Élections fédérales: On n’est pas sortis de l’auberge!

Êtes-vous allés voter, hier?

À voir les chiffres publiés par Élections Canada, vous n’y êtes sûrement pas tous allés!  Ce scrutin a connu le plus bas taux de participation depuis très longtemps, peut-être même le plus bas de tous les temps, avec seulement 59,1% des électeurs, qui se sont présentés aux urnes.  Pour l’instant, les résultats sont les suivants:

  • Conservateurs: 143 sièges (soit 46,4% des sièges), avec 37,6% du vote exprimé
  • Libéraux: 76 sièges (24,7%), avec 26,2% du vote exprimé
  • Bloc québécois: 50 sièges (16,2%), avec 10,0% du vote exprimé
  • NPD: 37 sièges (12,0%), avec 18,2% du vote exprimé
  • Parti vert: Aucun siège, avec 6,8% du vote exprimé
  • 2 sièges sont allés à des candidats indépendants

Évidemment, le processus n’est pas encore terminé; il y a possibilité de recomptage judiciaire, dans certaines circonscriptions, soit de façon automatique, ou encore à la demande d’un électeur.

Comment traduire tout cela, maintenant?

D’abord, qui a gagné, et qui a perdu?

Chez les conservateurs, c’est une victoire et une défaite, à la fois.  Une victoire parce qu’il ont gagné 19 sièges, par rapport à l’élection de 2006, ce qui renforcera leur présence comme gouvernement.  Et une défaite parce qu’ils ont raté leur objectif de former un gouvernement majoritaire.  Il faut dire que leur campagne s’est faite un peu « sur l’air d’aller », et que leurs ripostes, face aux nombreuses attaques qu’ils subissaient, furent plutôt molles.  Bref, avec un peu plus d’efforts, l’atteinte de la majorité était toujours possible.

Pour le bloc québécois, on peut dire qu’à défaut d’être une victoire, le résultat d’hier représente un certain sursis.  Leur nombre de députés reste pratiquement inchangé, à 50, hier soir, comparativement à 48, lors de la dissolution de la Chambre, et à 51, lors du dernier scrutin général, en 2006.  Nous savons très bien, toutefois, que leurs appuis furent obtenus suite à des exagérations tellement grossières que je suis surpris de voir à quel point les québécois ont pu avoir été aussi crédules.

Dans le camp du NPD, c’est également un résultat mitigé; les gains possibles au Québec ne se sont pas matérialisé, mais leur nombre de députés est en nette progression, passant de 29, à l’élection générale de 2006, à 30, lors de la partielle de 2007, dans Outremont, et à 37, hier soir.  Toutefois, la réélection de Thomas Mulcair, justement dans Outremont, n’a pas été aussi facile que prévu, le tout n’étant toujours pas réglé passé minuit.

Au parti vert, on parle surtout de victoire morale.  Le parti d’Elizabeth May n’a toujours pas fait élire un seul de ses candidats, mais son taux de vote a augmenté d’environ 2%, passant à 6,8%, pour ce scrutin.  Si madame May s’était présentée ailleurs que dans cette circonscription où elle devait faire face au ministre sortant Peter MacKay, elle aurait sans doute eu de meilleures chances.

Mais le plus grand perdant, selon moi, est Stéphane Dion.  Avec une députation qui a fondu comme la neige sous un soleil trop fort, et un pourcentage de votes de 26,2%, il s’agit de l’une des pires défaites des libéraux depuis longtemps.  Certains membres influents du parti libéral déclarent même, sous le couvert de l’anonymat, que la course à la chefferie est déjà commencée.  C’est à croire que Stéphane Dion aura bientôt beaucoup de temps pour s’occuper de Kyoto.  Je parle de son chien, évidemment.  Pas du protocole.

La suite des choses

Selon moi, le gouvernement conservateur aura les coudées franches pour au moins un an, peut-être davantage.  Voici pourquoi.

La stratégie évoquée par certains, à savoir de renverser le gouvernement dès le début des travaux de la Chambre des communes, et de proposer, à la gouverneur générale, une coalition libéral/NPD, est tout simplement impossible, et ce pour deux raisons.  D’abord, les libéraux et les néodémocrates, ensemble, ont moins de députés que les conservateurs, ce qui rendrait l’entreprise très périlleuse dès le départ.  D’autant plus qu’il ne faut pas compter sur les députés du bloc pour se joindre à une telle coalition; Gilles Duceppe a avoué lui-même, quelques jours avant le scrutin, qu’il refuserait d’exercer le pouvoir à Ottawa.  Ensuite, il serait tout simplement mortel, pour les libéraux, de faire tomber le gouvernement minoritaire conservateur fraîchement élu, alors qu’ils ont passé plus d’un an à « s’asseoir sur leurs mains » lors des votes d’importance, prétextant que les canadiens ne voulaient pas d’élections.

Il ne faudra pas compter non plus sur le bloc pour jouer les trouble-fête plus qu’il ne le faut.  Ils ont passé l’essentiel de la campagne, qui vient de se terminer, a demander aux québécois de les élire afin que le gouvernement conservateur soit minoritaire, et c’est exactement ce qu’ils ont obtenu.  Par contre, dans leur situation actuelle, les députés bloquistes sont littéralement « assis entre deux chaises »; avec les attaques – souvent exagérées – qu’ils ont proféré envers les conservateurs, pendant la dernière campagne, ces derniers pourraient leur faire payer le gros prix pour leur verbiage, et ainsi les mettre dans leur petite poche.  Les conservateurs n’auraient qu’à menacer de « fermer le robinet » envers le Québec pour prouver aux électeurs que le bloc ne contrôle absolument rien, à Ottawa.  Mais l’équipe de Stephen Harper ne pourrait pas, non plus, jouer ce stratagème très longtemps; déjà que leurs bases sont faibles au Québec, celles-ci risquent de devenir inexistantes, s’ils se prêtent un peu trop à ce petit jeu.  D’ailleurs, je ne crois pas que cela fasse partie des intentions des conservateurs.

Donc, les prochains mois risquent d’être plutôt intéressants.

Et pour augmenter le taux de participation, que faire?

Comme je le disais au début, le taux de participation à cette dernière élection fut très bas, à 59,1%.  Évidemment, la go-gauche sera tentée de ressortir la proportionnelle des « boules à mites », mais je ne crois pas qu’une élection de type proportionnelle, qui coûtera beaucoup plus cher que notre système actuel, fera davantage sortir les gens de chez eux, lors de scrutins.

Nous vivons à l’ère des communications, et les gens sont plus informés que jamais de ce qui se passe, et ce autant dans leur entourage qu’à travers le monde.  Paradoxalement, si l’on recule aux débuts de la confédération, les communications, à part les journaux, et le traditionnel « bouche à oreille », étaient à toute fin pratique inexistantes, et les gens se rendaient aux urnes dans des proportions de beaucoup supérieures à 60%.  Que s’est-il passé, entre les deux?

Je crois plutôt que le problème tient à une coupure entre la politique et les gens « ordinaires ».

Dans les années 1960, l’avènement de la pensée keynésienne, au Québec, avec la Révolution tranquille de Jean Lesage, a amené les politiciens à se refermer sur eux-même, afin d’avoir un meilleur contrôle de l’appareil gouvernemental.  Les années Trudeau ont apporté cette même tendance à travers tout le Canada.  Pour ce faire, les politiciens ont commencé à répandre l’idée que la société avait « des problèmes complexes, auxquels il fallait trouver des solutions complexes ».  Le peuple, à partir de ce moment, s’est senti mis de côté, un peu comme se sent un enfant quand on lui dit « T’es trop jeune, tu pourrais pas comprendre ».

Au début, on voulait bien faire confiance à ces gens qui comprenaient des choses que le peuple ordinaire ne pouvait pas comprendre, mais au fil des années, et des différents scandales, qui sont survenus, les gens se sont mis à faire de moins en moins confiance aux politiciens.  Et c’est pour cela que le peuple ne sort plus, le jour des élections; le message le plus courant, à travers les gens ordinaires, c’est que « l’un comme l’autre, ce sont tous des bandits ».  Tant et si bien que le taux de confiance envers les politiciens est descendu en-dessous de celui envers les vendeurs de bagnoles d’occasion.

Pour redonner au peuple le goût de faire confiance aux politiciens, il faudrait d’abord redonner le goût aux politiciens d’être avec le peuple.  Il faut remettre les gens au courant des actions des élus, il faut leur montrer que les « problèmes complexes », ne sont pas si complexes que cela, finalement, et que si l’on s’y met tous ensemble, le peuple et les élus, les choses pourront bouger.

Malheureusement, les seules fois que les politiciens osent s’approcher des gens, de nos jours, c’est pour obtenir leur vote.  Et vous croyez que les gens ordinaires vont continuer encore longtemps à « tomber dans ce panneau »?

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3 réactions sur “Élections fédérales: On n’est pas sortis de l’auberge!

  1. Félicitations sur la pertinence de ces propos suite aux élections fédérales de cette année.J’étais le candidat Vert dans Brome-Missisquoi et la campagne a été de tous les instants .Beaucoup de kilomètres parcourus (le comté a 300 kilomètres de long ),de débats et de rencontres.
    Pour ma part ,je serai très présent auprès de la population même après la période électorale.Je me fais un devoir de participer à la vie sociale des organisations de citoyens et je demeure le plus souvent en contact avec eux.Il y a toutes sortes de politiciens .
    Pour ce qui est de la proportion- nelle ,nous en reparlerons car il faut absolument une refonte du système électoral.Comme vous l’avez bien démontré avec seulement 37,6 % de voteurs les conservateurs détiennent presque la moitié des sièges . Réalisez-vous qu’il a suffi de seulement 22,2 % de la population totale (37,6 % x 59,1 ) pour élire les députés conservateurs .Nous voyons qu’il est important de voter afin d’éviter des dictatures .
    Je sais qu’il y a plusieurs sortes de systèmes de votations ,il suffira de choisir le meilleur et le mieux équilibré pour refléter la volonté du peuple.Même le parti Québécois n’a pas adopté un système de votation proportionnel qui était pourtant une promesse électorale. Pourtant en 1973 le Parti Québécois avec obtenu 30 % des votes et seulement 6 sièges.Serait-ce là ,la démonstration d’un système moralement acceptable ? Non ! Réfléchissons sérieusement tous à cet aspect au lieu de formuler peut-être des préjugés .

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  2. Bienvenue sur mon humble blogue, Pierre.

    D’abord, félicitations pour votre courage. Il en faut toute une dose pour oser mettre son visage sur une pancarte, lors d’une campagne électorale. Pour ma part, j’y ai souvent pensé, mais je n’ai jamais eu les « couilles » d’aller jusqu’au bout.

    Quant à la proportionnelle, s’il est vrai que les conservateurs ont obtenu 46,4% des sièges avec 37,6% du nombre de votes exprimé, que dire du bloc québécois, qui a obtenu 50 sièges, avec seulement 10% du vote? Il faut aussi prendre en compte que s’il est difficile d’avoir un gouvernement majoritaire avec le système actuel, cela deviendra pratiquement impossible, avec un système proportionnel.

    Au lieu d’un tel système, j’opterais plutôt pour une seconde chambre (qui pourrait très bien remplacer le sénat actuel, au fédéral), dont les membres seraient élus selon le vote global exprimé. Une telle chambre pourrait avoir, par exemple, 50 sièges, en tout, ce qui donnerait un siège à un parti pour chaque 2% du vote total exprimé en sa faveur. Les partis pourraient alors désigner les personnes qui occuperont ces sièges, entre autres parmi les meilleurs candidats défaits. Ainsi, les membres des deux chambres seraient élus à partir du même vote exprimé, ce qui conserverait la simplicité du système de votation actuel. En prenant exemple sur les résultats obtenus mardi dernier, cette chambre compterait 19 membres issus des rangs conservateurs, 13 libéraux, 9 néodémocrates, 5 bloquistes et 4 verts, pour un total de 50 membres.

    Par contre, je demeure convaincu qu’il faille aussi impliquer l’électeur, non seulement dans le processus électoral, mais surtout dans toute la machine politique, afin qu’il sente qu’il y a sa place, qu’il a son mot à dire, et qu’il sera considéré. Car même si l’on saurait trouver une formule électorale idéale, tant et aussi longtemps que l’électeur se sentira loin de la prise de décision, il continuera à rester chez lui, lors des élections.

    Dans un autre ordre d’idées, à quoi bon se présenter aux élections – en tant que parti – si l’on ne revendique pas le pouvoir? Et ici, j’ouvre une parenthèse sur la pertinence du bloc québécois. Gilles Duceppe a même déclaré que si on lui proposait le pouvoir, à la faveur d’une coalition, il refuserait. Est-ce à dire qu’il se fait un malin plaisir de ne rien faire d’autre que de mettre du sable dans l’engrenage? Ou est-ce plutôt l’attrait d’une pension à vie, après avoir été membre de la députation pendant un certain temps? Certains diront que le parti vert ne pouvait réellement convoiter le pouvoir. Peut-être, mais au moins, ce parti a eu le courage de présenter des candidats dans presque toutes les circonscriptions au Canada, d’où la possibilité mathématique d’avoir un nombre suffisant de députés pour former un gouvernement, ce qui ne sera jamais le cas pour le bloc.

    Pour être aussi considéré que les partis traditionnels, les verts auront besoin d’un programme politique complet et détaillé, et surtout d’une organisation solide, sur le terrain. C’est ce dernier point qui a fait grandement défaut, lors de cette élection, et ce pour la plupart des partis, au Québec, à part peut-être pour le bloc. Je connais un gars qui s’est présenté, pour les libéraux, et il a dû se monter une organisation de toutes pièces, à partir de quelques anciens bénévoles seulement. Et comment fait-on pour mobiliser des bénévoles, à une époque où les gens ne se donnent même pas la peine d’aller voter? Bref, « y en aura pas de faciles », comme disait l’autre. Pas de quoi me donner le courage de mettre ma face sur une pancarte! 😉

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  3. Ce scrutin de mardi dernier est à mon avis très décevant,ennuyant et très peu encourageant.
    Les Conservateurs ont élus plus de députés qu’en 2006 mais nous avons encore un gouvernement minoritaire. Le Bloc à élu 50 députés ce qui est à mon avis excellent.

    Les Libéraux n’ont élus que 76 députés. Une piètre performance. Le chef actuel des Libéraux manque de charisme,de performance et peu crédible pour être chef face à ses collègues et électeurs. Ce fut une élection très décevante et ennuyante.

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