occidentaux sont eux-mêmes le produit d’un clientélisme travaillant très fort pour le maintien de ce système devenu une inertie cimentée. N’oublions pas que nous les avons élus. On est bien loin de l’idéalisme de Wilson, et on n’a qu’à voir la quasi-absence de générosité des grandes fortunes mondiales, incluant les nôtres, dans la crise de la COVID-19 actuellement.

En toute franchise, je préfère les divers systèmes actuels à une gouvernance mondiale.  Et n’oublions pas qu’un système électoral dit proportionnel n’amène que des gouvernements de coalition, qui se font et se défont pour un oui ou pour un non, et qui demandent six mois de négociations pour acheter une boîte de crayons de bois.  Cette image est forte, c’est vrai, mais dans les faits, elle est assez proche de la vérité, avouez-le.  En passant, de quel Wilson parlez-vous?  Woodrow?

En fait, le vrai salut passe par l’humanité de cette prochaine génération post-épidémie, qui reprendra les rênes d’une planète bien mal en point. Mais les biologistes disent souvent que la vie finit toujours par trouver une solution. Et du côté de l’humanitaire, on dit souvent de ne jamais sous-estimer une population en situation de survie. Dans ce cas, souhaitons que la claque au visage que le néolibéralisme aveugle, générée par notre avarice, soit suffisamment forte pour nous éveiller individuellement et collectivement. Sinon, la prochaine épidémie pourrait être la dernière.

À chaque épidémie, d’aucuns craignent que la prochaine soit la dernière.  Mais c’est mal connaître le genre humain.  À chaque fois qu’il s’est retrouvé au pied du mur, il a trouvé une façon de se sortir de son malheur, et de revenir encore plus fort.  Malgré ce que certains prétendent, le genre humain est plus “humain” que jamais; la pauvreté extrême recule dans le monde, de plus en plus de gens ont accès à l’eau potable, bref, lentement mais sûrement, le monde devient meilleur.  Il ne faut juste pas perdre espoir.  Ça va bien aller!

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Burkini: Tant de chi-chi pour un bout de chiffon?

Depuis quelques jours, ce mot brûle toutes les lèvres, et le morceau de tissu qu’il désigne fait grimper beaucoup de gens sur leurs ergots; le burkini.  Pour les rares qui ne le sauraient pas encore, le burkini est un maillot de bain que portent certaines femmes, majoritairement musulmanes, et qui couvre tout le corps, à l’exception du visage et des extrémités (mains, pieds).

La dame à gauche porte un burkini. (Photo issue du site web de Paris Match.)

La dame à gauche porte un burkini. (Photo issue du site web de Paris Match.)

Parmi les personnes qui ont grimpé dans les rideaux, notons la caquiste Nathalie Roy, qui a donné un coup d’épée dans l’eau, puisque son parti a déclaré tenir une position beaucoup plus modérée par la suite.  D’autres, comme Richard Martineau, et Mathieu Bock-Côté, se sont également montrés très fermés face à ce nouveau vêtement de plage, chacun pour des raisons différentes, mais qui finissent par se rejoindre.

Premièrement, je me demande comment on pourrait se définir comme un pays libre si l’on interdit le port de certains vêtements pour de simples raisons d’opinions religieuses?  Car il n’est écrit nulle part que la femme musulmane doit porter le burkini; ce n’est donc pas une règle officielle, mais plutôt… bref, on ne sait même pas de quoi il s’agit; est-ce une règle que le mari impose à sa femme, pour lui permettre d’aller à la plage, ou à la piscine, lorsqu’il fait chaud, ou est-ce plutôt un compromis trouvé par la femme, afin de faire fermer le clapet aux anciens de la famille?

Ensuite, il faut se rappeler que si l’on recule de quelques décennies, les femmes catholiques, qui en passant portaient le nom de leur mari (oui, oui, la femme, par exemple, de Jean-Paul Belleau, s’appelait madame Jean-Paul Belleau!) devaient porter un chapeau pour aller à l’église.  Pour les plus anciens d’entre-nous, vous vous souvenez de la loi qui fut adoptée pour libérer les femmes de l’emprise de l’église catholique, et par extension, de leur mari possessif?  Vous ne vous en souvenez pas, et ce pour une raison bien simple; il n’y a jamais eu de loi pour permettre cela!  Les femmes se sont libérées de l’emprise des curés par elles-mêmes, une par une, à leur rythme.

Plus souvent qu’autrement, c’étaient les filles de la famille qui, une fois adultes, disaient à leur mère que le chapeau qu’elle devait porter – et ce qu’il représentait – était ridicule, et que de plus en plus de femmes refusaient de le porter.  Avec le temps, en effet, moins de femmes le portaient, jusqu’à presque plus du tout.  Il a fallu des décennies aux femmes pour se libérer – et certaines, même en 2016, ne le sont pas encore tout à fait!  Aussi, il ne faut pas croire que les musulmanes seront libérées de la soi-disant oppression conjuguée de leur religion et de leur mari comme ça, du jour au lendemain, au simple passage d’une loi qui, dans les faits, aura autant d’effet qu’une loi contre les tempêtes de neige!

Finalement, il faut avouer que certaines femmes sont passablement jolies, là-dedans.  Tant et si bien que les ventes de burkini explosent en Europe, et ce auprès… des non-musulmanes!  En effet, ce ne sont pas toutes les porteuses de burkini qui sont soumises à un mari islamiste, là-bas!  Certaines le portent pour qu’on leur foute la paix, d’autres parce que c’est différent, bref, il y a probablement autant de raisons que de femmes qui le portent. Alors il faudrait peut-être prendre son gaz égal, comme on dit parfois, et laisser les femmes, musulmanes ou non, porter ce qu’elles veulent!

Fait en Chine… par kekun; heureusement!

Parmi tous les gens que l’on rencontre sur Twitter (@levraiRichard3), certains vont attirer votre attention plus que d’autres.  C’est le cas de Marie Plourde (@MariePlourde), vedette de la radio et de la télé que nous connaissons bien; elle parvient à accrocher mon attention, et plus souvent qu’elle le croit.  Ce mercredi, elle a mis un lien vers un texte, publié sur le site web du quotidien La Tribune, de Sherbrooke, signé Véronique Grenier, et intitulé “Fait en Chine… par kekun”.  Elle y raconte le malaise intérieur qu’elle vit lorsqu’elle achète certains trucs, que ce soit les pistolets à eau à 1,50$ du “magasin-où-toute-il-est-à-un-dollar” avec lesquels son fils “trippe sa vie”, ou du sac à main pour lequel, lorsqu’elle l’achète, elle dit “j’entends une petite musique d’ascenseur et je vois des fleu-fleurs ervoler”.  Évidemment, ce malaise tient au fait que les pauvres travailleurs de Chine, du Bangladesh, ou d’autres pays semblables, économiquement, ont des conditions beaucoup moindre que les nôtres.  Je vais tâcher d’expliquer à cette gentille jeune dame, ainsi qu’à tous ceux et celles que cela pourrait intéresser, pourquoi elle devrait se sentir beaucoup moins mal-à-l’aise, d’une part, et d’autre part se convaincre qu’elle fait effectivement une bonne chose.

D’abord, il faut comprendre que partout, dans le monde, les gens évoluent à un certain rythme, et ce rythme n’est pas dicté par les bien-pensants de ce monde, mais par les gens eux-mêmes.

On peut, évidemment, déplorer les conditions de travail des gens dans certains pays en voie de développement, du fait que là-bas, les gens gagnent des salaires dérisoires, des enfants travaillent, etc.  Il faut seulement se rappeler que dans ces pays, l’évolution n’est pas au même point qu’ici.  Il y a 200 ans, au Québec aussi, les enfants, dès qu’ils le pouvaient, travaillaient pour aider la famille; le père, quand il ne défrichait pas une terre, quittait souvent pour “les chantiers”, et la mère se souciait d’élever de son mieux les 10, 12, voire 15 enfants, parfois plus.  Quand les américains ont ouvert les premières usines chez-nous, si l’on se fie aux paramètres d’aujourd’hui, ceux-ci nous exploitaient; nous étions du “cheap labor”, de la main-d’oeuvre à bas prix.  Puis nous sommes passés d’employés à employeurs; nous avons construit nos propres usines, et embauché nos voisins.  Maintenant que nous sommes un peuple plus avancé, nous déportons la fabrication vers des endroits où l’évolution est, encore aujourd’hui, à des étapes qui, pour nous, sont carrément dépassées.

Et vous savez quoi?  L’évolution, ça marche!

Du haut de mes 50 ans, j’ai le modeste avantage d’avoir vu passer beaucoup d’eau sous les ponts.  Quand j’étais petit, les trucs de moindre importance étaient “Made in Japan”.  Puis avec le temps, ce fut “Made in Taiwan”, et maintenant, c’est “Made in China”, et “Made in India”, alors que nous voyons de plus en plus de “Made in Bengladesh” sur les vêtements et chaussures.  Le Japon de mon enfance fabriquait des babioles sans valeur, et des voitures qui n’étaient rien de plus que des boîtes de conserve sur roues; maintenant, cela fait au moins deux décennies que les voitures japonaises se comparent avantageusement aux meilleures dans le monde.  Taiwan, en moins de 40 ans, est devenue la Mecque de l’informatique!  Et nous avons tous connaissance de la croissance fulgurante de la Chine et de l’Inde, et des biens de plus en plus évolués qui proviennent de ces pays.  La Corée du Sud était un pays trop pauvre pour nous vendre des trucs, il y a un demi-siècle, mais maintenant, les voitures issues de ce pays rivalisent avec les meilleures japonaises; certaines d’entre-elles portent même les marques bien américaines de Chevrolet,… et de Buick!

Les pays pauvres d’aujourd’hui seront les pays riches de demain, à condition qu’on leur laisse le temps d’évoluer!

Je n’ai pas connu cette époque, mais mes frères et soeurs plus âgés se souviennent du temps où l’on pouvait “acheter des petits chinois”, à l’école, un peu comme l’organisme Vision mondiale parraine des enfants, dans les pays pauvres.  Maintenant, ce sont les chinois qui peuvent nous acheter!  Plusieurs grandes dettes des gouvernements de ce monde sont dues à la Chine!

Par contre, si l’on intervient à un mauvais moment dans ce processus d’évolution, nous ne faisons que le retarder!  Prenons cet exemple d’une usine, il y a quelques années, c’était au Bengladesh, je crois, qui fournissait des produits à Walmart.  Des bien-pensants ont fait des pressions sur la multinationale américaine, pour qu’elle cesse d’exploiter des enfants, et dans le cas de ladite usine, des jeunes filles.  Walmart a fini par rompre ce contrat d’approvisionnement, ce qui entraîna la fermeture de l’usine.  Résultat; les jeunes filles qui y travaillaient se retrouvèrent sans emploi, et si quelques-unes réussirent à se placer chez des artisans locaux, à des salaires beaucoup moindres que ceux gagnés à l’usine, la plupart se retrouvèrent sans autre choix que de se prostituer pour rapporter de l’argent à la maison!  Belle évolution, n’est-ce pas?

C’est clair que si l’on examine ce qui se fait ailleurs avec les paramètres de ce qui se fait chez nous, certaines situations nous apparaîtront carrément odieuses.  Mais il faut garder à l’esprit que l’évolution des peuples, dans le monde, se fera d’elle-même, à mesure que ces peuples passeront d’une étape à une autre, toujours en s’améliorant, comme nous l’avons fait ici-même, depuis plus de 200 ans.  Avec les technologies de l’information que nous connaissons maintenant, cette évolution des peuples ne va que s’accélérer.  Nous le voyons avec la Chine, et l’Inde, qui avancent beaucoup plus rapidement que nous ne l’avons fait, dans le temps.  Bref, nous nous rapprochons du jour où tous les pays du monde pourront se parler, d’égal à égal, et où le mot “exploitation” sera remplacé, dans tout son sens, par le mot “échange”.

Yvon Deschamps: Victime de maltraitance?

Ce billet aurait pu s’appeler « Retour sur une vieille affaire », et cela n’aurait eu rien à voir avec l’âge respectable de la personne dont il est question.  Je reviens sur une affaire qui a fait grand bruit l’an dernier, juste avant la période des fêtes.

Opération habituelle, quand vient le temps de faire la promotion d’un spectacle, Yvon Deschamps “n’a pas hésité à franchir la ligne de piquetage”, selon les termes de Patrick Gauthier, de Rue Frontenac, en accordant une entrevue à Michelle Coudé-Lord, du Journal de Montréal, le 4 décembre dernier, dans la cadre de la pièce de théâtre qu’il a écrit, intitulée “Le boss est mort”.  La pièce, dont le personnage de Chose, mieux connu comme étant “le gars de la shop”, est joué par Benoît Brière, est présentée à guichets fermés jusqu’au 5 mars, au Théâtre de Quat’Sous, puis se promènera dans d’autres salles, dont on peut voir les dates, et la disponibilité des billets, sur le site web de la pièce.

Or, quelques jours plus tard, le 9 décembre, Patrick Gauthier, de Rue Frontenac qui, comme on le sait, est le journal web des 253 lockoutés du Journal de Montréal, qui en passant ne sont plus 253, a écrit un texte, “La solidarité, qu’ossa donne?”, dans lequel il tombe à bras raccourcis sur Yvon Deschamps, et sur le fait qu’il a osé accorder une entrevue au JdeM.  Pour justifier sa job de bras sur l’humoriste de 75 ans, il va jusqu’à dire que, contrairement à une vedette, qui ne pourrait faire supporter ses convictions (NDLR: Son appui aux lockoutés du JdeM) à ses collègues, moins bien nantis, dans le cadre d’une oeuvre collective, “Là, l’humoriste supporte une création narcissique, mettant en vedette un gars qui a fait fortune en faisant des pubs et mise en scène par quelqu’un qui a signé le plus gros spectacle de l’histoire du Cirque du Soleil. On ne parle pas d’artistes dans le besoin, mettons…

On devine la suite; quelques jours plus tard, Yvon Deschamps se met littéralement à genoux devant les gens de Rue Frontenac, se confondant en excuses pour la “bourde énorme” qu’il avait commise en donnant une entrevue à Michelle Coudé-Lord, dans une lettre qu’il a fait parvenir à la rédaction du journal des lockoutés du JdeM, lettre qui fut publiée dans un article de Philippe Rezzonico, mis en ligne le 16 décembre 2010, sur le site de Rue Frontenac.

En relisant toute cette affaire, quelque deux mois plus tard, je suis porté à croire que loin de donner un scoop à la gang de Rue Frontenac, en parlant de sa retraite, autant de la scène que de la vie publique, Yvon Deschamps a été victime de maltraitance.  Voici pourquoi.

Un type comme Patrick Gauthier, qui connaît Yvon Deschamps depuis des lunes, sait très bien qu’il est un homme très sensible; d’ailleurs, il n’est pas sans avoir lu, dans l’article de Michelle Coudé-Lord, que l’humoriste y avoue avoir été battu par sa mère, dans son enfance, et déteste toute forme de violence.  Et quand on dit toute forme, cela comprend bien sûr la violence verbale.  Curieusement, Gauthier, dans son texte, n’y va pas avec le dos de la main morte, comme dirait l’autre!  Il n’hésite pas à écrire qu’en donnant son entrevue au JdeM, Yvon Deschamps “crachait au visage” des lockoutés, ce qui est très loin de refléter la réalité.  En réponse aux propos de l’humoriste, qui disait qu’il restait encore du travail à faire, malgré un rééquilibre des forces, comparativement à l’époque du monologue “Les unions, qu’ossa donne?”, rééquilibre incontestable, faut-il le préciser, Gauthier a répondu à Deschamps que sa vision des choses était “au mieux se mettre la tête dans le sable, au pire faire preuve d’une malhonnêteté intellectuelle crasse”.  Bref, il en met plus que le client en demande, et n’hésite pas à beurrer épais, sachant Yvon Deschamps incapable de tolérer la moindre effusion de violence.  Quant aux artistes qui ne sont pas “dans le besoin”, faut-il rappeler qu’une pièce de théâtre ne fait pas vivre que ses principaux protagonistes, contrairement à ce que laisse entendre Gauthier, mais également du personnel de soutien, dont la majorité gagne moins cher au travail qu’un lockouté du JdeM sur le trottoir!

En résumé, Gauthier savait très bien ce qu’il faisait, en envoyant cette volée de bois vert à Yvon Deschamps.  Il était convaincu qu’il allait faire réagir le vieil humoriste, et que ce dernier allait plier les genoux.  Un peu comme le type qui engueule sa vieille mère, qui refuse de lui prêter de l’argent, afin qu’elle le laisse finalement fouiller lui-même dans sa sacoche.  N’eut été de cette affaire, Yvon Deschamps aurait peut-être poursuivi sa réflexion, au sujet de sa retraite, ce qu’il faisait déjà depuis 2 ou 3 ans, et ce tout en continuant, à son rythme, de donner généreusement aux québécois, que ce soit sous la forme de nouvelles pièces de théâtre, d’apparitions surprise sur scène, ou encore de présences à la télévision, comme pour cette campagne de publicité gouvernementale, qui portait, curieusement, sur la maltraitance envers les personnes âgées.

Bref, même si cela s’est déroulé il y a plus de deux mois, si je m’appelais Patrick Gauthier aujourd’hui, je me sentirais extrêmement coupable, et aurais énormément de difficulté à me regarder dans le miroir.  Si quelqu’un, dans toute cette affaire, a fait preuve de malhonnêteté intellectuelle crasse, il ne s’agit surtout pas d’Yvon Deschamps, mais plutôt de Patrick Gauthier lui-même.

Commission Bastarache: Je le savais depuis le début!

Le site web de Radio-Canada, entre autres, nous parle, en ce mercredi, du dévoilement du rapport de la Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges du Québec, par son commissaire, l’honorable Michel Bastarache, juge de la Cour suprême du Canada à la retraite.  Et que rapporte l’article de la SRC?  Il raconte… ce que je disais depuis le début!

J’ai écrit ici, sur le Blogue, d’abord en avril 2010, puis en mai de la même année, que l’ancien ministre de la justice du premier gouvernement Charest, Marc Bellemare, ferait grimper tout le monde dans les rideaux pour vraiment pas grand chose.  Et c’est exactement ce que dit le commissaire Bastarache, dans son rapport.  À un point tel que ce dernier ne se donne même pas la peine de vérifier si la fameuse rencontre du 2 septembre 2003, autour de laquelle s’articulait les révélations de Marc Bellemare, a vraiment eu lieu ou non.  En fait, le rapport indique, par trois fois plutôt qu’une, qu’à la lumière des preuves, tant documentaires que testimoniales, l’ancien ministre de la justice n’a pas fait l’objet de pressions indues, qu’elles soient “colossales” ou pas.

L’article de la société d’état nous indique que le commissaire s’attarde surtout sur ce qui composait le gros du mandat de la commission, à savoir le processus de nomination des juges.  Il formule le souhait de voir le processus remis à jour, celui-ci n’ayant “pas évolué au même rythme que les exigences de la population”, selon les propos rapportés par la SRC.  Quant au différend qui oppose Marc Bellemare et Jean Charest, le commissaire Bastarache ne s’y attarde pas, puisque les deux protagonistes se sont poursuivis l’un l’autre, et qu’il ne voulait pas donner de munitions à l’un ou à l’autre.  C’est la raison pour laquelle il n’a pas pris de questions des journalistes non plus.

Bref, je le savais depuis le début; l’affaire Bellemare était un festival d’effets de manche, et le commissaire Michel Bastarache n’est pas tombé dans le piège.  Moi non plus, d’ailleurs.