COVID-19: Quand un virus sert de prétexte (ou réponse à François Audet)

Depuis quelques semaines déjà, le nouveau coronavirus, à l’origine de la COVID-19, est en train de virer la planète sens dessus dessous; les gouvernements deviennent dictatoriaux, sous prétexte de vouloir sauver des vies (ce qui reste encore à prouver, d’ailleurs), et le bon peuple en redemande.  On le voit au Québec, où le premier ministre, François Legault, va finir par manquer de trucs à fermer si la pandémie dure encore quelques dizaines de jours.

Pendant ce temps, d’autres moralisateurs à deux balles se permettent de faire des liens entre la COVID-19 et leur vision du monde, bouleversée par ce qui ne fait pas leur affaire.  Voici un exemple de ce que j’avance; le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), François Audet, se commet dans une opinion diffusée dans La Presse+, le 1er avril dernier, sous le nom de Coronavarice.  Et comme j’aime le faire de temps en temps, je mets le texte intégral ici, cette fois en vert, et j’y réponds au fur et à mesure du texte.  C’est parti.

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Opinion : COVID-19

Coronavarice

Alors que l’on commence à peine à saisir l’ampleur de l’épidémie, mais surtout, des transformations profondes qui nous attendent au lendemain d’une éventuelle victoire, nous sommes forcés de constater que nous n’avons pas encore bien compris l’origine de cette épidémie.

Au-delà de l’épidémiologie et des enjeux de santé publique à la source de ce nouveau virus, cette épidémie est essentiellement le fruit de notre aveuglement volontaire à toutes les conséquences de notre surconsommation et de notre incapacité à faire des compromis dans nos modes de vie. Parce qu’investir dans l’inutile finit par coûter cher. En somme, c’est le prix que nous payons pour cette mondialisation asymétrique, inconsciente et effrénée.

Les conclusions que vous en tirez, monsieur Audet, ne sont que votre opinion, et rien d’autre.  Est-ce à dire que le remplacement des pailles de plastique par des pailles de carton, il y a un an, fut totalement inutile?  Sérieusement, il faut comprendre qu’en ce bas-monde, l’inutile des uns est l’emploi des autres, et ce que vous voyez comme du superflu est ce qui permet à des centaines, voire des milliers de personnes, de gagner honorablement leur vie.  Je préfère m’en tenir à l’épidémiologie et aux enjeux de santé publique.

Sérieusement, pendant combien de temps pensions-nous vraiment que nous aurions pu maintenir ce rythme ? Quand on est rendu à faire la queue au sommet de l’Everest comme chez Ikea un jeudi, à construire des hôtels et des glissades d’eau sur les dernières plages vierges et les sites protégés de la planète, à couper les dernières forêts pour le « profit ». Sérieusement ?

Ce rythme, comme vous dites, s’est maintenu plus longtemps que jamais; cela faisait pas moins de 11 ans que l’économie, malgré quelques soubresauts, s’améliorait.  À tous les temps-en-temps, il survient un événement (cette fois un nouveau virus, mais dans le passé, ce fut une surchauffe d’un secteur donné de l’économie, un acte terroriste, une mauvaise décision gouvernementale, ou diverses autres raisons) qui fait que l’économie ralentit.  Cette fois est juste la dernière en date.

Là, vous me dites, quel est le lien ? La corrélation est pourtant simple. Au lieu de penser à qui nous sommes, nous agissons pour ce que nous voulons. « Everything now », comme le chantent si bien mes amis d’Arcade Fire. Alors que nos ressources et notre génie auraient dû être investis dans la recherche, dans la santé, dans l’éducation, dans la coopération et l’aide internationale ainsi que dans la prévention, on a préféré le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.

Vous savez, monsieur Audet, il est prouvé que l’on peut marcher, et mâcher de la gomme, en même temps.  Cet exemple vient illustrer que la recherche, la santé, l’éducation, la coopération, l’aide internationale et la prévention ont profité, ces dernières années, de beaucoup de ressources et de génie, contrairement à ce que vous semblez croire, et ce tout en mettant de l’argent dans ce que vous appelez le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.  Avant que ne tombe ce virus, le monde allait trop vite, bien sûr, mais allait aussi très bien.

En effet, la propagation du virus est le produit d’une mondialisation aveugle et anthropocentrique. La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est simple : notre désir frénétique de voyager à tout prix.

La vitesse à laquelle se répand actuellement le virus est tout simplement ce que Lucien Bouchard appelait, du temps qu’il était au pouvoir, “le défaut des qualités” de notre monde moderne; à moins de 48 heures d’avis, des gens de partout dans le monde pouvaient se réunir à peu près n’importe où dans le monde.  Évidemment, dans cette situation, il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’un virus se propage.

Alors qu’un salon du livre en Belgique aurait dû être annulé, on l’a maintenu pour éviter des pertes financières, au prix de centaines de vies. Alors que des voyages personnels et des ententes commerciales devraient être remis, des milliers d’avions continuent de tracer au-dessus de nos têtes, au moment où vous lisez ces lignes, transportant avec eux les hôtes inconscients de la COVID-19.

Il faut aussi reconnaître que si tous les vols commerciaux sont annulés en même temps, des milliers de personnes seront coincées, sans possibilité de revenir chez eux.  Le problème, avec la pandémie actuelle, tient davantage du laxisme de certains gouvernements dans leur réaction face à celle-ci qu’à la décision de quelques organisateurs d’événements qui tenaient à poursuivre comme si de rien n’était.  Un salon du livre, en Belgique ou ailleurs, n’est pas vraiment organisé par des multinationales avides de gains financiers, mais plutôt par des organisations régionales ou nationales, subventionnées par les différents ordres de gouvernement.

Ainsi, l’avarice est le cancer de cette mondialisation et son principal vecteur de transmission.

Vous avez trop regardé “Les pays d’en-haut”!  L’avarice n’a rien à voir avec la transmission de ce virus; comme je le disais, c’est le laxisme de certains gouvernements, principalement au niveau du contrôle des frontières, qui fut le principal vecteur de transmission.

Vous en doutez ? Alors pourquoi attendons-nous tous, avec une impatience presque existentielle, de « reprendre une vie normale » en espérant oublier cette parenthèse ? Nous sommes tous assis devant notre ordinateur à attendre le moment où le bon docteur Arruda nous dira : « Voilà, c’est fini ! » Nous pourrons enfin délier nos doigts et appuyer sur « confirmer » tous ces paniers d’achats, tous ces voyages en attente, toute notre inconscience…

Nous attendons tous de “reprendre une vie normale” parce que la race humaine est faite pour communiquer, pour échanger, pour se réunir.  Et pas seulement virtuellement!  Nous avons hâte de revoir nos familles, nos amis, et nos collègues.  Nous avons hâte au retour des poignées de main, des câlins, des rencontres fortuites, que ce soit au coin de la rue, ou à l’autre bout du monde.  Les humains, enfin pour la plupart, ont une vie sociale, et veulent la reprendre au plus tôt.  C’est tout!

Quelles sont les solutions ? 

Il en existe plusieurs. Elles seront douloureuses et passent toutes par le même chemin : modifier complètement notre mode de vie, notre mode de consommation, nos voyages, et nos investissements sociaux.

Il en existe plusieurs, en effet, mais je ne suis pas d’accord avec les vôtres.  Notre mode de vie est très bien.  Peut-être devrions-nous examiner certains aspects de celui-ci, mais habituellement, l’évolution de notre mode de vie, s’il a parfois certains travers, permet à l’ensemble du monde d’être meilleur.

Le salut passera par notre système d’éducation qui doit enseigner la pensée critique. En particulier nos universités qui doivent éviter d’encourager la perpétuation aveugle de ce système autodestructeur. Les dirigeants de demain devront être formés différemment.

Si le retour de la pensée critique doit servir à quelque chose, c’est d’abord et avant tout pour mettre fin à ce que j’appellerais ces “zones de pensée unique”, que l’on trouve de plus en plus dans les universités, justement (et l’UQAM en fait partie), et qui ne permettent aucune forme de débat d’idées.  C’est de l’affrontement des idées que naît la lumière; il faut revenir, de toute urgence, à ce principe.

Le salut passera par des entreprises qui valoriseront toute l’ingéniosité humaine au service de l’intérêt public, et non pas à l’unique petit profit des investisseurs pour des produits inutiles et suremballés. Le salut passera par nos politiciens qui cesseront de se faire influencer par le clientélisme et écouteront la science avec une administration publique forte, pour l’intérêt de la population.

Comme je le mentionnais, l’inutile des uns est le gagne-pain des autres.  Aussi, qui sommes-nous pour juger de ce qui est inutile?  Déjà, au Québec, beaucoup de gens se plaignent que le gouvernement a fermé des entreprises dites “non-essentielles”, alors que plusieurs en auraient bien besoin.  En ce qui a trait au clientélisme, je vous ferai remarquer que les “groupes de pression” ne sont rien d’autre que des lobbyistes avec des demandes sociales.  Quant à une administration publique forte, l’expérience démontre qu’à part des déficits, elle n’apporte pas grand chose de plus à un état.

Le salut passera surtout par la refonte d’une gouvernance mondiale. Celle-ci est nécessaire pour que des institutions solides, comme l’Organisation mondiale de la santé, assurent un dialogue entre les nations, réfléchissent, anticipent et trouvent des solutions de rechange à notre mondialisation anarchique et aux enjeux démographiques, vers une meilleure coopération internationale.

Or, la refonte d’une mondialisation nécessite un leadership politique positif tout aussi fort qui fait malheureusement actuellement défaut.

Je ne suis pas contre les échanges d’informations entre les pays, mais je mets un bémol à tout ce qui s’appelle “gouvernance mondiale”.  Je ne crois pas que les nord-américains apprécieraient se faire dire quoi faire par des européens, et vice-versa.  La gouvernance actuelle, à défaut d’être parfaite, est très correcte, à mes yeux, et le monde n’a aucunement besoin de centralisation des pouvoirs politiques.

On ne peut compter sur la puissance américaine, elle-même malmené par la « coronavarice » et une présidence bipolaire. Le G20 est paralysé et les Nations unies sont toujours en quête d’une légitimité. Qui plus est, la plupart des chefs d’État occidentaux sont eux-mêmes le produit d’un clientélisme travaillant très fort pour le maintien de ce système devenu une inertie cimentée. N’oublions pas que nous les avons élus. On est bien loin de l’idéalisme de Wilson, et on n’a qu’à voir la quasi-absence de générosité des grandes fortunes mondiales, incluant les nôtres, dans la crise de la COVID-19 actuellement.

En toute franchise, je préfère les divers systèmes actuels à une gouvernance mondiale.  Et n’oublions pas qu’un système électoral dit proportionnel n’amène que des gouvernements de coalition, qui se font et se défont pour un oui ou pour un non, et qui demandent six mois de négociations pour acheter une boîte de crayons de bois.  Cette image est forte, c’est vrai, mais dans les faits, elle est assez proche de la vérité, avouez-le.  En passant, de quel Wilson parlez-vous?  Woodrow?

En fait, le vrai salut passe par l’humanité de cette prochaine génération post-épidémie, qui reprendra les rênes d’une planète bien mal en point. Mais les biologistes disent souvent que la vie finit toujours par trouver une solution. Et du côté de l’humanitaire, on dit souvent de ne jamais sous-estimer une population en situation de survie. Dans ce cas, souhaitons que la claque au visage que le néolibéralisme aveugle, générée par notre avarice, soit suffisamment forte pour nous éveiller individuellement et collectivement. Sinon, la prochaine épidémie pourrait être la dernière.

À chaque épidémie, d’aucuns craignent que la prochaine soit la dernière.  Mais c’est mal connaître le genre humain.  À chaque fois qu’il s’est retrouvé au pied du mur, il a trouvé une façon de se sortir de son malheur, et de revenir encore plus fort.  Malgré ce que certains prétendent, le genre humain est plus “humain” que jamais; la pauvreté extrême recule dans le monde, de plus en plus de gens ont accès à l’eau potable, bref, lentement mais sûrement, le monde devient meilleur.  Il ne faut juste pas perdre espoir.  Ça va bien aller!

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3e lien Québec-Lévis: Vous oubliez un détail ou deux, madame Hachey!

Je viens de lire une chronique d’Isabelle Hachey, sur le site web de La Presse, intitulé “L’éléphant dans la pièce”.  Quoique bien instructif, particulièrement au sujet de la Katy Freeway (Interstate-10), un monstre de 26 voies qui traverse Houston, au Texas, ce texte de madame Hachey ne prouve rien en ce qui concerne le 3e lien Québec-Lévis, dont la dernière annonce du ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, nous permet désormais de savoir qu’il prendra la forme d’un tunnel.

Il ne prouve rien parce que l’augmentation du nombre de véhicules aurait sans doute lieu, qu’il y ait nouveau lien ou pas. Le problème, c’est que nos bons gouvernements ne planifient pas le nombre de voies disponibles sur le réseau routier en fonction de la potentielle augmentation du volume de la circulation, mais plutôt en fonction des belles annonces qui, espèrent-ils, se traduiront par des votes en leur faveur dans les urnes, aux prochaines élections. À preuve, le pont Samuel-de-Champlain, inauguré en grandes pompes cette semaine; malgré sa “bénédiction” par un chef Mohawk, il n’améliorera pas la circulation entre Montréal et sa rive-sud. Pourquoi? Parce qu’à l’instar de l’ancien pont Champlain, inauguré en 1962, et qui sera définitivement condamné ce lundi, le nouveau pont fut construit avec trois voies par direction, alors qu’il en aurait fallu au moins cinq.  Parce que la population, entre autres, a définitivement augmenté, des deux côtés du fleuve, depuis 57 ans.

Même le gouvernement actuel, dont le parti en est à sa première expérience au pouvoir, s’est fait prendre à ce même petit jeu, en promettant un tunnel au lieu d’un pont, ainsi qu’une autre infrastructure, un pont à haubans, pour rejoindre l’île d’Orléans, en remplacement du vieux pont suspendu.  Juste ça, c’est au moins un demi-milliard de dollars jeté par-dessus bord! Il aurait été mieux de construire un seul pont pour relier l’île, y mettre un échangeur, et poursuivre vers la rive-sud, quitte à y aller en tunnel, quoique j’aurais préféré un autre pont, question de permettre une deuxième option pour le transport des matières dangereuses.

Et ça, c’est l’autre détail oublié par madame Hachey; le camionnage.

À Montréal, il se perd quelque chose comme deux milliards – peut-être même davantage –  par année, à travers l’économie, juste dans les bouchons de circulation, via les retards qu’ils provoquent. Le 3e lien Québec-Lévis sert principalement à éloigner le jour où la grande région de Québec deviendra aussi congestionnée que celle de Montréal, parce que l’économie verte a beau promouvoir les commerces de proximité, il n’en demeure pas moins que ceux-ci ne reçoivent toujours pas leurs marchandises par téléportation! Et ce n’est pas demain la veille du jour où cela va se produire. L’économie a besoin de routes. De plus, prenez les voitures électriques, si prisées par nos amis verdoyants; elles devront toujours bien rouler quelque part!  Bref, il faudra toujours des routes. Et comme la population augmente, la demande de routes aussi.

Ce n’est pas tout le monde qui veut – ou qui peut – se payer un appartement, ou un condo, dans la vieille capitale; je lisais dernièrement qu’un terrain, à Québec, pour une construction résidentielle, pouvait se détailler jusqu’à 175,000$, ce qui est carrément inabordable pour les familles de la classe moyenne. Un tel coût poussera définitivement ceux-ci vers les banlieues, que ce soit Donnacona, ou Beaumont, où le prix des terrains résidentiels se situe plutôt dans les 60,000 à 75,000$; l’économie représente presque tout le coût de la maison! Or, en bagnole, sans trafic, Google Maps donne un trajet qui se réalise, dans les deux cas, en 36 minutes. Quand on clique sur l’icône des transports en commun, encore une fois dans les deux cas, il n’y a rien! Niet! Comme dans “zéro, pis une barre”! Google indique:

“Désolé, nous n’avons pas pu calculer l’itinéraire en transports en commun entre « Québec » et « Donnacona » .”

Idem pour Beaumont, by the way!

Peut-être existe-t-il du transport en commun, entre ces villes et Québec, mais Google Maps, manifestement, n’est pas au courant.  De toute façon, s’il y avait eu une véritable demande de transport en commun entre les deux rives du fleuve, le vénérable pont de Québec aurait très bien pu servir de voie privilégiée pour établir des lignes de train de banlieue.

Autrement dit, qu’on ne vienne pas essayer de me faire brailler avec le concept de “circulation induite”; c’est un concept aussi vague que celui des “retombées économiques”, et ce même si la très grande majorité des festivals, à travers la belle province, dit baser son existence sur cette théorie.  Isabelle Hachey a beau amener trois métaphores pour tenter d’expliquer l’inutilité du 3e lien Québec-Lévis, elle ne me convainc pas du tout.  Au contraire, je lui répondrai par une seule; ce n’est pas parce que l’on rapetisse la conduite d’eau que les gens, au bout de celle-ci, auront moins soif.

Catherine Dorion: Les “contradictions” s’accumulent

D’aucuns ont fait leur gorge chaude au sujet de la députée de Taschereau, la solidaire Catherine Dorion, lorsqu’ils ont su que celle qui comparait le 3e lien à une ligne de coke s’était portée acquéresse d’un véhicule utilitaire sport. Évidemment, ce n’est quand même pas un Hummer, mais ils disaient que le Subaru XV Crosstrek 2015 de la nouvelle députée n’était pas le plus économique de la catégorie.  Pour ma part, du moment où elle ne me fait pas personnellement payer ses factures d’essence,…

Reste que ce week-end, le journaliste Philippe Melbourne Dufour, dans la chronique Le sac de chips, du Journal de Montréal, nous apprend que la production des bottes Doc Martens, que madame Dorion semble apprécier particulièrement, en plus d’avoir été les préférées des postiers et des policiers, avant d’être les favorites des skinheads et des punks, ont vu leur production déplacée en Asie, en 2003, probablement dans le but de réduire les coûts.  Je veux bien croire qu’une collection est toujours fabriquée au Royaume-Uni, peut-on lire dans le même article, mais elle ne doit pas représenter un gros pourcentage des 3,2 millions de paires de Doc Martens vendues chaque année.

La question qui tue; les bottes de Catherine Dorion font-elles, ou non, partie de la collection “Made in U. K.”? On sait qu’une autre activiste, Laure Waridel, a combattu des géants comme Walmart parce qu’ils ont signé des contrats d’approvisionnement avec des compagnies de chaussures dont les usines étaient situées dans certains pays asiatiques, retournant les jeunes filles, qui travaillaient dans ces usines, au chômage, ou pire, les poussant à la prostitution, dans le but d’aider leurs familles à acheter le nécessaire pour survivre.

Mais bon.  Ce sera une contradiction de plus.

 

Canada 2015: Salmigondis d’une longue, longue campagne

Bon, nous en sommes plus ou moins à mi-chemin de l’actuelle campagne électorale fédérale.  Est-ce que votre opinion politique a changé?  Avez-vous une vision différente de la politique fédérale, comparativement à avant le déclenchement des hostilités?

Dans mon cas, rien n’a changé.  C’est vrai, je l’avoue, que ma vision de la patente fédérale est enracinée depuis pas mal longtemps, et que rien de nouveau n’est venu influencer cette vision.  Que ce soit le retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois, Justin Trudeau qui reprend à son style la thèse du 99% versus 1%, Thomas (ou Tom?) Mulcair qui parle des deux côtés de la bouche, ou Stephen Harper qui pacte ses points de presse avec des partisans, le cirque de la politique fédérale, à mes yeux, a des airs de déjà vu.  Sur le dernier thème abordé, soit celui de la crise des migrants syriens, c’est presque la course à savoir qui accueillera le plus de familles syriennes chez lui. C’est du moins ce que laisse transparaître le discours des chefs d’opposition, alors que celui du premier ministre sortant privilégie plutôt le souci de la sécurité.

C’était tellement drôle d’entendre à la radio, cette semaine, Justin Trudeau dire que son père avait lui-même fait en sorte que le Canada ouvre ses frontières à des milliers de réfugiés, alors que d’autres ont même évoqué Joe Clark, dans le dossier des “boat people”, à la fin des années 1970.  D’abord, il faut spécifier que les laotiens, mais surtout vietnamiens, fuyaient une dictature violente.  Ensuite, il n’y avait aucun terrorisme au Vietnam, à cette époque, donc aucun danger de laisser entrer des terroristes qui allaient organiser de potentiels attentats à partir de chez nous.  Le cas syrien est très différent; les réfugiés fuient la situation ambigüe qui règne là-bas, à savoir d’un côté la dictature de Bachar el-Assad, et de l’autre la violence du groupe État islamique.  Rien ne garantit que parmi les gens qui fuient, aucun n’appartient à l’une ou l’autre de ces deux organisations.  Bref, bien des choses viennent brouiller les cartes, et empêcher de comparer directement les deux époques.

D’autre part, en ce qui concerne les sondages, il ne faut pas prendre une potentielle défaite des conservateurs pour acquise; dans le Journal de Montréal d’hier, je lisais qu’un sondage Ekos replaçait les tories au premier rang, devant le NPD, puis les libéraux.  Mais les chiffres des différents sondages nous confirment que nous sommes dans une véritable lutte à trois, à travers le pays.  Les conservateurs sont forts dans l’ouest, et en Ontario, les néodémocrates le sont au Québec, et en Colombie-Britannique, alors que les libéraux sont forts dans les Maritimes.  Bref, la lutte s’annonce serrée, et bien malin sera celui qui prédira le résultat de la prochaine élection.  D’autant plus que dans une campagne aussi longue que la présente, toutes sortes de revirements peuvent survenir.

Billets de 100$: On veut faire avaler la couleuvre?

Ces derniers jours, des policiers de Longueuil ont remis des billets de 100 dollars à des citoyens semblant défavorisés.  Auparavant, ce fut au tour de ceux de Montréal de faire de même.  Dans ce bref article de Marie-Michèle Sioui, dans La Presse, l’explication est la suivante; dans le cas de Longueuil, ce serait un homme fortuné, et un propriétaire d’entreprise, qui auraient remis 2500$ chacun à un policier retraité du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), avec pour seule instruction de remettre l’argent à des gens qui “pourraient avoir un revenu moindre”, et ce, à la suite d’interceptions sur la route effectuées par des policiers.  Toujours selon l’article, des campagnes semblables se seraient produites chez nos voisins du Sud, dont en Virginie et au Kansas, avant de se produire à Montréal, il y a une semaine.  Le SPAL, dans un communiqué de presse, a mentionné que les donateurs souhaitaient, par ce geste, inciter d’autres personnes plus fortunées à faire de même, afin de redonner à la communauté.

Je veux bien croire que les gens plus à l’aise peuvent redonner à la communauté, et d’ailleurs ils le font depuis longtemps.  Il y a de nombreux organismes qui viennent en aide aux plus démunis, dont ceux qui préparent des paniers de Noël, qui sont ensuite remis aux familles dans le besoin.  Mais pourquoi devrait-on transformer les policiers en père Noël?  Cela ne fait pas partie de leur mandat!  La prochaine fois qu’un pauvre se fera intercepter par un policier, celui-ci risque de se faire demander “Heille, mon 100 piastres?”  Sérieusement, j’ai plutôt l’impression que les policiers ont choisi cette méthode pour faire oublier l’année 2014 aux citoyens, pour tenter de leur faire avaler la couleuvre que représente leurs protestations contre la loi 3, qui fut adoptée cet automne, et contre laquelle ils ont sorti les moyens de pression habituels, dont leur habillement de clowns, et le placardage de leurs véhicules de service avec des dizaines d’autocollants revendicateurs, ainsi que leurs manifestations bruyantes.

Je ne suis donc pas convaincu de l’histoire des hommes riches qui donnent du fric à des agents pour qu’il soit distribué dans les rues.  À la rigueur, un type qui ferait cela pourrait même se faire accuser de blanchiment d’argent!  Si des citoyens plus fortunés veulent redonner à la communauté, ils savent comment le faire; prenons ces 5000$ de Longueuil, par exemple.  Combien de ces 50 chanceux utiliseront leur billet de 100$ pour se procurer de l’alcool, ou de la drogue, afin de se défoncer pour Noël?  Je ne dis pas que tous vont le faire, mais quand même, la possibilité est là.  Si, à la place, les deux types s’étaient présentés à une oeuvre de charité, afin de demander ce qu’il peuvent faire avec 5000$ supplémentaires, ce sont peut-être 200 familles défavorisés de plus qui auraient passé un Noël plus nourrissant.

Comprenez-moi bien; je ne dis pas qu’il ne faut pas redonner à la communauté.  Je dis seulement que lorsque l’on veut redonner à celle-ci, il y a des canaux déjà existants qui font un travail surhumain pour tenter d’aider les plus démunis, et que faire distribuer des billets de 100$ par des policiers donne l’impression que ceux-ci, soutenus par les médias, tentent d’acheter le silence des citoyens.

Laïcité: Certains constatent – enfin – que ça dérape!

En ce dimanche soir suffisamment froid pour nous rappeler que l’hiver s’en vient, je furetais sur Twitter (@levraiRichard3), quand je suis tombé sur ce billet d’Évelyne Abitbol, communicatrice et idéatrice éclectique – c’est comme ça qu’elle est identifiée, publié sur Huffington Post Québec, et intitulé “Laïcité: le débat a-t-il été mal engagé, est-il en train de déraper pour de bon?” Elle y traite d’une déclaration, rédigée la semaine dernière, et signée par une quarantaine de femmes laïques originaires du Maghreb et du Moyen-Orient, dont voici le texte.

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Déclaration commune des Femmes originaires du Maghreb et du Moyen-Orient pour la laïcité de l’État

ENSEMBLE

NOUS, citoyennes québécoises originaires du Maghreb et du Moyen-Orient. Arabes ou berbères de condition Juives, chrétiennes ou musulmanes de tradition Démocrates, laïques et féministes de conviction

NOUS joignons notre voix à toutes celles et à tous ceux qui croient en un Québec inclusif, égalitaire et pluraliste.

Un Québec où la citoyenneté ne se limite pas à la somme des libertés individuelles

Où la vraie neutralité des employés de l’état consiste à n’afficher ni sa conviction religieuse ni sa conviction antireligieuse, au même titre qu’elle suppose une réserve absolue en matière d’opinions politiques

Où la cohabitation pacifique entre croyants de toutes origines, mais aussi celle entre croyants et non-croyants dans les institutions publiques n’a de sens que si tous les représentants de l’État sont soumis au même devoir de réserve, dans leur apparence comme dans leurs agissements

Nous qui avons connu les affres de la division ethno religieuse, de la marginalisation de nos minorités et de l’homogénéisation après des siècles de cohabitation pacifique

Nous tenons à réaffirmer notre attachement à la neutralité religieuse de l’État, seule garante de la liberté de conscience des individus.

La laïcité que nous défendons exclut autant la xénophobie larvée que le fondamentalisme ostentatoire.

La citoyenneté que nous prônons est responsable, parce que notre droit à la liberté individuelle est indissociable de notre devoir de solidarité avec celles qui en sont privées ici au Québec comme ailleurs, dans nos pays d’origine.

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J’ai voulu mettre un commentaire, à la suite de l’article, mais il y avait une limite de 250 mots, que j’étais convaincu de défoncer allègrement.  Aussi, je mettrai mes réactions ici.

Je dirai qu’à mes yeux, et en fonction de ce que je peux en connaître, le principal problème, dans ce débat, c’est que d’aucuns croient que le Québec est devenu moderne du jour au lendemain, au tournant de la Révolution tranquille. L’émancipation des “québécois catholiques de souche”, principalement face à la religion catholique romaine, mais aussi face à l’ancien schème de domination de la femme par l’homme, s’est plutôt faite personne par personne, famille par famille, et ce sur des générations, suivant la même courbe en S que tous les développements, technologiques ou autres, proposés à la population. Il existe même, à l’aube de 2014, des familles au sein desquelles cette évolution tarde encore! Et on s’imagine qu’une charte va tout régler, pour l’ensemble des religions, du jour au lendemain.

Je vous dirai qu’une charte ne règlera rien du tout!  Au contraire!

D’abord parce que le problème, tel qu’on l’illustre, dans la fonction publique, est à peu près inexistant.  Depuis que des immigrants musulmans arrivent au Québec, combien de femmes musulmanes portant un voile qui cache, en partie ou en totalité, le visage, travaillent au sein de la fonction publique?  Devrait-on plutôt demander y en a-t-il?  Si tant est, il s’agit d’une infime minorité, et le fait qu’elles soient stigmatisées au travail, que ce soit par leurs collègues, ou par la clientèle, ne passe pas aux nouvelles du soir.  Donc, il faut se demander si le problème existe vraiment, et le cas échéant, est-ce que la gravité dudit problème exige une réponse aussi puissante que la charte déposée par le gouvernement actuel.

Prenons justement l’aspect de l’emploi, qui serait menacé par le port du voile, ou d’autre signe religieux ostentatoire, advenant l’adoption telle quelle de la charte.  Cet aspect touche surtout les grands centres, comme Montréal, Québec, et les villes de 100,000 habitants et plus.  Là-dessus, le gouvernement – et accessoirement le Parti québécois – nous servent régulièrement l’exemple de la France, qui a aussi légiféré pour interdire le voile islamique; là-bas, après des menaces de quitter le pays, les musulmanes, pour la plupart, sont rentrées dans le rang. Ici, la situation est différente; si on interdit le voile, la famille musulmane, dont les membres sont déjà citoyens canadiens, ou en voie de le devenir, mettra ses trucs dans un camion, et roulera deux heures vers l’ouest, pour refaire sa vie en Ontario! Pas besoin de recommencer tout le processus d’immigration, comme les musulmans devenus français d’adoption auraient été obligés de faire, pour échapper à la loi. Bref, ce que ces nouveaux français auraient souhaité, les musulmans d’ici se le voient offrir sur un plateau d’argent!  Du coup, ces immigrants, que nous sommes allés chercher, principalement au Maghreb, et au Moyen-Orient, pour qu’ils mettent leur talents, et leurs compétences, à notre service, iront servir sous d’autres cieux, et nous aurons à tout recommencer!  Postes à combler par dizaines dans les domaines de la santé, de l’éducation, et des services de garde, entre autres, seront au rendez-vous.

Cet aspect est rarement évoqué, lors de débats, ou d’interventions publics.  On s’attarde surtout au port du voile comme tel, et au symbole que cette pratique véhicule, aux yeux de plusieurs.  Or, pour celles qui portent le voile, ou ceux qui portent d’autres signes religieux, la signification du signe qu’elles ou ils portent est-il la même que pour les personnes qui le voient?  Cette question ne peut pas être répondue collectivement, puisque les vêtements, et les accessoires qui l’accompagnent, relèvent du choix personnel.  Par exemple, la femme qui se couvre intégralement ne le fait peut-être pas par signe de soumission, mais plutôt pour “acheter la paix”, pendant que son mari, ou sa famille, a encore du chemin à faire, dans son cheminement vers l’égalité homme-femme.  Bref, il faudra une ou deux, peut-être trois générations aux musulmanes, pour s’affranchir du voile, comme il a aussi fallu une, deux ou trois générations aux femmes catholiques d’ici, pour s’affranchir face à la religion.  Et cela va se faire personne par personne, famille par famille.  Cela ne se fera pas par une loi.  Et cela ne se fera définitivement pas du jour au lendemain.

Je crois que si des débats publics dérapent, comme ce fut le cas lors de celui du samedi 23 novembre, à l’UQÀM, ce n’est pas tant en raison du port, ou non, du signe religieux ostentatoire comme tel, mais plutôt parce que le gouvernement s’en mêle.  Avant qu’il soit question de la charte du gouvernement actuel, de tels débats dérapaient-ils autant?  D’abord, avaient-ils lieu?  Parlait-on des signes religieux en général, et du voile en particulier, dans les bulletins de nouvelles, au même rythme qu’on le fait depuis le début de l’automne?  Force est d’admettre que la réponse est non.  À part pendant la période communément dite des “accommodements déraisonnables”, qui a donnée naissance à la commission Bouchard-Taylor, le Québec vivait, somme toute, dans un climat qu’on pourrait facilement qualifier d’harmonieux.  Bien sûr, il y avait bien quelques demandes d’accommodements, ici et là, que des médias montaient en épingle, à l’occasion, mais ces cas isolés s’estompaient aussi vite qu’ils étaient lancés, sauf peut-être aux yeux d’une certaine frange xénophobe, qui ne représente pas la majorité de la population.  Et aux yeux du gouvernement actuel, il va sans dire.

Quant à l’affirmation que “La charte proposée par le gouvernement est tout sauf ambigüe”, je m’excuse à l’avance, mais permettez-moi d’en rire! Il y a des exceptions, et des exemptions, par dizaines, dans cette proposition de charte.  De la mesure des crucifix, jusqu’aux “droit acquis” pour le personnel déjà en place, j’en passe, et des meilleures.  Cette proposition de charte fut principalement avancée par le gouvernement minoritaire du Parti québécois dans le but de soulever le côté émotif des québécois dits “de souche”, afin de les amener à voter pour le parti, de façon à former un gouvernement majoritaire, lors d’une éventuelle élection générale référendaire.  Et le côté émotif des québécois a bien répondu, surtout en région, là où le “problème de l’immigration” n’est vu à peu près nulle part, sauf aux nouvelles du soir, ou quand un groupe de touristes étrangers traverse leur patelin.  Sur les médias sociaux, j’ai lu des dizaines et des dizaines de commentaires du genre “s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à retourner dans leur pays!”  Or, les gens des régions n’ont pas à vivre l’afflux d’immigrants au quotidien; les municipalités sont, pour la plupart, en déclin de population, et ce depuis des années.

En tout et pour tout, le seul point que le gouvernement avait à préciser, concernant toute cette question, était que la prestation de services, entre le gouvernement et le citoyen, doit se dérouler à visage découvert.  Comme le sont les transactions dans une banque, par exemple.  Le type qui porte une cagoule de laine, par moins 25 degrés, parce qu’il travaille à l’extérieur, en hiver, va la retirer lorsqu’il entre à la banque, et ce pour des raisons évidentes de sécurité, et d’identification.  C’est la même chose en ce qui concerne les tenues cachant partiellement, ou complètement, le visage.  Il ne s’agit pas de jouer les “idiots utiles”, ni d’encourager la vision de “la femme plus esclave et soumise que jamais”, mais plutôt de faire preuve de tolérance face à cette femme, que nous pouvons bien sûr cataloguer, en vertu de symboles que l’on croit universels, mais dont nous ne savons rien de la situation particulière.

Autre point; il y a, dans la déclaration, un truc qui me chicote, et c’est ce passage: “Où la vraie neutralité des employés de l’état consiste à n’afficher ni sa conviction religieuse ni sa conviction antireligieuse, au même titre qu’elle suppose une réserve absolue en matière d’opinions politiques”.  Il faut comprendre ici que l’État du Québec est, et doit être neutre, pas nécessairement ses employés.  Or, l’interdiction des signes politiques fut adoptée il y a de cela très longtemps, à une époque où le fonctionnaire faisait de la politique dans son travail, et qu’il risquait rien de moins qu’un congédiement si le gouvernement changeait de parti.  À cette époque, le “service rendu” par le fonctionnaire l’était en fonction de la conviction du citoyen en faveur du parti au pouvoir, ce qui n’est plus le cas maintenant, le fonctionnaire jouissant de la sécurité d’emploi.  Or, une telle situation face à la religion – ou la non-religion – pratiquée par le citoyen s’adressant au fonctionnaire, ou par le fonctionnaire lui-même, est tout simplement inexistante.  De là la non-nécessité de légiférer en ce sens.  Aucune plainte ne fut formulée aux autorités compétentes, concernant un citoyen lésé par un fonctionnaire sur une question religieuse.  De là mon affirmation du début, à savoir que le problème de religion dans la fonction publique est inexistant.  Au final, pourquoi faire adopter une charte pour régler un problème qui n’existe pas?  Le gouvernement crée le problème de toute pièce pour s’investir en héros du peuple, et recueillir le vote des citoyens.  Ça revient à la même chose qu’un pompier qui allumerait des incendies pour faire l’étalage de ses compétences de sapeur.

Je terminerai en mentionnant qu’il y a une différence nette entre la laïcité et la neutralité, et c’est la suivante; le laïc s’oppose à toutes les religions, alors que le neutre ne s’occupe pas des religions, et les laisse vivre à leur guise.  Il y a des extrémistes laïcs, comme il y a des extrémistes catholiques, juifs ou musulmans, mais pas d’extrémistes neutres.  Bref, le laïc combat, et le neutre applique le “vivre et laisser vivre”.  Ce sont deux choses très différentes.  Et l’article d’Évelyne Abitbol le démontre bien; elle, et les cosignataires de sa déclaration, indiquent qu’elles sont laïques, alors que moi, j’affirme ma neutralité.

(Finalement, j’ai bien fait de répondre ici; ce billet approche les 2000 mots!)

Jean-Martin Aussant retourne à Londres: Analyse d’une mauvaise veine

Toute la twittosphère à gauche de la ligne centrale est tombée des nues en apprenant que l’ancien chef et fondateur du parti Option nationale, Jean-Martin Aussant, était retourné à Londres, en Angleterre, à l’emploi de la firme Morgan Stanley, où il a officié pendant quelques temps; il y a même été vice-président, de 2003 à 2005, selon Wikipédia!

Une théorie en valant bien une autre, j’ai ma petite théorie sur le passage – plus ou moins bref selon qui analyse – de monsieur Aussant dans le monde politique québécois.  La voici donc.

Selon Wikipédia, encore, monsieur Aussant, sûrement pris du mal du pays, revient au Québec en 2005, et prend un poste de gestionnaire de portefeuille principal chez Investissements PSP, une firme basée à Montréal qui, quoique se décrivant sur son site web comme “l’un des plus grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au Canada”, n’a pas le prestige, ni l’influence de Morgan Stanley.  Il finira sûrement par se lasser de ce poste, puisqu’il deviendra consultant en finance quantitative en 2007.  Souverainiste reconnu, il fut probablement recruté par le parti québécois (PQ) pendant la période du gouvernement minoritaire libéral de 2007, parce que c’est suite à cela qu’il se présente dans la circonscription de Nicolet-Yamaska, lors de l’élection générale du 8 décembre 2008, et remporte le siège, devançant son plus proche rival, le libéral Mario Landry, par une majorité écrasante de… 175 votes!

Fort de cette victoire à l’arrachée, la chef du PQ, Pauline Marois, le fait aussitôt critique de l’opposition officielle en matière d’économie.  Mais rapidement, monsieur Aussant se rend bien compte que la souveraineté n’a pas autant d’importance dans l’esprit de madame Marois que dans le sien, et commence à trouver le temps long.  Pendant ce temps, la grogne se fait parfois forte au sein du parti, et plusieurs remettent en question le leadership de madame Marois.  Puis, le 6 juin 2011, coup de théâtre; trois députés péquistes, Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe, démissionnent du PQ pour devenir députés indépendants.  Jean-Martin Aussant saute sur l’occasion pour démissionner à son tour le lendemain, 7 juin, mais pour des raisons tout à fait différentes que celles des trois autres déserteurs.  Les siennes sont que la chef n’est pas assez souverainiste à son goût, et que le dossier de la souveraineté ne chemine pas assez rapidement.  Il s’attend probablement à ce que plusieurs souverainistes “purs et durs” suivent le mouvement, mais à part Benoît Charette, quelques jours plus tard, peu de nouvelles démissions suivront celle de monsieur Aussant.

Le 19 septembre de la même année, dans le but de secouer les purs et durs du PQ, et de les confronter dans leur mécontentement face à une Pauline Marois qui s’accroche à la chefferie, Jean-Martin Aussant annonce la fondation d’un nouveau parti, Option nationale, dont le but premier est de faire la souveraineté du Québec coûte que coûte.  Malheureusement, bien peu de ces purs et durs du PQ ont emboîté le pas pour suivre monsieur Aussant dans sa nouvelle aventure.  Il se tourne donc vers les jeunes, enthousiastes – et influençables, dans le but d’augmenter son membership, ce qu’il réussit quand même assez bien.  Le printemps suivant, les étudiants sortent dans la rue, protestant contre les augmentations des droits de scolarité décrétées par le gouvernement libéral de Jean Charest, allant même jusqu’à manifester à chaque soir, à Montréal.  Monsieur Aussant les soutient, faisant même la promotion de la gratuité universitaire, ce qui augmenta à nouveau son membership, principalement auprès des étudiants.  Lorsque le premier ministre Charest décrète des élections pour le 4 septembre 2012, Option nationale présente 120 candidats sur une possibilité de 125, ce qui constitue un record d’organisation, compte tenu du temps minime dont il dispose.  Mais malheureusement pour monsieur Aussant, aucun candidat d’Option nationale ne parviendra à remporter la victoire, lui-même perdant le siège de la nouvelle circonscription de Nicolet-Bécancour aux mains de Donald Martel, candidat de la Coalition Avenir Québec (CAQ), et ce par une marge de 1876 votes.

Étant obligé de faire son action politique depuis l’extérieur de l’Assemblée nationale, et désormais sans salaire de député, Jean-Martin Aussant demande – et obtient – un salaire du parti, de l’ordre de 88,000$ par année, lors du congrès de la formation politique, qui se tenait les 2 et 3 mars 2013 au Palais des congrès de Montréal.  Mais rapidement, monsieur Aussant se rend compte que si l’on peut adopter le versement d’un salaire au chef, c’est beaucoup plus difficile de mettre des fonds dans le compte chèques; avec environ 5000 membres, à 10$ par année, plus des dons désormais fixés à un maximum de 100$ annuellement, il faudra choisir entre le chef… et le bureau-chef!

C’est ainsi que le 19 juin suivant, Jean-Martin Aussant annonce qu’il démissionne à titre de chef d’Option nationale, et que le conseil de direction a nommé la présidente du parti, Nathaly Dufour, à titre de chef par intérim.  Dans son annonce, il dit qu’il ne peut pas concilier la chefferie du parti et l’éducation de ses jeunes jumeaux.  Probablement dans le but de financer l’éducation de ces mêmes jeunes jumeaux, on apprend, le 13 août de la même année, que monsieur Aussant retourne travailler au sein de la firme Morgan Stanley, à Londres, en Angleterre, là même où il a officié de 2003 à 2005, bouclant ainsi la boucle de son passage dans la belle province.  J’espère seulement qu’il n’oubliera pas sa femme et ses jumeaux avant de partir.

Bon, évidemment, même si de nombreux passages de cette théorie sont véridiques, vous comprendrez qu’il ne s’agit que d’une théorie.  Par contre, je me pose plusieurs questions, au sujet de toute cette affaire.

– Entre le congrès de mars et sa démission comme chef, Jean-Martin Aussant a-t-il reçu un salaire de son parti, ou celui-ci a-t-il tenté de reporter le tout aux calendes grecques?

– Lorsqu’il a annoncé qu’il préférait s’occuper de ses jeunes jumeaux, était-ce une raison bidon, parce que le parti ne lui avait pas encore versé un sou, ou était-ce plutôt sa femme qui l’a mis au pied du mur, lui ordonnant, comme dans la chanson de George Thorogood and The Destroyers, “Get a Haircut and Get a Real Job”?

– Selon cet article du Devoir, monsieur Aussant dit ne pas avoir vu d’ouverture substantielle chez des employeurs du Québec.  Serait-ce parce qu’il demandait un traitement trop élevé en fonction de ses compétences, ou était-ce vraiment à cause de ses vues souverainistes?

Il demeure que lorsque l’on s’affiche à certaines couleurs, il faut aussi être prêt à composer avec les conséquences de ses gestes.  Mais le fait qui m’agace le plus, dans tout cela, n’est pas qu’il retourne à Londres; après tout, il peut bien gagner sa vie comme il l’entend.  C’est plutôt qu’encore une fois, la famille a le dos large, quand vient le temps, pour un politicien, de se pousser d’une fonction qu’il ne désire plus assumer.  Cela laisse un parfum de malhonnêteté dans l’air, et du coup, l’individu devient moins crédible.