Kanata: On veut en venir à quoi, au juste?

Après SLAV, dont les représentations, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, furent annulées, voici maintenant que la troupe Ex Machina, de Robert Lepage, tire la plogue sur Kanata, la nouvelle production qui devait être présentée en décembre prochain. La troupe, qui mentionne dans un communiqué, avoir pris cette décision à la suite de soucis financiers, semble vouloir éviter de jeter de l’huile sur le feu après les diverses réactions de communautés autochtones, et une rencontre entre des représentants de celles-ci et les producteurs.

On se retrouve avec un sérieux problème; c’est rendu qu’un créateur, qui veut monter un spectacle sur un sujet donné, doit entreprendre des consultations avec des personnes, ou des groupes, en rapport avec le sujet, sinon on appelle au boycott, voire au retrait de la production de la scène.

Normalement, les seules limites à un créateur sont les droits d’auteur, et les marques de commerce, sur lesquels il faut verser des redevances.  Par exemple, si je crée une pièce de théâtre intitulée “Voulez-vous un Pepsi?”, il sera normal que les dirigeants de Pepsi voudront savoir si j’ai l’intention de malmener leur marque de commerce, et c’est normal; elle leur appartient de droit.

Quand on veut créer un spectacle en rapport avec l’histoire d’un peuple, par exemple, le créateur raconte l’histoire de ce peuple à travers ses yeux, il raconte l’histoire telle que lui la voit.  Si la production est un documentaire, ou un reportage, il est important de consulter les parties visées, question de s’en tenir à la vérité, et à ne pas lancer des faussetés.  Mais quand il s’agit d’une création, on doit laisser le créateur s’exprimer; si l’on n’est pas d’accord avec l’ensemble du spectacle on peut toujours créer une contre-production, qui viendra corriger le message lancé par la création d’origine.

Dans le cas de SLAV, c’était la communauté noire, et dans celui de Kanata, la communauté autochtone.  Mais dans les deux cas, ces communautés ont des origines multiples, et les racines sont souvent très différentes d’une origine à l’autre.  Aussi, qui détient les droits sur les origines de ces peuples?  La réponse est l’Histoire, avec un grand H.  Personne ne détient de droits là-dessus, donc un créateur peut en parler à sa guise.

Maintenant, on s’en prend au créateur, on lui met des bâtons dans les roues, jusqu’à ce qu’il en ait ras-le-bol, et retire son oeuvre de la programmation. Cela s’annonce très mal pour la suite des choses; devant de tels obstacles, les créateurs ne voudront plus créer, et à terme, on se plaindra que la scène québécoise ne produit presque plus rien.

Publicités

Nouvelle traversée à Québec: Et pourquoi pas?

Pendant qu’à Montréal, on parle d’une solution pour le pont Champlain, qui se meurt des suites d’une surutilisation, du côté de la vieille capitale, le sujet d’une nouvelle traversée du fleuve n’est pas clos non plus.  Il y a quelques mois de cela, j’ai écrit un billet au sujet d’un lecteur du quotidien Le Soleil, à Québec, qui réclamait la construction d’un tunnel, entre Québec et Lévis.

Parmi les commentaires reçus, celui de Stéphane Dumas, un lecteur, et commentateur, de longue date, du blogue de Richard3, qui me faisait remarquer, par l’entremise d’un lien vers Google Maps, que l’un des viaducs, de l’échangeur A-40/A-440, est suffisamment large pour permettre beaucoup plus de circulation qu’il ne le fait actuellement.  En y jetant un oeil, on voit qu’il y a tout l’espace nécessaire pour y mettre trois voies!  L’idée m’a donc pris, en ce lundi pluvieux, de faire comme d’autres blogueurs, et d’élaborer une théorie à partir de diverses vues obtenues via le logiciel Google Earth.  Cela donnerait quelque chose comme ceci.

La ligne verte, ajoutée sur l’image, montrerait le trajet approximatif d’une telle traversée, depuis l’échangeur A-40/A-440 jusqu’à l’autoroute 20, en passant par l’île d’Orléans.

En regardant l’échangeur de plus près, on constate que quelques modifications seraient évidemment nécessaires.  Entre autres, j’ai ajouté un agrandissement de la jetée, afin de permettre la construction de la bretelle vers la rive-sud, mais il faudrait probablement la modifier aussi, afin de construire des culées des deux ponts.  Ceux-ci pourraient être simplement des ponts à poutres, tout ce qu’il y a de plus conventionnel, pour traverser les quelques deux kilomètres et demi qui séparent la rive nord du fleuve, et l’île d’Orléans.  Il s’agira de construire quelques travées plus élevées, afin de permettre la navigation de plaisance.

La traversée de l’île d’Orléans comme tel serait dotée de quelques courbes, ce qui permettrait de trouver la ligne idéale, et ce sans recourir à des expropriations massives.  Le pont qui relierait l’île à la rive sud, par contre, serait beaucoup plus élaboré que celui vers la rive nord, puisqu’il devra laisser suffisamment de dégagement pour la circulation des navires de la marine marchande, en plus de parcourir, lui aussi, une distance de plus de deux kilomètres.  Il devra donc s’agir d’un pont à haubans, ou d’un pont suspendu, deux types de pont reconnus pour assurer de longues portées, ainsi que pour ajouter un aspect visuel saisissant, qui viendra se marier au paysage environnant.

Le tracé, sur la rive sud, comporterait certaines courbes, encore une fois, dans le but d’éviter des expropriations massives.  Un viaduc d’importance viendrait traverser le boulevard de la Rive-Sud, tout près de l’intersection de celui-ci avec la rue Saint-Joseph, et la route Lallemand.

De là, l’autoroute viendrait se raccorder à l’A-20 en suivant ce qui semble être une ancienne emprise de chemin de fer.

Évidemment, un tel projet rencontrera beaucoup d’opposition.

D’abord, les insulaires ne voudront pas d’une autoroute qui traverserait leur île, et ce malgré qu’une telle infrastructure leur assurerait, en plus d’un lien plus fiable vers la rive nord du fleuve, un tout nouveau lien permanent vers la rive sud, ce qui ouvrirait des possibilités de développement à l’île.  Mais voilà, les insulaires sont plutôt opposés à toute forme de développement massif.  Ils jugent que ce genre de développement leur enlèverait la tranquillité qu’ils ont présentement.

Ensuite, il y a le projet Rabaska.  C’est certain que le quai du futur port méthanier se retrouverait bien près du nouveau pont, ce qui impliquera certaines fermetures sporadiques, lors des manoeuvres des navires, et ce pour des raisons de sécurité.  Encore faudrait-il que ces fermetures ne soient pas de trop longue durée, et surtout, qu’elles ne se produisent pas aux heures de pointe.  Le cas échéant, une telle traversée deviendrait bien inutile.

Finalement, il ne faudra pas oublier nos chers « amis » environnementalistes, qui s’opposeront à ce projet, de la même façon qu’ils s’opposent à n’importe quel projet d’envergure.

Devant cela, l’option d’un tunnel sous le fleuve ne peut donc pas être rejetée du revers de la main.  Par contre, les bretelles qui s’élançaient vers le cap Diamant ont été démantelées, et les cavernes déjà creusées ont été remises, ou sont sur le point de l’être, à Robert Lepage, afin d’en faire un espace de création artistique.  Voilà une autre forme de subvention aux arts.

Ainsi, d’un côté comme de l’autre, la construction d’un nouveau lien inter-rives ne pourra faire autrement que se heurter à des coûts élevés.  Mais la construction d’un tel lien devra avoir lieu, tôt ou tard.  Et plus tôt que tard, à mon avis.  Il est évident, toutefois, qu’une telle décision aura un poids politique énorme.