Lettre ouverte de Richard Desjardins: Bof…

Avez-vous lu la lettre ouverte de Richard Desjardins, à la page 34 du Journal de Montréal de ce matin?  Je viens de le faire, et en toute franchise, les propos de cet artiste de l’Abitibi ne m’ont pas jeté par terre.  Par contre, certains passages ont attiré mon attention.

Je dois avouer bien humblement que Desjardins est le premier personnage public, dans cette campagne électorale, à ramener sur le tapis la fameuse Loi sur la clarté, que Stéphane Dion, alors ministre responsable de l’unité canadienne, sous Jean Chrétien, a fait adopter suite au référendum de 1995, dont les résultats serrés ont effarouché tout l’establishment libéral, ainsi que la majorité des fédéralistes.  Il est vrai que plusieurs québécois ont encore cette loi de travers dans la gorge, et entendent bien lui en faire payer le prix.

Un autre passage m’a, quant à lui, fait bien rire.  Desjardins dit que « Ceux qui sont tannés d’entendre parler «social, environnemental, culturel» et qui se sentaient un peu coincés dans cette gang de sciences humaines pas d’maths, eh bien, ils vont se défouler. »  Je présume qu’il parle de ceux que je tenterais de décrire comme étant la majorité silencieuse, ceux qui commencent à en avoir assez des demandes de la go-gauche socialisante, qui coûtent plutôt cher, compte tenu de ce qu’elles rapportent.  Desjardins tenterait-il de leur remettre « le nez dans leur caca », avec ce qu’il écrit par la suite, entre parenthèses, à savoir que « En fait, tout a commencé avec la publication du fameux code de vie d’Hérouxville qui interdit la lapidation des femmes adultères mais ne semble pas proscrire l’inceste. Ni les coupes à blanc, ni les mégaporcheries. »  Peut-être que ce code de vie a déclenché bien des choses, mais j’ai l’impression que le rapprochement que fait Desjardins, entre les gens qui ont autre chose à penser que les artistes, et l’absurdité du code de vie d’Hérouxville, est un couteau à deux tranchants; si d’un côté il dénonce le fait qu’une certaine droite, sans foi ni loi (quoi que c’est plutôt le contraire est normalement associé à la droite), est ressortie de toute l’affaire des accommodements raisonnables, de l’autre côté, il risque de laisser croire que la majorité silencieuse ne comprend rien à rien (comme si les gens n’étaient pas capables de comprendre le sens réel du code de vie d’Hérouxville), ce qui donnerait, comme résultat, que toute cette partie de la population pourrait se sentir insultée par un tel rapprochement.  Cette insulte pourrait même se confirmer davantage pour les plus croyants, parmi cette majorité silencieuse, compte tenu de l’attaque que Desjardins fait envers le clergé, dans le paragraphe qui suit, dans sa lettre.

Le chanteur tente ensuite une image choc en disant que « la droite décomplexée, ça sort la strap. »  Il donne ensuite des exemples.  « Ça met en prison pour la vie des kids de quatorze ans qui ont perdu la tête à un moment donné. »  Peut-être que si c’était ses propres parents, qui étaient lâchement assassinés par ledit kid de quatorze ans, il voudrait peut-être le voir en prison à vie, lui aussi.  « Ça laisse un ressortissant juvénile canadien se faire juger en cour martiale américaine à Guantanamo. »  Faudrait-il d’abord spécifier de quoi le ressortissant juvénile canadien est accusé, au juste; peut-être que la cour martiale américaine à Guantanamo est le meilleur endroit pour le juger, selon les gestes qu’on lui reproche.  La question, c’est que dans plusieurs pays, dont le Canada, la justice a fait preuve de largesse envers de nombreux individus, au point que plusieurs proches de victimes disent que la justice est plus clémente pour les accusés que pour leurs victimes.  C’est ben beau, de laisser une chance à un accusé, afin qu’il puisse refaire sa vie dans le droit chemin, mais avec le temps, beaucoup de repris de justice ont profité de ces largesses, et il faut donc donner un coup de barre dans l’autre sens, afin de ramener un peu plus de fermeté, dans la justice.

Évidemment, on se doutait bien que Desjardins allait revenir sur l’affaire des « Artisses », puisqu’il en fait lui-même partie.  Comme tous les autres, il « oublie » de mentionner que les 45 millions$ coupés font partie d’un budget beaucoup plus vaste, qui varie entre 2,1 et 3,2 milliards$, selon les sources.  On pourrait peut-être lui rappeler que les 20% des artistes qui font plus de 20,000$ par année (compte tenu que 80% d’entre-eux font moins de 20,000$, il faut donc croire que l’autre 20% fait plus, et même beaucoup plus, pour certains) pourraient peut-être contribuer davantage, que ce soit en temps, en argent, ou autrement, à la formation des artistes de la relève, au sein des écoles de formation « qui passent à la trappe », comme le dit Desjardins lui-même.  Il tente un autre rapprochement, cette fois avec l’achat d’hélicoptères militaires, laissant croire que ces hélicos ne servent qu’en temps de guerre.  Lors de sauvetages maritimes, par exemple, les hélicoptères actuels de l’armée canadienne ne sont plus vraiment fiables, et un jour ou l’autre, il faut bien les remplacer.  Tout comme Desjardins doit bien remplacer sa voiture, de temps en temps.

Si l’armée canadienne a comme mission d’aller rétablir la démocratie, en Afghanistan, c’est parce que les afghans en ont fait la demande, et que le Canada est membre de l’ONU, et de l’OTAN, donc qu’il doit faire sa part, là-bas.  Si nous ne sommes pas au Soudan, au Zimbabwe, en Arabie Saoudite, en Birmanie, en Chine ou en Russie, c’est probablement parce que ces pays n’en ont pas fait la demande.

Ensuite, Desjardins entremêle l’économie, les jobs, l’environnement, et le contrôle étranger d’entreprises canadiennes, dans un genre de labyrinthe à travers lequel une chatte y perdrait ses petits.  C’est quoi, le rapport, entre la pollution causée par l’extraction massive du pétrole bitumineux de l’Alberta, et le contrôle étranger d’une fonderie de cuivre de son coin de pays?  Pourrait-il comprendre que sans ces intérêts étrangers, les entreprises en question seraient peut-être fermées, aujourd’hui?  Pourrait-il admettre que sans des contrôles fermes des dépenses gouvernementales, on pourrait dire, comme lui-même l’a fait dans l’un de ses propres spectacles, qu’à cause de la récession économique actuelle, la lumière, au bout de tunnel, est fermée jusqu’à nouvel ordre?

C’est facile de dire, à propos de Harper, « Bloquons lui la route et construisons la nôtre. Malgré le PQ, complètement perdu dans son suicide. »  Mais justement.  Ta route, Desjardins, elle consiste en quoi?  Si tu as une meilleure idée de ce qu’il faut faire, pourquoi tu ne mets pas ta face sur des pancartes, à Rouyn-Noranda, dans l’espace laissé vacant par les libéraux?  Pourquoi ne fais-tu pas le saut en politique?  Avec tous les contacts que tu as su tisser, au fil des ans, tu aurais certainement de quoi faire une organisation du tonnerre, non?  Si tu crois que le chemin des conservateurs n’est pas le bon, dans quoi veux-tu embarquer le peuple québécois?  Dans le bloc?  Ça fait 18 ans que ça dure, et depuis l’arrivée des conservateurs, le Québec commence à peine à reprendre sa respiration, au niveau économique.  La situation actuelle a besoin d’un coup de barre vers la droite, afin de revenir sur la bonne voie.  Et ce n’est définitivement pas Richard Desjardins qui va le donner.

Alors, si le chanteur de l’Abitibi veut barrer le chemin à Harper, lundi soir à 17 heures, au Forestel, à Val-d’Or, il ne doit pas compter sur moi.  Pas parce que je refuse de faire les 6 heures et 4 minutes, et les 525 kilomètres, qui séparent ma résidence du lieu dit, selon Google Maps; j’habiterais en-face que je n’irais pas plus.

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22 réflexions sur “Lettre ouverte de Richard Desjardins: Bof…

  1. Dire qu’il avait aussi été en France, au début des années 1990. S’il avait continué de persévérer pour une carrière internationale. Sa tournure aurait probablement été différente. Malgré les récents documentaires qu’il a tournés comme « L’erreur boréale », j’ai encore souvent l’impression qu’il est un « one-hit wonder » avec sa chanson « Tu m’aimes-tu? »

    Et juste pour tourner le fer dans la plaie autant voir des artistes anglophones (quoique il y a bon nombres qui détestent eux aussi les coupures d’Harper mais qui ne sont pas aussi agaçants que nos « tartisses »), il y en a quelques-uns qui feront un spectacle à Québec http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/200809/19/01-671431-rentree-spectacles-anglophones-un-monde-de-possibilites.php

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  2. « la majorité silencieuse »

    pour des silencieux, vous êtes pas mal bruyant! 😉

    « Peut-être que si c’était ses propres parents, qui étaient lâchement assassinés par ledit kid de quatorze ans, il voudrait peut-être le voir en prison à vie, lui aussi. »

    Peut-être, mais réagir comme ça c’est être à la remorque de sa vie et ne pas s’en rendre compte. Pourtant, il y a des gens qui sont capables de faire la part des choses et de regarder la situation globalement. Ça passe souvent par le pardon, encore trop lié à la religion…, mais il y a moyen de contextualiser n’importe quoi : quel est le pourcentage de personnes qui naissent foncièrement mauvaises à ton avis, et que même un environnement social et économique sain ne pourrait influencer dans le bon sens?

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  3. …moi, bruyant??? 😉

    En fait, mon cher Renart, les deux côtés de la médaille sont vrais; autant le fait de s’accrocher à voir le coupable « en-dedans jusqu’à la fin de ses jours » s’apparente fort bien à votre réflexion (fort intéressante, en passant), autant celui de savoir que l’on pourra éviter le pénitencier, en passant par le « système » de la réinsertion, poussera peut-être le kid de 14 ans à passer aux actes. Aucune des deux options n’est garantie de succès, ni infaillible. Mais par quelle façon pourrait-on amener le kid, qu’il ait 14, ou 45 ans, à prendre conscience qu’il est responsable de ses propres actes, et qu’il devra en payer le prix, le cas échéant, et ce avant qu’il les commette? Parce qu’après, il est toujours trop tard.

    J’ose croire que personne ne naît foncièrement mauvais; c’est principalement l’environnement dans lequel l’enfant se trouve, à partir de sa naissance, qui en fera plus tard un kid qui tuera ses parents à 14 ans, un peureux, qui n’osera rien essayer de sa vie, ou encore un fonçeur, qui fera avancer l’humanité par ses actions. Quant à l’environnement social et économique, vous savez comme moi que ce qui est sain, pour les uns, sera décrié par d’autres, et que ce que certains individus qualifient de « bon sens » n’en fait aucun pour certains autres.

    Dans cette optique, peut-on exiger de tout le monde d’avoir « le pardon facile »? On a beau pardonner des actes commis, des sévices passés (je le sais pour avoir moi-même pardonné), mais il reste toujours « un petit quelque chose », appelons cela une cicatrice qui ne disparaît jamais totalement, ou des séquelles qui demeurent présentes, et qui laissent, pour toujours, le souvenir d’un douloureux passé. D’un autre côté, des individus qui ont payé le juste prix, pour des actes commis dans le passé, se voient souvent refuser des choses simples, comme un petit logement, ou un emploi peu rémunéré. Devraient-ils « retomber dans le crime », parce que la société ne leur a pas ouvert ses portes, ou bien passer le reste de leur vie « au crochet » du gouvernement? Je crois que si le gouvernement se doit d’avoir quelques incitatifs, afin d’aider les plus « mal pris » d’entre-nous, la responsabilité personnelle de l’individu face à sa situation demeure une valeur à prioriser, dans notre société.

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  4. Les subventions aux artistes sont essentielles et ce,bien plus qu’aux multinationales comme le font les Conservateurs ! La culture doit être accessible à l’ensemble de la population et par ensemble,je veux signifier que le peuple en fait partie.

    Faut t-il réserver le droit de publier des livres,de lancer des albums aux mieux nantis?!
    On a qu’à penser à ce que Harper disait. Permettre de diffuser et financer ce qui est moralement acceptable. Sur quelle base doit-on se fier ? C’est la liberté d’expression qui est en jeu avec Stephen Harper et Josée Verner.

    Ceux qui commencent pour atteindre leur sommet et qui commencent à être aimer du public comme Céline Dion est rendue comment vont-ils faire sans subventions ?

    Je critiquait Michel Rivard,Benoit Brière et Stéphane Rousseau l’autre jour mais j’ai changé d’avis et je trouvent qu’ils ont raison de critiquer les coupures dans la culture ce que les Conservateurs ont l’intention de faire.

    Ces types là,ils ont aussi du talent que nous les aimons ou pas.

    Le Gouvernement Harper au lieu de couper dans la culture qu’ils commencent donc à couper dans les subventions aux pétrovoleuses et leur imposer un prix fixe et nationaliser le pétrole et engager un vérificateur qui veillera au grain pour voir si les prix sont respectées et si ils ne le sont pas et qu’elles continuent de hausser les prix de l’essence pareils comme elles font actuellement sans excuses valables,elles seront sanctionnées.

    Et aussi couper dans l’appareil gouvernementale comme les taxes inutiles comme la taxe de Bienvenue et autres stupidités de la sorte.

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  5. Et pour punir les pétrovoleuses,le gouvernement doit transférer leur subventions qui devait être supposer appartenir à elles,ces subventions doivent être transférer aux artistes à la culture,aux Forces Armées Canadiennes et à nous les consommateurs.

    Richard Desjardins à raison de barré la route aux Conservateurs en Abitibi. J’espère que ça va leurs servir de leçon. Les citoyens de L’Abitibi ne veulent pas voir les Conservateurs chez eux et ils ont raison.

    Il y a quelqu’un que je discute avec lui sur Yahoo. Il veux boycotter les élections et il a raison.

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  6. Il ne faut pas oublier une chose, Sylvain. Les coupures furent de 45 millions$, sur un budget global de 2 ou 3 milliards$, environ. Ces coupures ne représentent qu’une pelletée de sable dans le désert. Il faut aussi comprendre que les arts sont comme n’importe quelle entreprise, à savoir qu’on peut subventionner un nouvel artiste, afin de l’aider à prendre son envol, mais si la subvention devient récurrente, il y a un problème.

    Remarques bien que je ne suis pas d’accord avec les subventions aux pétrolières pour autant. Sauf que dans certains domaines, les compagnies sont un peu comme les joueurs de la LNH; ils vont au pays le plus offrant. Par contre, je suis tout à fait contre la nationalisation du pétrole. Je te donne en exemple le Venezuela, où le président, Hugo Chavez, a nationalisé l’industrie pétrolière. La plupart des compagnies pétrolières avaient investi beaucoup, là-bas, puis le gouvernement a décidé, du jour au lendemain, de prendre 51% des parts de tous les projets, au pays. La seule compagnie à s’opposer fut ExxonMobil, la plus importante, qui a dit non. Le gouvernement de Chavez a expulsé la multinationale américaine du pays, mais celle-ci a riposté devant des tribunaux internationaux, et a fait geler environ 12 milliards$ d’actifs vénézuéliens, à travers le monde.

    Ça, c’est du côté de l’industrie. Du côté de la population, le gouvernement Chavez a imposé un gel des prix des produits, dans le but d’enrayer une inflation particulièrement galopante. Aussi, si l’essence coûte trois fois rien, au Venezuela, les produits de base (lait, oeufs, médicaments, etc.) sont très rares, et se trafiquent au marché noir! Est-ce beaucoup mieux? Cela prouve que l’intervention gouvernementale peut être mortelle pour une économie, même en santé.

    Le truc, c’est que dans toute société organisée, il existe une loi qui, sans être adoptée par aucun pays, est toute aussi inévitable que la loi de la gravité. Il s’agit de la loi de l’offre et de la demande. Or, dans le domaine des produits pétroliers, la demande est excessivement forte, et l’offre peine à y répondre. Toutes les raffineries tournent à pleine capacité, et les projets de nouvelles raffineries sont automatiquement bloqués par les environnementalistes. Un jour ou l’autre, ça va péter, si je puis dire. Et c’est ce qui est en train de se produire; le pétrole a beau être stable, sous les 110$ le baril, depuis quelques semaines, l’essence demeure chère. Ce sont les raffineurs, cette fois, qui maintiennent les prix élevés, parce qu’ils peinent à construire de nouvelles raffineries, et à rénover leurs installations actuelles. Les guerres judiciaires, avec les activistes, coûtent cher, elles aussi. Et que se passe-t-il, quand la très grande majorité des joueurs d’une industrie doivent contrer des frais grandissants? Ils refilent la facture aux consommateurs.

    Évidemment, les raffineurs ne sont pas à l’abri de la tentation de la prise de profits rapide. Sauf que si les prix se maintiennent élevés trop longtemps, les gens vont chercher d’autres alternatives, afin d’économiser. Et s’il y a moins de demande, les raffineurs vont se retrouver avec des surplus à écouler, donc les prix vont baisser. Les prises de profit rapides sont souvent nocives, pour une économie. À preuve, plein de banques américaines ont offert des hypothèques à des gens, disons, pas très solvables. Avec le ralentissement économique, chez nos voisins du Sud, ces gens n’avaient plus les moyens de payer leurs hypothèques, ce qui a inondé le marché de « reprises de finance », le tout entraînant la valeur des maisons à la baisse. Et maintenant, l’économie américaine est dans un sérieux merdier.

    Mais il n’en demeure pas moins que si l’entreprise privée peut très bien se casser la gueule toute seule, comme on le voit présentement aux USA, les subventions aveugles ne sont pas une solution valable. Au début, oui, pour aider à démarrer une entreprise, ou une carrière artistique, au moment où les banques n’oseront pas se mouiller, mais par la suite, il faut se prendre en mains, et devenir autonome. D’un autre côté, les plus grands artistes de tous les temps furent pauvres comme Job toute leur vie, leur oeuvre ne prenant de la valeur qu’après leur mort. Il faut comprendre, finalement, que ce n’est pas l’argent qui permet de créer, mais l’imagination de l’artiste. Et ça, ça n’a pas de prix.

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  7. « la responsabilité personnelle de l’individu face à sa situation demeure une valeur à prioriser, dans notre société. »

    Je suis d’accord, mais pas au point de laisser tomber ceux qui n’en sont tout simplement pas capables…

    Je pense aux gens qui sont sur le BS parce qu’ils ne sont pas capables de fonctionner sur le marché du travail et qui se font pointer du doigt comme étant seulement des paresseux. (Je suis certain que les réels paresseux et les fraudeurs sont seulement une infime minorité.) Pourtant, il y en a d’autres qui sont « officiellement » inaptes au travail pour des causes physiques ou mentales et tout le monde lève le pouce… La différence entre les deux? La perception que la société en a.

    Aussi, quand je pense à l’importance du déterminisme, du contexte, de l’environnement dans lequel chaque individu évolue, la notion du libre arbitre (notion héritée de la religion) me semble noyée dans un fouillis inextricable. Alors, vouloir juger un jeune de 14 ans de la même manière qu’un adulte en regard de son libre arbitre (en grand déficit) me semble seulement une manière de contenter le désir de vengeance des victimes directes et indirectes.

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  8. Pingback: Noyer les jeunes délinquants « Renart L’éveillé / Carnet résistant

  9. @ Stéphane Dumas:

    Savais-tu que Michel Rivard, lors du spectacle de mardi dernier, intitulé « Les coupures, ça tue la culture », a déclaré que dans toute la fameuse vidéo, dont la version « longue », qui dure 9 minutes, a aussi été présentée, lors du spectacle, la seule chose qui a été payée, c’est la pizza! Donc, tout le reste a été soit bénévole, soit commandité. Si tel est le cas, pourquoi ils en ont tant contre les coupures, surtout que lors des deux années précédentes, les budgets aux arts et à la culture avaient été augmentés? Un autre truc que les « artisses » oublient de mentionner.

    Autre point, si les organisateurs de ce spectacle voulaient se porter à la défense des artistes qui gagnent peu, et qui ont un criant besoin des subventions coupées, pourquoi ne leur ont-ils pas laissé la scène, afin qu’ils puissent se produire, et se faire connaître. On a préféré laisser les grands noms, ceux qui n’ont plus besoin de subsides gouvernementaux depuis belle lurette, à l’avant-scène. À moins que les journalistes aient mal rapporté l’événement, cela laisse croire que les artistes plus fortunés ont profité des coupures pour faire la promotion de leur propre matériel, ce qui est beaucoup plus odieux, à mes yeux, que ne le seront jamais les coupures elles-mêmes.

    @ Renart L’éveillé:

    Tu donnes un excellent exemple, justement; si le gars, sur le BS, n’est pas capable de fonctionner sur le marché du travail, c’est la faute à qui, au juste? Je veux bien croire que les « Bougon » ne sont qu’une minorité (pas si infime que cela, mais bon, c’est un autre débat), mais il y a quand même une différence entre une personne vraiment inapte au travail, et une personne qui rejette toujours la faute sur les autres (le gouvernement a pas de bons programmes, le timing est pas bon, etc), au lieu d’agir pour s’en sortir. Je dis cela parce que j’ai vu des deux genres; des gens bien en santé qui ont passé des années (presque toute leur vie) sur le BS, comme des aveugles qui sont actifs sur le marché du travail.

    La notion de libre arbitre, à mes yeux, ne doit pas être rejetée simplement parce qu’elle a des liens avec la religion. Comme le pardon, d’ailleurs. Le libre arbitre est une composante essentielle de la liberté; comment peut-on prétendre à la liberté si l’on est incapable, en tant qu’individu, de distinguer ce qui est correct de ce qui ne l’est pas? Et sur ce point, dès l’âge de 14 ans, et souvent même bien avant, un individu est capable de fonctionner en société, compte tenu de son âge, et de son expérience de la vie. Encore faut-il que ses parents aient pris eux-mêmes leurs responsabilités dans l’éducation de leur enfant.

    Par contre, il faut bien comprendre que l’engagement du premier ministre Harper s’appliquerait seulement lors de la commission de crimes odieux. On ne parle pas d’un kid qui fait des graffitis sur un mur de garage. On parle de meurtre, on parle de viol, genre. À 14 ans, un individu est supposé être tout à fait capable de comprendre qu’on ne tue pas son prochain, et qu’on ne viole pas une fille qui dit « non ». Il y a une limite à étirer l’innocence de l’enfance. Si le gars de 45 ans mérite une sentence à vie, pour ce genre de crime, c’est la même chose pour le kid de 14 ans, à mes yeux.

    Il faut surtout comprendre qu’il ne s’agira pas d’un automatisme, et que l’on fonctionnera au cas-par-cas. Par exemple, le fait de rendre un individu coupable d’avoir causé la mort, lors de la conduite d’un véhicule, en état d’ébriété, passible de 14 ans de pénitencier ne signifie pas que tous les coupables obtiennent 14 ans. Même que très peu ont obtenu cette sentence. Je ne vois pas de raison pur que les mêmes conditions s’appliquent aux jeunes de 14 ans.

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  10. « si le gars, sur le BS, n’est pas capable de fonctionner sur le marché du travail, c’est la faute à qui, au juste? »

    Un des problèmes, c’est justement la recherche de coupable, qui repose absolument sur le libre arbitre. Pour être sérieux et écrire cette question (avec bien sûr la réponse — c’est sa propre faute! —, qui point entre les lignes), il faut croire que la génétique, l’environnement social et familial, les aléas de la vie ne viennent pas influencer un individu au point où certains sont objectivement incapables de fonctionner. Alors, qu’est-ce qu’il reste à faire? Les jeter tous à la rue pour qu’ils apprennent « sur le tas », sans filets, leur donner de l’argent seulement pour qu’ils se morfondent (comme en ce moment), ou investir dans des ressources humaines et de l’éducation pour les aider?

    « La notion de libre arbitre, à mes yeux, ne doit pas être rejetée simplement parce qu’elle a des liens avec la religion. Comme le pardon, d’ailleurs. Le libre arbitre est une composante essentielle de la liberté; comment peut-on prétendre à la liberté si l’on est incapable, en tant qu’individu, de distinguer ce qui est correct de ce qui ne l’est pas? »

    Le libre arbitre fait fi de la complexité. Je sais que j’ai tendance à faire de bons choix et je sais aussi que certaines personnes dans mon entourage n’ont pas cette tendance et qu’ils manquent d’outils et de talents dans ce domaine… Pour être exact, le libre arbitre devrait se baser par exemple sur deux individus, deux clones vierges, sans passé, pour pouvoir se vérifier. En fait, cette notion aurait dû disparaître avec l’avènement des sciences de la psyché, qui ont fait ressortir justement cette complexité humaine, que la religion ramenait au simple rapport entre l’homme et Dieu : le bien et le mal, sans zone de gris.

    Mais ce que je te raconte est une vision, beaucoup inspiré de Michel Onfray, le penseur de l’athéologie, qui réclame une révision de la Justice, justement, héritage judéo-chrétien. Il pense que d’être athée c’est voir et vouloir se débarrasser de nos réflexes hérités de ce passé (et ce présent) religieux.

    Une bonne lecture à faire en passant :

    Traité d’athéologie de Michel Onfray (Grasset)

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  11. « Un des problèmes, c’est justement la recherche de coupable, qui repose absolument sur le libre arbitre. Pour être sérieux et écrire cette question (avec bien sûr la réponse — c’est sa propre faute! —, qui point entre les lignes), il faut croire que la génétique, l’environnement social et familial, les aléas de la vie ne viennent pas influencer un individu au point où certains sont objectivement incapables de fonctionner. Alors, qu’est-ce qu’il reste à faire? Les jeter tous à la rue pour qu’ils apprennent « sur le tas », sans filets, leur donner de l’argent seulement pour qu’ils se morfondent (comme en ce moment), ou investir dans des ressources humaines et de l’éducation pour les aider? »

    Mon cher Renart, la réponse ne nous appartient malheureusement pas. Elle n’appartient qu’à ce type lui-même.

    Je n’ai pas lu cet ouvrage de Onfray, qui doit sûrement être très bien. Je me fie plutôt sur les 45 ans de mon propre vécu. Bon, je sais, je n’ai pas la science infuse, moi non plus, et mes réponses ne doivent pas être considérées comme étant l’absolue vérité. Par contre, la vie m’a appris bien des choses, à travers les épreuves qu’elle a soigneusement placées sur mon chemin, et sur lesquelles j’ai souvent trébuché, mea culpa. Parmi ces choses, certaines sont ressorties de façon très évidentes, dont une, qui répond très bien à ta question, et c’est la suivante:

    « Qui que nous soyons, il nous est impossible d’aider celui qui n’a pas besoin d’aide. »

    Nous pourrions avoir les meilleurs plans pour sortir les assistés sociaux de la misère, si le gars sur le BS ne se voit pas dans la misère, nous aurons travaillé pour rien. Pourquoi de nouvelles demandes sont adressées aux différents paliers de gouvernements, année après année, pour sortir les itinérants de la rue, alors que le nombre d’itinérants augmente sans cesse? Serait-ce parce que l’on persiste à faire ce qui ne fonctionne pas? Au lieu de te référer à un livre, je vais plutôt te suggérer la première des 12 étapes des Alcooliques Anonymes, qui dit quelque chose comme:

    « J’admets que je suis impuissant devant l’alcoolisme, et que j’ai perdu la maîtrise de ma vie. »

    Enlève le mot « alcoolisme », et remplace-le par celui qui représente le problème de notre gars, que ce soit « itinérance », ou bien « analphabétisme », ou encore… ce que tu voudras. Ce que je veux te montrer, c’est que trop souvent, notre gars sur le BS se voit comme étant celui qui a raison, à travers tout le monde, et ce même s’il est dans la dèche jusqu’aux épaules. Si on veut l’aider, il doit d’abord se rendre compte, et admettre, qu’il est dans la merde, et qu’il a besoin d’aide. À partir de ce moment-là, et de ce moment-là seulement, il acceptera d’embarquer dans un programme qui l’amènera à apprendre à lire et à écrire, puis éventuellement, à apprendre un métier, afin de sortir de sa situation. Tant et aussi longtemps que notre type n’aura pas fait cette admission, qui en elle-même, demande beaucoup plus de courage qu’il n’y paraît, rien ne sera possible, malheureusement. Tous les programmes ne seront que des tentatives du gouvernement de se mêler de sa vie, à ses yeux, et seront perçues avec méfiance.

    « Le libre arbitre fait fi de la complexité. Je sais que j’ai tendance à faire de bons choix et je sais aussi que certaines personnes dans mon entourage n’ont pas cette tendance et qu’ils manquent d’outils et de talents dans ce domaine… Pour être exact, le libre arbitre devrait se baser par exemple sur deux individus, deux clones vierges, sans passé, pour pouvoir se vérifier. En fait, cette notion aurait dû disparaître avec l’avènement des sciences de la psyché, qui ont fait ressortir justement cette complexité humaine, que la religion ramenait au simple rapport entre l’homme et Dieu : le bien et le mal, sans zone de gris. »

    Ta tendance à faire de bons choix, tu l’appelles comment, si ce n’est pas le libre arbitre?

    Éloignes la notion du Bien et du Mal, avec un B et un M majuscules, que nous imposait jadis la religion catholique-romaine, et regardes ta propre tendance. Pour ta personne, je la définirais comme étant le libre arbitre, car tu choisis ce qui est correct pour toi. Le même choix, fait par quelqu’un d’autre, pourrait donner des résultats beaucoup plus malheureux. Pourquoi? Parce que contrairement à ce qu’enseignait la religion, le libre arbitre, c’est personnel. Tu sais ce qui est bon pour toi, et tu fais tes choix en conséquence. Si tu te bourres, tu apprends, et tu t’arrange pour que cela ne se reproduise plus. Et si tes choix personnels risquent de déranger ton entourage, tu choisis probablement de leur en glisser un mot, de façon à les prévenir, afin qu’ils ne tombent pas des nues, et puissent, à leur tour, faire des choix individuels. Le libre arbitre, c’est cela, ni plus ni moins. Il faut admettre, par contre, que ce n’est probablement pas tout le monde qui maîtrise son libre arbitre comme toi, tu le fais, et qui se retrouve, malheureusement, dans des situations problématiques plus souvent qu’à leur tour.

    Dans l’exemple que je donnais, devant une fille qui te dit non, tu choisiras de ne pas la violer, comme moi, d’ailleurs. Devant un type qui te fait péter les plombs, tu choisiras de ne pas le tuer, tout comme moi. Sur ce point, un gars de 14 ans devrait faire le même choix. Cela n’a rien de judéo-chrétien. La religion ramenait la complexité humaine au simple rapport entre l’homme et Dieu, c’est vrai. Mais sans nier les sciences de la psyché, pourrait-on, dans un premier temps, regarder un simple rapport entre l’homme et ses semblables, question de conserver une base, sur laquelle tout le monde pourrait s’entendre? Déjà que certaines personnes, qui n’ont pas la tendance que tu as, et qui manquent d’outils et de talents dans ce domaine, ont peine à suivre ce qui se passe dans le monde, à commencer par ce qui se passe dans leur entourage, il ne faudrait probablement pas leur demander d’assimiler les sciences de la psyché. Qu’en penses-tu? Après tout, le Québec compte environ 25% d’analphabètes.

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  12. « Ta tendance à faire de bons choix, tu l’appelles comment, si ce n’est pas le libre arbitre? »

    Dans mon idée, le terme « tendance » est contradictoire à « libre arbitre ». J’ai tendance à faire de bon choix alors que quelqu’un d’autre non, donc ma liberté est amoindrie et celle de l’autre aussi puisque la tendance est a priori du choix. C’est pour ça que je parlais d’être « vierge ».

    Si mon bagage génétique (entre autres) fait en sorte que j’ai plus de chance d’être un bon gars, comment peut-on juger aussi clairement (à partir de la notion de libre arbitre) quelqu’un qui a un bagage moins reluisant? Si on accumule tous les paramètres qui entrent en ligne de compte pour une vie humaine, ça commence à faire beaucoup de malchances pour certains…

    Dans le fond, j’aimerais bien comme toi « dans un premier temps, regarder un simple rapport entre l’homme et ses semblables, question de conserver une base, sur laquelle tout le monde pourrait s’entendre ». Mais je crois que cela devrait passer bien plus par la conscience que « tout est relatif », pour paraphraser Einstein (grand influenceur de Freud) qui parlait bien sûr du « relationnel », au lieu de vouloir frapper à ce point après-coups sur les fautifs.

    Je crois qu’un jeune de 14 ans qui a tué se pense en accord avec lui-même et la conjoncture qui l’a mené là, sinon il ne s’y serait pas rendu. Encore là, le libre arbitre me semble dur à plaquer là-dessus, puisque pour lui le mal est une nécessité qui lui a fait du bien (à sa mesure). On voit bien qu’il y a un problème éthique à se placer en juge, car la société (toute personne extérieure à lui) a dû faillir pour qu’il en arrive là. Un bel amalgame juge et bourreau.

    Merci, c’est une bonne discussion.

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  13. D’abord, merci d’entretenir cette discussion. J’y apprends beaucoup; je présume que ta* formation est sûrement universitaire, alors que je n’ai qu’un secondaire 5 professionnel, avec les matières académiques de base « passées sur les fesses ». Le fait de poursuivre plus avant me fait « travailler les méninges », et j’avoue que ça me fait beaucoup de bien. Ça ajoute à ma culture, si je puis dire.

    « Si mon bagage génétique (entre autres) fait en sorte que j’ai plus de chance d’être un bon gars, comment peut-on juger aussi clairement (à partir de la notion de libre arbitre) quelqu’un qui a un bagage moins reluisant? Si on accumule tous les paramètres qui entrent en ligne de compte pour une vie humaine, ça commence à faire beaucoup de malchances pour certains… »

    Je garde le principe que tout s’apprend, autant les trucs académiques que les autres, comme le savoir-vivre, et l’aptitude à saisir les opportunités, lorsque celles-ci se présentent, et ce du moment où l’on s’en donne la peine. Je prend pour exemple un de mes très bons amis; il est passé de l’itinérance à la vie « normale » par lui-même, juste par des contacts avec des bonnes personnes. Il est maintenant en couple depuis presque 10 ans avec l’une de mes meilleures amies, et a pris la décision de « mettre des diplômes » sur ce qu’il a appris « sur le tas ». Pour ce faire, il est retourné aux études, à l’âge de 35 ans, a complété trois ans en réseautique, au CEGEP Maisonneuve (premier de sa cohorte, avec une bourse, et un job qui l’attend après sa sortie de l’université), et est maintenant à l’UQÀM, afin de devenir prof en informatique. Sa recette; il a su saisir les opportunités, au moment où elles se sont présentées à lui. Cet ami a eu son lot de malchances, comme moi aussi, d’ailleurs. J’ose croire que nous avons tous notre lot de malchances, et c’est notre façon de s’en sortir qui fait de chacun de nous ce que nous sommes.

    « Je crois qu’un jeune de 14 ans qui a tué se pense en accord avec lui-même et la conjoncture qui l’a mené là, sinon il ne s’y serait pas rendu. Encore là, le libre arbitre me semble dur à plaquer là-dessus, puisque pour lui le mal est une nécessité qui lui a fait du bien (à sa mesure). On voit bien qu’il y a un problème éthique à se placer en juge, car la société (toute personne extérieure à lui) a dû faillir pour qu’il en arrive là. Un bel amalgame juge et bourreau. »

    Le procès que subira ce jeune de 14 ans, du moment, bien sûr, que celui-ci soit juste et équitable, permettra d’éclaircir non seulement les détails de la commission du geste, mais également la conjoncture qui l’aura poussé à la commettre. S’il est amené devant le juge que le jeune a subi des sévices, et que ceux-ci l’ont, par la suite, amené à agir de la sorte, il recevra toute l’aide dont il aura besoin, et le jugement tiendra compte de tout cela.

    Quand tu dis que le jeune se pense en accord avec lui-même, tu me ramène à une lecture passée, celle d’un livre de Dale Carnegie, ouvrage toujours d’actualité, même s’il a été écrit en 1936, et qui porte, dans sa version française, le titre péjoratif de « Comment se faire des amis ». Dans le premier chapitre, il parle de la capture, survenue à New York, le 7 mai 1931, de l’un des pires criminels des USA, à l’époque. Quelques temps auparavant, « Two-Gun » Crowley avait tué un policier, près de Long Island, en le criblant de balles, alors que celui-ci ne lui avait que demandé ses papiers. Lors de son exécution, avant d’être installé sur la chaise électrique, qu’a-t-il déclaré? Il a dit: « Voilà ma punition pour avoir voulu me défendre ». Lui aussi, se croyait tout à fait en accord avec lui-même.

    Comment aurait-il fallu le juger, selon toi?

    * J’ai remarqué que je te tutoie, depuis quelques temps. Premièrement, si tu préfère le « vous », il n’y a qu’à me le faire savoir. Ensuite, tu peux me tutoyer aussi. 😉

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  14. Ah! Pas de problèmes pour le tutoiement, habituellement, je suis ce que les autres veulent…

    Pour ce qui est de ma formation, elle est bien universitaire, mais en art, donc ça compte pas trop… même si oui, il y a une bonne partie du cheminement qui se trouve du côté plus intellectuel. Étudier en art c’est pas juste « pitcher » de la peinture sur une toile, et tu n’en doutes pas, je suis certain! Enfin, j’espère…

    Pour dire vrai, je me suis remis sérieusement à la réflexion depuis que je blogue, et en lisant sur la philosophie, en général. Et ce que je lis sur les blogues et, plus largement, le web, me nourrit beaucoup. Cette possibilité d’échange m’enchante et rejoint le pourquoi je m’intéresse à la création depuis tout petit. C’est simplement mon point de vue, et celui des autres m’intéresse, bien sûr quand il est respectueux. En passant, j’admire ton attitude.

    Pour ce qui est de la Justice, je crois à la base que c’est un système désuet (dans l’optique de tout ce que je t’expliquais plus haut) et qu’il faut le nourrir le moins possible, jusqu’à ce qu’il disparaisse de lui-même. Stephen Harper veut le nourrir au lieu de nourrir le dynamisme des gens qui travaillent sur le terrain, au lieu d’investir dans la créativité des gens qui, avec plus de moyens, pourraient encore mieux influencer ces jeunes. Je préfère savoir cette influence accrue plutôt que de savoir que les jeunes délinquants peuvent avoir des peines d’adultes. C’est abstrait tout ça, dans la réalité, le nuage noir qui suit ces jeunes ne sera pas plus sombre au jour le jour pour eux… Tandis que sur le terrain, il y a des gens qui font une différence, et surtout, des mesures pour contrer la pauvreté serait bien plus utile.

    « Le procès que subira ce jeune de 14 ans, du moment, bien sûr, que celui-ci soit juste et équitable, permettra d’éclaircir non seulement les détails de la commission du geste, mais également la conjoncture qui l’aura poussé à la commettre. S’il est amené devant le juge que le jeune a subi des sévices, et que ceux-ci l’ont, par la suite, amené à agir de la sorte, il recevra toute l’aide dont il aura besoin, et le jugement tiendra compte de tout cela. »

    Tu as tout à fait raison, mais mon propos va au-delà de ça. Tu le dis toi-même que le système de justice est capable de contextualiser et de réagir en conséquence, alors qu’est-ce que la promesse de Harper donnera de plus? Satisfaire une partie de son électorat qui croit que la vie est calquée sur le rapport entre Dieu et l’homme, et que la peur du (Jugement dernier) n’est pas assez mise de l’avant. Il n’est aucunement question des jeunes délinquants là-dedans! Il n’en a rien à foutre de ces jeunes, ses enfants et ceux de ses honnêtes partisans ne sont pas dans un milieu bien bien à risque de toute façon…

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  15. Merci pour les bons mots, Renart. J’avoue que depuis environ cinq ans, je travaille plus particulièrement sur mon attitude, et cela m’ouvre de nombreuses portes.

    « Pour ce qui est de la Justice, je crois à la base que c’est un système désuet (dans l’optique de tout ce que je t’expliquais plus haut) et qu’il faut le nourrir le moins possible, jusqu’à ce qu’il disparaisse de lui-même. Stephen Harper veut le nourrir au lieu de nourrir le dynamisme des gens qui travaillent sur le terrain, au lieu d’investir dans la créativité des gens qui, avec plus de moyens, pourraient encore mieux influencer ces jeunes. Je préfère savoir cette influence accrue plutôt que de savoir que les jeunes délinquants peuvent avoir des peines d’adultes. C’est abstrait tout ça, dans la réalité, le nuage noir qui suit ces jeunes ne sera pas plus sombre au jour le jour pour eux… Tandis que sur le terrain, il y a des gens qui font une différence, et surtout, des mesures pour contrer la pauvreté serait bien plus utile. »

    Si le système judiciaire doit disparaître, tu vois quoi, à la place? Je veux dire, les lois et règlements sont parfois complexes, et il y a toujours quelqu’un qui trouve des failles afin de s’en tirer à bon compte. Autant d’un côté, il y en a pour dire que le crime prolifère, et que les coupables s’en tirent avec des « sentences bonbon », pour paraphraser Claude Poirier, autant de l’autre, on voit des gens, comme le chef du SPVM, qui avancent que les chiffres démentent ces dires.

    Or, l’être humain, de nature, aurait-t-il une tendance à défier l’interdit? Pourquoi, dans une entreprise, par exemple, un employé, présentant un fort taux d’absentéisme, devient plus assidu au moment où il est menacé de congédiement? Pourquoi, sur la route, certains ont « le pied pesant », jusqu’au moment où ils doivent composer avec plusieurs contraventions? Si l’on remplace le système de justice, il faudra tout de même conserver une certaine « menace », afin d’éviter l’anarchie totale. Du moins, il me semble.

    La promesse de Harper, dans ce sens, vient justement mettre une « menace » de plus, qui va peut-être (parce que cela n’empêchera sûrement pas tous les crimes odieux) empêcher un jeune de commettre l’irréparable. Parce que quel que soit le contexte, il y a toujours (enfin, j’ose croire) une période, plus ou moins longue, entre ce que j’appellerais « le constat de trop-plein », soit le moment où le jeune se dit que là, il n’en peut plus, qu’il doit faire quelque chose, et la commission du crime en tant que tel. Pendant cette période, il y a un genre de débat d’idées, une recherche du pour et du contre, et le fait de se retrouver « en-dedans » pour la vie serait un « contre » de plus, dans ce débat. C’est ma vision de la chose, à tout le moins.

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  16. « Si le système judiciaire doit disparaître, tu vois quoi, à la place? »

    Je ne crois pas que le système judiciaire devrait disparaître du jour au lendemain. Par contre, on devrait tendre de plus en plus vers des moyens autres que la Justice pour régler les litiges dans la société. Et surtout, tenter de régler les problèmes en amont plutôt qu’en aval…

    Je conviens que ce serait un gros projet de société. Mais il faudrait s’y mettre un jour, évoluer, se débarrasser de nos manières archaïques de faire.

    « Or, l’être humain, de nature, aurait-t-il une tendance à défier l’interdit? »

    Ça, je n’en suis pas du tout certain. Dans la vie d’un humain, ça dure souvent seulement une période et ça se tasse. Pour d’autres, c’est un mode de vie, et c’est sans conteste lié à la survivance et aux (mauvaises) habitudes, sans oublier de dire que c’est hautement circonstanciel. Il est tout à fait plausible de penser qu’un bandit aurait pu être un honnête citoyen. Pourquoi accuser seulement l’individu quand le déroulement d’une vie fait coïncider tellement d’aléas événementiels et surtout, un bagage génétique?

    « Pourquoi, dans une entreprise, par exemple, un employé, présentant un fort taux d’absentéisme, devient plus assidu au moment où il est menacé de congédiement? Pourquoi, sur la route, certains ont “le pied pesant”, jusqu’au moment où ils doivent composer avec plusieurs contraventions? Si l’on remplace le système de justice, il faudra tout de même conserver une certaine “menace”, afin d’éviter l’anarchie totale. Du moins, il me semble. »

    Pour ma part, je m’abstiendrais de mettre sur le même pied d’égalité la menace qui concerne le travail ainsi que les règles de conduite et la menace judiciaire, comme tu le fais dans ton paragraphe suivant. Il y a à mon avis une grande différence entre un individu fonctionnel qui a besoin de quelques petites menaces pour se remettre « sur la track » et un jeune assez déséquilibré pour commettre un meurtre. Je ne vois pas ce dernier capable de faire des calculs sur les répercussions possibles d’un tel geste. On ne parle justement pas d’arriver en retard au travail et d’avoir le pied pesant… Et encore, je doute fort qu’un jeune à problème suive en ce moment la campagne électorale. Il n’y a rien là-dedans pour changer les choses, c’est juste pour plaire à l’électorat en mal de sécurité.

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  17. « Pourquoi accuser seulement l’individu quand le déroulement d’une vie fait coïncider tellement d’aléas événementiels et surtout, un bagage génétique? »

    Tu crois que la génétique a quelque chose à voir, dans le fait qu’un individu se retrouve au banc des accusés? J’aimerais que tu élabores, là-dessus, s’il te plait.

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  18. Je dis simplement que la génétique fait parti du bagage d’un individu. Pour avoir vécu une bonne partie de ma vie avec un gars qui allait faire beaucoup de prison, connaissant son bagage génétique maternel, laisse-moi te dire que ça joue, au-delà de l’éducation et de la capacité de choisir.

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  19. Je crois que je ne saisis pas bien (mon secondaire 5 en électricité me limite, je crois!), quand tu parles du « bagage génétique maternel » de ton pote.

    À mes yeux, le bagage génétique, c’est ce qui rend une personne plus sujette à contracter des maladies héréditaires, comme les maladies cardiaques, le diabète, etc. J’ai plutôt tendance à mettre les troubles de comportement d’un individu, hérités de comportements semblables de l’un ou l’autre de ses parents, comme faisant partie d’un bagage plutôt circonstanciel, ce que j’appelle communément le « background » de l’individu. Par exemple, si la mère de ton pote avait peu, ou pas du tout de sens moral, était prête à voler son voisin pour se procurer de la drogue, ou à donner son corps pour du fric, et que lui, ce faisant, a toujours été en contact avec ce genre de comportement, provenant de sa mère, c’est davantage une question de « background » que de gênes, selon moi, non?

    Ou alors est-ce que je me bourre?

    À moins qu’il s’agisse de maladie mentale, comme la maniaco-dépression (bipolarité), par exemple, qui ne serait pas contrôlée adéquatement?

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  20. Je crois que la génétique influence énormément les comportements et la personnalité. Je le constate avec mon propre caractère qui provient en grande partie de mes parents, beaucoup plus un que l’autre. Mais je sais aussi qu’il y a beaucoup qui provient des grands parents.

    J’écris, j’écris, mais tout cela n’est que de la présomption… Je vérifie. Bon, si tu tapes « génétique et comportement » dans Google, tu vas voir qu’il existe la génétique du comportement, discipline dont trois chercheurs ont obtenu le Prix Nobel en 2007.

    Par exemple, ma nièce de 13 ans est pratiquement une copie carbone de moi-même à cet âge (j’exagère à peine…). Nous sommes les deux seules personnes dans la famille (agrandie) à avoir un côté artistique très fort. Ce que nous avons génétiquement en commun, pour elle c’est ses grands-parents, qui sont mes parents.

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  21. Mon cher Renart, je te remercie pour ces précisions. J’apprends beaucoup, à discuter avec toi.

    J’aimerais, si tu veux, que tu me donnes ton point de vue sur un truc, qui m’est souvent passé par la tête. J’y vois un certain lien avec cette discussion, puisque le point de départ de celle-ci portait sur l’éventualité de soumettre les jeunes de 14 ans à des peines pour adultes. À plusieurs reprises, lors de nouvelles, traitant de la surpopulation carcérale, de libérations conditionnelles dont le succès n’est pas toujours reluisant, etc., il me venait à l’idée de ramener la peine de mort, mais uniquement comme une option, au choix du condamné. Par exemple, le type qui, suite à des problèmes conjugaux qui s’éternisent, tue sa femme et ses enfants, mais rate sa tentative de suicide. Peut-être préférerait-il davantage mourir, que de passer les 25 prochaines années, au minimum, derrière les barreaux?

    Sachant à l’avance qu’une telle offre serait probablement très mal reçue par la société en général (alors que certains préférerait peut-être rendre cette option « obligatoire » dans les cas de pédophilie), j’aimerais avoir ton opinion, là-dessus.

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