Loi 61: Les occasions manquées

Suite à la lecture d’un article publié sur le site web d’un hebdomadaire local, dans lequel des acteurs municipaux s’enthousiasmaient en regardant la liste des 202 projets, comprise en annexe au projet de loi 61, déposé par le gouvernement du Québec ces derniers jours, je suis allé moi-même éplucher ladite liste, afin de savoir quels seraient les changements à apporter au réseau routier supérieur de la belle province.  Force est de constater qu’il y a des absences notables.

La liste est présentée, en annexe au projet de loi, par ordre alphabétique des régions du Québec, ce qui aide à s’y retrouver.  En ce qui concerne le Ministère des transports (MTQ), c’est plus d’une cinquantaine de projets, parmi lesquels beaucoup de réfections de ponts, et de mise aux normes d’équipements de télésurveillance.  On y trouve aussi quelques projets structurants de transport en commun, et quelques investissements ferroviaires.  Au final, il y a plusieurs projets routiers importants, dont quelques projets majeurs.  Faisons le tour ensemble.

Dans le grand Québec, un absent de taille; le troisième lien.  Même s’il s’agit d’une promesse électorale phare du parti au pouvoir, aucune mention dans la liste.  Par contre, le grand projet de la région de la Capitale-nationale, à figurer sur la liste, est la reconstruction du pont de l’île d’Orléans.  Au Centre-du-Québec, c’est l’autoroute 55 qui tient le haut du pavé; on y mentionne une “bonification”, alors que l’on sait que cette autoroute doit être doublée.  Qu’en sera-t-il dans les faits?  Le bon Dieu le sait, le diable s’en doute, et Saint-Pierre cherche encore!

Du côté de Chaudière-Appalaches, en plus de quelques projets ferroviaires, et de transport en commun à Lévis, on y trouve le prolongement de l’autoroute 73; on présume que ce sera pour quelques kilomètres au sud de Saint-Georges.  Pour la Côte-Nord, rien! Niet! Nada! Pas de prolongement de la route 138. Juste zéro, pis une barre.  En Estrie, un seul projet, partagé avec la Montérégie, à savoir la dernière section de l’A-35, entre Saint-Armand et la frontière américaine.  En Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, quelques projets ferroviaires, et de bâtiments, seulement.

Dans Lanaudière, il ne faudra pas célébrer trop rapidement; il y a plusieurs projets, mais rien d’énorme.  Ceux qui rêvent de voir la route 158, entre Saint-Esprit et Joliette, redevenir une section de l’autoroute 50 risquent de déchanter; on y mentionne un plan de sécurisation de la route, en 4 projets distincts.  Je prévois un rond-point ou deux, et quelques centaines de mètres de voies de dépassement, tout au plus.  Triste.  Tous les éléments sont pourtant là pour réaliser un superbe “deuxième lien” Joliette-Montréal, celui via l’A-40 étant de plus en plus congestionné.  Parmi les autres mentions, trois projets ans l’axe A-25/QC-125, dans le but d’améliorer la circulation dans le secteur, dont un “prolongement” de l’A-25, et la réalisation de la voie de contournement de Saint-Lin–Laurentides, qui donnera une bouffée d’air pur à cette petite ville, où la circulation devient carrément impossible par moments.

Les Laurentides, pour leur part, verront surtout des projets partagés avec d’autres régions, comme l’A-19 avec Laval, et l’A-50, avec l’Outaouais.  Pour le reste, on entend améliorer la route 117 entre Labelle et Rivière-Rouge, et réaliser quelques projets locaux.  Puisque l’on parle de Laval, à part quelques projets de transport en commun, certains chantiers locaux, et bien entendu l’A-19, on veut grandement améliorer l’échangeur A-15/A-440, qui fût le théâtre d’un grave accident, l’an dernier, entre autres par une bretelle directe (flyover) menant de l’A-15 ouest à l’A-440 nord.

Une grande absente, parmi les régions limitrophes du corridor du Saint-Laurent, est la Mauricie; deux réfections de route, soit un pont sur la route 138 à Batiscan, et la route 361, entre Sainte-Geneviève-de-Batiscan et l’A-40, sont les deux seuls projets sur la liste.  Le chaînon manquant de l’A-40, au nord de Trois-Rivières, qui serait nettement supérieur, à mes yeux, pour régler les bouchons de circulation matinaux (eh oui; des bouchons à Trois-Rivières!) à la stupide bretelle d’entrée de la rue des Miliciens, dont les travaux avancent bien.

La Montérégie, de par sa grande étendue, et sa proximité du grand Montréal, voit plusieurs projets routiers se retrouver sur la liste de la loi 61. Pensons à l’A-35, en partage avec l’Estrie, et au réaménagement des bretelles de l’échangeur A-10/A-35, en plus de plusieurs projets en transport en commun, et à caractère local et administratif.  Montréal voit, pour sa part, sept projets de réfection d’infrastructure technologiques, comme la mise aux normes de la centrale de télésurveillance, et de transport en commun, dont le principal est le prolongement de la ligne bleue du métro.

L’Outaouais voit, à part l’autoroute 50, en partage avec les Laurentides, deux projets de transport en commun, alors que les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent, et du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne verront que quelques projets locaux sur la liste du projet de loi 61.

Si l’on croise cette liste avec la carte interactive des volumes de circulation de l’Atlas des transports, on se rend compte que les besoins à combler, juste en transports, aurait pu facilement faire monter la liste de 202 à environ 500 projets.  Évidemment, les besoins de la population ne se limitent pas qu’aux transports, et l’argent ne pousse pas dans les arbres.  Bref, il faudra prendre son mal en patience.

Congestion: le MTQ a laissé traîner le problème

Avec la sortie, le 6 janvier dernier, d’une note publiée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), sur l’augmentation de l’étalement urbain hors de la CMM, d’aucuns s’offusquent du fait que des gens s’installent plus loin du grand Montréal pour y vivre, mais font quotidiennement la navette vers la ville pour venir y travailler.  Bien entendu, cela allonge les bouchons déjà établis sur les routes d’accès à la région de Montréal.  Dans cet entrefilet publié dans le magasine L’Actualité, on mentionne aussi que la CMM perd environ 7000 personnes, annuellement, depuis 2015, dans ses échanges migratoires avec son pourtour, à savoir environ 4000 dans la couronne nord, et 3000 dans la couronne sud.

Dans tous les articles qui font mention de ces statistiques, leurs auteurs critiquent, à mots à peine couverts, ceux et celles qui font le choix de s’établir autour de la CMM.  Il faut pourtant comprendre que ce n’est pas tout le monde qui est prêt à vivre dans une tour à condos.  Si certains se sentent bien dans l’effervescence du Plateau Mont-Royal, d’autres se sentent plus à l’aise dans le calme de la campagne, avec une piscine dans la cour arrière, et pourquoi pas, un petit potager, où ils cultiveront quelques légumes.  Et trouver cela, dans les limites de la CMM, devient tout simplement hors de prix.

C’est là que le Ministère des transports du Québec (MTQ) a foiré.

Dans un Québec idéal, le MTQ aurait suivi la courbe de croissance des municipalités, et ajusté son réseau routier à l’avenant.  À la place, le MTQ s’est plutôt assis sur ses lauriers, prétextant des coupes budgétaires, et n’a rien fait.  Résultat des courses, le réseau routier ne suffit plus à la tâche.  Les voies rapides du réseau supérieur n’ont plus de rapides que le nom, les autres routes provinciales sont remplies, et les réseaux municipaux en ont plein les bras.

Bref, la situation, dans la CMM, est quasiment irréversible.  Un nouveau pont, entre la rive-sud et l’île de Montréal, ne sera pas suffisant pour améliorer les traversées quotidiennes, comme on l’a aussi constaté entre Montréal et l’île Jésus, suite à l’ouverture du pont Olivier-Charbonneau (A-25), en mai 2011.  Il faudrait faire un effort aussi imposant que celui fait pendant les années 1960, moment où les autoroutes, dans et autour de l’île de Montréal, poussaient comme des champignons.  Sauf que, comparativement à cette époque, l’état du Québec est sérieusement endetté, et les coûts reliés à la construction se sont décuplés.  De plus, les exigences environnementales, qui ont aussi explosé, feront en sorte qu’il sera pratiquement impossible d’ajouter le moindre bout d’autoroute dans la CMM, elle qui en aurait pourtant bien besoin.

Devant ce constat, que peut-on faire?

Bilan routier 2020: Ça commence raide

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2020 commence à la dure sur les routes du Québec; selon cet article du Journal de Montréal, signé Dominique Lelièvre et Arnaud Koenig-Soutière, cinq morts, dans trois accidents distincts, ont été recensés entre jeudi le 2 au soir et vendredi le 3 en après-midi.  Ce dernier accident est survenu sur l’autoroute 20, à Rimouski; un conducteur de 30 ans aurait perdu la maîtrise de son véhicule, qui aurait terminé sa course sur un poteau de signalisation.  Jeudi soir, une autre perte de contrôle, cette fois sur la route 218, à Saint-Gilles, dans Lotbinière, a fait deux victimes; un jeune couple, tous deux âgés de 17 ans, elle de Thetford Mines, lui d’Adstock, dont la Mazda3 aurait dérapé, et prêté flanc à une autre voiture venant en sens inverse.  Le conducteur de cet autre véhicule s’en tire avec des blessures mineures. Pendant ce temps, sur la route 117, à Labelle, dans les Laurentides, une mère de 76 ans, et son fils de 44 ans, ont rendu l’âme lorsque la voiture, conduite par la dame, est entrée en collision avec un VUS venant à sa rencontre.  La conductrice de ce dernier a aussi subi des blessures mineures.

C’est clair que l’on ne pourra jamais avoir un bilan routier de zéro victime; on ne peut pas redresser toutes les courbes, séparer les voies de toutes les routes, avoir une meilleure signalisation tout en faisant disparaître tous les poteaux, etc.  Mais il faut se rendre à l’évidence; le réseau routier du Québec est franchement déficient, et particulièrement le réseau routier supérieur.  Prenons la route 117, par exemple; quelques sections ont été construites à chaussées séparées, ces dernières années, dont celle contournant les villes de Labelle et de Rivière-Rouge.  En fonction des dernières données disponibles au moment d’écrire ce billet, la section entre Labelle et Rivière-Rouge, ainsi que celles de part de d’autre de Mont-Laurier, supportent suffisamment de circulation pour construire une autoroute en bonne et due forme.  Toujours selon l’article, le tronçon de la 117 situé entre Lac-des-Écorces et Mont-Laurier fut le théâtre de pas moins de 37 accidents graves, faisant 33 morts, depuis 2010.

On s’entend que le doublement de la réserve faunique La Vérendrye, entre les Laurentides et l’Abitibi, est impensable, à tout le moins pour l’instant.  Par contre, force est de constater que l’idéal serait de prolonger l’autoroute 15 jusqu’à Mont-Laurier, incluant le contournement de cette dernière.  Évidemment, c’est un gros projet, qui demandera beaucoup de planification, puisque la route 117 est souvent la seule route digne du nom, dans bien des secteurs; là où elle servira de base pour une éventuelle A-15, il faudra construire un véritable réseau routier secondaire pour desservir toutes les propriétés le long de ces sections de la route transcanadienne.  À certains endroits, il sera plus simple de construire une nouvelle autoroute en site propre.  Mais il est clair que l’A-15 doit monter au-delà de Mont-Laurier.  Cela sous-entend qu’il faudra aussi repenser tout le secteur de Mont-Tremblant, à savoir le contournement de l’ancienne ville de Saint-Jovite.  Bref, c’est toute la route 117, de Sainte-Agathe jusqu’au nord de Mont-Laurier, qu’il faudra rénover.  Une grosse job.

Mais en attendant que le réseau routier québécois soit mis à jour, promettez-moi d’être prudents sur les routes.  D’accord?  Bonne année 2020.

Santé au Québec: Le parfait exemple de société soviétisée

En furetant le web, un article de Hugo Duchaine, du Journal de Montréal, me saute aux yeux.  Il faut dire que son titre attirait l’attention; “Il quitte l’urgence sans soins et meurt le même soir”.  Déjà, ça part mal.  Je lis l’article; c’est l’histoire d’un homme qui se pointe à l’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal pour des douleurs au thorax, mais oh! malheur, sa carte d’assurance-maladie est expirée!  On lui exige donc 400$ sur-le-champ pour l’examiner.  Il n’avait pas la somme, ni de carte de crédit; le type, un peu débiné, prend une ou deux minutes, puis finit par quitter les lieux.  Le lendemain, ce sont les paramédicaux qui ont constaté son décès, dans son lit, à la maison.

Il me semble que c’était la raison pour laquelle on avait mis en place un régime d’assurance-maladie, il y a une cinquantaine d’années; que tout le monde puisse avoir des soins de santé, peu importe ses revenus, et/ou ses avoirs.  D’autant plus que, toujours selon l’article, le type avait déjà un dossier à l’Institut de cardiologie!  Tout porte à croire que le cas de cet homme était le cas idéal du dossier qui passe dans les craques du plancher; il avait un dossier en bonne et due forme sur place, mais les employés ne le connaissaient pas suffisamment pour l’appeler par son prénom.

On peut toujours dire “Ouin , mais t’sé, c’était à lui de checker si sa carte était valide”. Je veux bien croire.  Mais cela ne vous est jamais arrivé, à vous, de vouloir utiliser une carte, et de constater qu’elle était échue?  Que vous vous souvenez tout d’un coup d’avoir reçu l’avis de renouvellement, mais que vous vous étiez dit que vous verriez à cela un peu plus tard?  En poursuivant la lecture de l’article, on se rend compte que le type n’est pas tombé sur une agente administrative qui n’avait pas pris son café ce matin-là; je vous laisse lire cet extrait!

Contactée hier, une porte-parole de la Régie de l’assurance maladie du Québec a assuré que toute personne avec une carte expirée qui doit recevoir des soins est admissible à un remboursement, une fois la carte renouvelée.

Pour sa part, le ministère de la Santé et des Services sociaux a répondu qu’il a pris connaissance du contenu du rapport et prend acte de la recommandation du coroner. Il finalise un plan pour y répondre.

À l’Institut de cardiologie de Montréal, la porte-parole Sylvie Mireault a expliqué que divers aménagements ont été faits pour faciliter l’accès au triage. Elle a ajouté qu’un patient n’est jamais refusé, et ces règles ont été réitérées au personnel.

Euhhh, si un patient n’est jamais refusé, pouvez-vous me dire pourquoi cet homme est retourné chez lui sans soins, d’autant plus qu’il avait un dossier sur place, madame Mireault?

Bref, on a le parfait exemple du système de santé soviétisé.  Vous ne vous qualifiez pas?  Allez mourir dehors, monsieur!

Je veux bien croire que cela ne s’est probablement pas passé de façon aussi stricte, mais la base est là, quand même.  Il me semble que le principe devrait plutôt être: “on examine d’abord, on verra pour le paiement après”.  Pas le contraire.

D’aucuns me diront que c’est plutôt le système américain qui “carbure au cash”; avec le nombre de fois où je suis allé aux USA, jamais je n’ai eu le moindre écho que quelqu’un soit mort pour suite de refus aux urgences.  Là-bas, on soigne d’abord!  Parce qu’une fois sur pieds, on pourra toujours te collecter.

Route 158 entre Saint-Esprit et Joliette: Avez-vous d’autres solutions?

En cette nuit de Noël, je furète sur le web, et je tombe sur un article qui traite de la députée de Joliette, Véronique Hivon, et de son année 2019, qui fut bien remplie, ainsi que de l’année 2020, qui s’annonce tout aussi occupée.  L’article se termine sur une liste de dossiers sur lesquels elle entend s’affairer, et la dernière phrase se lit comme suit; “Enfin, elle mettra de la pression sur l’aboutissement d’une annonce concernant la route 158.

La route 158, particulièrement entre Saint-Esprit et Joliette, j’en parle depuis des années. Originellement une section de l’autoroute 50, son parcours fut le site de nombreux accidents, trop souvent mortels, tant et si bien qu’elle fait partie des routes les plus meurtrières au Québec.  Une autre de ces routes, la 185, entre Rivière-du-Loup et la frontière du Nouveau-Brunswick, fait l’objet d’attentions particulières depuis plusieurs années, et la fin de sa transformation en l’autoroute Claude-Béchard (A-85), prévue pour 2025, permettra enfin aux usagers de cette route de respirer plus d’aise.  Évidemment, on pourra toujours critiquer le fait que le secteur du fameux kilomètre 54 sera corrigé vers la fin du projet, plutôt qu’au début, mais au moins, la correction viendra.

Pour revenir à la route 158, sachons que les terrains nécessaires à sa transformation en autoroute, à part entre le chemin de la Grande Ligne, à Saint-Alexis-de-Montcalm, et l’échangeur A-25/A-50 à venir, là où se situe l’actuelle courbe juste avant l’intersection des routes 125 et 158, appartiennent déjà au MTQ.  Ce n’est donc pas l’acquisition de terrains qui devrait retarder l’avancement d’un tel projet.  De plus, comme je l’ai déjà indiqué dans plusieurs billets, le volume de circulation appelle à la construction d’une autoroute à chaussées séparées depuis fort longtemps.  Ce n’est pas avec des rond-points que l’on va régler ce problème.

Je souhaite donc à la députée de Joliette de trouver son chemin de Damas, et de pouvoir annoncer un grand chantier, pour la route 158, semblable à celui qui transforme actuellement la route 185 en autoroute 85.  Madame Hivon pourrait trouver son inspiration du côté du regretté Claude Béchard, député libéral de Kamouraska-Témiscouata qui est parti beaucoup trop vite, emporté par le cancer, et qui, entre autres grâce à ce projet, a pu… mourir dans la dignité.  Aussi, faire de la route 158 un nouveau tronçon de l’autoroute 50 serait sûrement une réalisation honorable.  Et en vérité,… c’est là qu’on est rendus!