3e lien Québec-Lévis: Réponse à Karine Gagnon

Hier (21 février 2026), Karine Gagnon, du Journal de Québec, en a remis une couche; je suis sûr qu’elle se réveille la nuit pour haïr le 3e lien Québec-Lévis. De mon côté, c’est la valse-hésitation de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui m’horripile. Je m’explique.

Madame Gagnon ouvre son commentaire sur le fait que tout le Québec a des besoins, et ce dans tous les domaines; santé, éducation, logement, transport collectif,… n’en jetez plus, la cour est pleine. Toutes les régions ont des dossiers prioritaires, mais les candidats à la chefferie de la CAQ n’en ont que pour le 3e lien, selon elle. L’idée, c’est que ce sujet soulève les émotions, dans le grand Québec; soit que l’on est pour, soit que l’on est contre, mais personne n’est indifférent lorsque l’on parle du 3e lien.

Et encore une fois, Karine Gagnon est tombée dans le panneau; elle jette son fiel sur le projet, dont la version actuelle fait l’unanimité contre lui. Elle insiste sur le fait qu’aucune étude scientifique ne justifie le 3e lien; madame Gagnon a sûrement toute l’expérience journalistique qu’il faut pour savoir qu’une étude, gouvernementale ou autre, c’est comme un otage; si on la torture un peu, on peut lui faire dire ce que l’on veut. D’un autre côté, il faut aussi comprendre qu’il faut étudier les besoins en circulation non pas d’aujourd’hui, mais ceux de la fin des années 2030, puisqu’il faudra environ dix ans avant que l’on y roule. Et croyez-moi qu’il va s’en ajouter, des maisons sur la rive sud, des véhicules privés, et des camions lourds qui, pour leur part, ne prendront jamais les transports en commun.

C’est vrai que toutes les régions du Québec ont des besoins, et qu’il faut y répondre. Mais comme je l’ai déjà mentionné ailleurs, le grand Québec a l’opportunité rêvée de planifier l’avenir de la mobilité entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Le grand Montréal aurait bien aimé avoir cette opportunité; elle serait peut-être plus mobile, justement. Mais là-bas aussi, des opportunités ont été gaspillées; le rapport Nicolet, déposé en février 2003, recommandait, entre autres conclusions, la construction d’un nouveau lien entre Repentigny et Varennes; le ministre des transports de l’époque, le péquiste Serge Ménard, avait tabletté le rapport en disait que l’on n’en avait pas besoin. Avec les interminables travaux dans le tunnel Lafontaine, ne serait-on pas heureux d’avoir ce nouveau pont?

Mais il faut mentionner que l’immobilisme gouvernemental ne date pas d’hier; au milieu des années 1950, on avait fait un croquis illustrant le réseau autoroutier qu’il faudrait établir dans le grand Montréal. Il n’y avait pas de date-butoir proprement dite, mais disons que l’on aurait visé une réalisation pour le milieu des années 1980, ce qui aurait donné un délai de 30 ans. Aujourd’hui, en 2026, soit quelque 70 ans plus tard, le réseau imaginé n’est toujours pas complété. Il en manque de moins en moins, mais il en manque toujours. Cela me fait penser à un chef d’entreprise qui a besoin d’un camion, idéalement un dix-roues, pour déplacer ses équipements, et plein d’autres choses. Comme il n’a pas les moyens de s’acheter un tel camion, il jette son dévolu sur un F-150, se fiant à la réputation du véhicule, le plus vendu depuis plus de 50 ans. Mais ses employés chargent le F-150 comme si c’était un dix-roues. Résultat des courses; le F-150 n’a pas duré six mois. Pourquoi? Parce qu’il était toujours surchargé.

Un réseau routier, c’est pareil; quand on le surcharge, il dure moins longtemps, et demande plus de travaux, allant des réparations rapides aux reconstructions complètes, ce qui cause plein de maux de tête à tout le monde. Et le problème que l’on a actuellement, c’est que le réseau ne parvient pas à suivre l’évolution du volume de circulation. Certaines voies rapides auraient besoin de voies supplémentaires, mais elles ne sont pas construites, ou mettent un temps fou à être réalisées. Je veux bien croire que le ministère des transports du Québec (MTQ) aurait besoin d’un sérieux ménage à l’interne, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas en rejetant des projets que le Québec va se développer.

Il s’agit de voir le déroulement des principaux projets actuels pour se rendre compte des sommes faramineuses que l’on n’a pas le choix d’y consacrer; prenons celui du pont de l’Île-aux-Tourtes, par exemple. On a passé tellement d’années à tergiverser avant de finalement se décider à le remplacer que le maintien du pont actuel, pendant la construction du nouveau pont, coûtera aussi cher que le nouveau pont lui-même. Ce fut la même chose pour le pont Samuel-de Champlain, même s’il s’agissait du gouvernement fédéral. C’est ce qui arrive lorsque l’on étire l’élastique trop loin; le risque que tout nous pète au visage est si élevé que le coût du projet est doublé à chaque fois.

Au final, si Karine Gagnon est écoeurée du 3e lien, moi, je suis écoeuré de l’immobilisme du gouvernement actuel. Et comme nous sommes au coeur d’une course à la chefferie, je suis porté à croire que rien de nouveau ne sera dévoilé avant la prochaine campagne électorale, l’automne prochain, soit dans plus ou moins six mois. Et comme on dit que six mois, en politique, correspond à une éternité, nous n’avons pas fini de lire Karine Gagnon au sujet du 3e lien.

Rage au volant: Ça va s’amplifier

Au hasard d’une visite sur le web, je suis tombé sur un article du site de TVA Nouvelles qui traitait d’un cas de rage au volant entre camionneurs. Selon l’article, signé Yves Poirier, une camionneuse aurait été agressée par deux individus, un camionneur et son passager, après qu’ils eurent tenté de contourner une file d’attente. C’est lorsque la camionneuse leur a mentionné qu’il fallait attendre en file que les deux hommes s’en seraient pris à elle.

L’incident s’est produit à Vaudreuil-Dorion, là où, toujours selon l’article, une autre camionneuse a été agressée, sur le pont de l’île-aux-Tourtes, cette fois, après une simple altercation, le 21 août dernier.

Je ne sais pas si les bonzes du MTQ ont calculé les risques de rage au volant dans la planification de leurs travaux, mais il est clair que la multiplication des chantiers va entraîner une augmentation des cas.

Comprenez-moi bien; chaque cas de rage au volant en est un de trop. Par contre, avec la situation qui prévaut sur le réseau routier actuellement, la pression monte pour tous les conducteurs, et particulièrement les camionneurs, qui n’ont pas le choix de composer avec la congestion, et les nombreux détours, dans le cadre de leur travail. Ainsi, lorsque la pression est déjà à son maximum, la moindre étincelle risque de faire exploser certains individus qui ont la mèche plus courte que les autres.

Je veux bien croire que le gouvernement actuel a hérité de la situation que son prédécesseur lui a laissé, mais si la ministre des transports, Geneviève Guilbault, cessait de rire des automobilistes dans leur face, cela aiderait peut-être un peu. Le réseau routier supérieur, en plus d’être en retard de 50 ans dans son développement, a besoin de beaucoup, beaucoup d’amour. Et de fonds publics, bien entendu.

Il est plus que temps d’établir un plan d’action pour les 20, 30, voire 50 ans à venir, et d’investir manu militari dans le réseau qui, bon an mal an, est classé parmi les pires, selon le pire au Canada. Comme je l’ai déjà écrit ici, le réseau routier, en plus d’être incomplet, se dégrade à vitesse grand V, justement parce qu’il n’est pas assez développé. Les véhicules qui se répartiraient sur un réseau d’une plus grande ampleur, doivent se contenter du réseau existant, ce qui le surcharge, et accélère sa dégradation. Il faudra donner un sérieux coup de barre pour parvenir à reprendre le dessus, et finir par avoir un réseau routier efficace, à défaut d’être digne de mention.

Donc, au lieu de se montrer avec son look Metallica, la ministre Guilbault devrait enfiler ses bottes à caps d’acier, et se montrer au travail. Quant au premier ministre, François Legault, je le met au défi de nommer un camionneur comme ministre des transports; à défaut d’être plus photogénique, il y aurait peut-être un peu plus d’action à la table du Conseil des ministres.

En tant que camionneur, je peux vous garantir que je fais du mieux que je peux pour éviter d’éclater, et de devenir moi-même un cas de rage au volant, malgré que les occasions se font de plus en plus nombreuses.

Pont de l’île-aux-Tourtes, tunnel Québec-Lévis, et autres liens utiles

Ces jours-ci, les liens sont à l’honneur, dans les nouvelles; après l’annonce du coût de celui entre les centre-villes de Québec et de Lévis (le 3e lien), que d’aucuns qualifient de pharaonique, voilà que celui entre Vaudreuil-Dorion et le village de Senneville (le pont de l’île-aux-Tourtes) déclare forfait. Les travaux de maintien de la structure auraient été affectés par d’autres travaux, les seconds endommageant les premiers, le tout menant à la fermeture complète de l’ouvrage.

Pour revenir au tunnel Québec-Lévis, tous ceux qui se félicitaient lors de l’annonce du changement de trajet, de celui de la pointe ouest de l’île-d’Orléans à celui des deux centre-villes, se sont mis à déchanter lors de l’annonce des détails – et de la facture – du tunnel à construire. Les maires d’un peu partout à l’est de Québec en ont profité pour demander des fonds pour leurs liens à eux, qu’il s’agisse de la construction d’un pont au-dessus de la rivière Saguenay, du prolongement de l’autoroute 20, entre Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski, du parachèvement de la route 138, entre Kegaska et Vieux-Fort, ou encore d’un lien maritime fiable entre Matane et la Côte-Nord, afin de cesser l’espèce de loto-traversier qui dure depuis quelques années.

Il ne peut pas en être autrement; le réseau routier supérieur du Québec est en retard d’une bonne quarantaine d’années dans son développement. C’est clair que tout le monde quémande des infrastructures plus que nécessaires, alors que le dernier boum de développement date du premier mandat de Robert Bourassa, il y a une cinquantaine d’années. Depuis ce temps, dès que l’on veut bouger une pelletée de terre, les environnementalistes débarquent, mettant un frein à tout projet d’envergure. Même le remplacement de l’échangeur Turcot a été modifié, afin d’éviter une « guerre verte ».

Sauf que pendant ce temps, les infrastructures actuelles, entre autres à cause du retard de développement du réseau, sont sursollicitées, et se dégradent plus rapidement que prévu, ce qui provoque leur réfection – ou leur remplacement – prématuré, comme ce fut le cas pour le vétuste pont Champlain. Les suites de cônes orange – et les bouchons de circulation – se multiplient, causant la rage des conducteurs, et provoquant des accidents, qui n’arrangent rien à la situation de la circulation. Bref, c’est un cercle vicieux, duquel il est impossible de se sortir sans des investissements massifs, et auquel la COVID-19, ses fermetures d’entreprises et ses transferts en télétravail, n’ont apporté qu’une courte pause.

Évidemment, les investissements massifs attireront des grèves dans la construction, et par extension une hausse des coûts. Et c’est sans compter le coût des matériaux; même un pont de bois, sur un chemin agricole, au-dessus d’un cours d’eau mineur, atteint désormais le million de dollars. Devant cela, je tiens à rappeler à ceux qui s’époumonaient à crier au scandale devant les possibles dix milliards – originalement entre six et sept – du tunnel Québec-Lévis que le pont Samuel-de-Champlain, ouvert en 2019, en a coûté plus de quatre, soit environ un milliard du kilomètre, lui aussi. Nous pouvons donc conclure que le futur pont de l’île-d’Orléans, s’il ne coûte qu’un demi-milliard (ce dont je doute fortement), se révèlera une véritable aubaine.

En conclusion, il faudra se faire à l’idée que les prochaines infrastructures majeures, définitivement nécessaires, vont amener des investissements vraiment massifs, et que le milliard de dollars deviendra désormais l’unité de mesure de l’évaluation du coût de leur construction.