Métro de Montréal: Québec n’a pas encore eu sa leçon?

Selon un article de l’agence QMI, et publié sur le site Canoë, la compagnie espagnole Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, que l’on connaît davantage par l’acronyme CAF, songerait à poursuivre le gouvernement du Québec, parce que celui-ci annoncera ce mardi, par la voix de son premier ministre, Jean Charest, qu’il a choisi de confier le contrat des voitures de métro de gré à gré au consortium Bombardier-Alstom.  Évidemment, l’annonce aura lieu à l’usine Bombardier de La Pocatière, sise dans la circonscription du regretté Claude Béchard.

Je ne reprendrai pas tous les arguments énumérés dans l’article, et me contenterai de passer à l’essentiel.  Par contre, en lisant cet article, je me demande si la mémoire des élus est aussi courte que celle des électeurs.  Il y a quatre ans et demi, on annonçait que la firme Bombardier se verrait confier le contrat de gré à gré avec la Société de transports de Montréal (STM), pour le renouvellement des voitures du métro.  Alstom a poursuivi, devant la Cour supérieure, forçant la STM à aller en appel d’offres, appel qui fut remporté par – coup de théâtre – le seul soumissionnaire, un consortium composé de Bombardier et Alstom.  Toute cette affaire a apporté son lot de retards; à l’origine, le contrat accordé à Bombardier permettait à la STM de compter sur ses premières rames en… 2010!  Or, l’année 2010 est presque derrière nous, que nous nous confondons encore en tergiversations de toutes sortes.

Je comprends Jean Charest de faire une annonce de ce genre; le député – et ministre – de la place, feu Claude Béchard, devra être remplacé dans les six mois de son départ, et une telle annonce permettra aux libéraux de prendre une option sur la circonscription, lors d’un éventuel scrutin partiel.  Aussi, je trouve que le premier ministre a la mémoire bien courte; n’était-ce pas une annonce du même genre qui a provoqué la poursuite d’Alstom, ainsi qu’un appel d’offres, sur lequel la seule offre reçue – celle du consortium – commandait des coûts non plus de 1,2, mais plutôt de 1,8  milliards de dollars, pour le même nombre de voitures?

Je vois venir la situation; suite à l’annonce de demain, CAF va déposer une poursuite, sous prétexte qu’elle est exclue de toute possibilité de déposer une offre, pour éventuellement obtenir le contrat.  Les procureurs de la compagnie n’hésiteront probablement pas à utiliser, en jurisprudence, le jugement obtenu par Alstom, en janvier 2008, pour amener le juge à trancher en leur faveur, ce qui risque fort d’arriver.  Viendra ensuite un nouvel appel d’offres, et je gage un vieux « trente-sous », pour la forme, que le seul soumissionnaire sera… un nouveau consortium, Bombardier-Alstom-CAF!  Et regardez bien la note; elle sera de plusieurs milliards!  Et si Québec vote une loi spéciale?  Pourquoi CAF n’irait-elle pas devant l’organisation mondiale du commerce (OMC)?  Après tout, la STM aurait dû faire un appel d’offres international.

Bref, les usagers du métro de Montréal sont mieux de se faire à l’idée; ils monteront encore longtemps dans les vieilles MR-63, qui n’auront pas moins de 50 ans, lorsque l’on commencera à… accorder les contrats, pour les remplacer.

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Métro de Montréal: L’appel d’offres fait réagir

Le fait que le gouvernement du Québec ait décidé de ne pas contester le jugement de la Cour supérieure du Québec et de finalement aller en appel d’offres pour le renouvellement des wagons du métro de Montréal a provoqué des réactions du côté de l’usine de Bombardier Transport de La Pocatière, là où auraient probablement été fabriqués les nouveaux wagons, n’eut été du jugement en faveur d’Alstom.  C’est ce que rapporte le site ARGENT, ce matin.

Évidemment, le président du syndicat des employés de Bombardier (CSN), là-bas, Mario Lévesque, trouve bien regrettable que le fait de revenir à l’étape de l’appel d’offres retardera tout le processus, et fera en sorte que les quelques 300 membres de son syndicat qui sont sur la liste de rappel, et dont plusieurs ont épuisés leurs prestations de chômage, devront patienter encore avant de pouvoir être rappelés au travail.  De son côté, le directeur général de la Corporation de développement économique (CDE) locale, François Gendron, est d’avis que cette procédure entraînera de « longs délais inutiles », et qu’elle ne représente qu’une source de perte de temps.  Je ferai remarquer à messieurs Lévesque et Gendron que si le gouvernement n’avait pas tenté de contourner ses propres règles en accordant d’abord le contrat de gré à gré à Bombardier, ils n’en seraient pas là – et nous non plus.

Mais la déclaration la plus inquiétante à mes yeux est celle de Geneviève Dion, porte-parole de Bombardier Transport, qui a déclaré au Journal de Montréal « Nous allons répondre (à l’appel d’offres) et mettre tout en branle pour préparer une proposition compétitive avec les dernières technologies ».  Je me demande en fait à quoi rime les derniers mots de sa phrase, « avec les dernières technologies ».  Est-ce à dire que n’eut été de l’appel d’offres, Bombardier nous aurait refilé de la camelote?

Tout cela pour dire que si l’on se targue de gouverner avec transparence, le fait d’accorder un contrat de 1,2G$ de gré à gré à une entreprise, serait-elle québécoise, est une erreur monumentale.  Les contribuables québécois feront encore une fois les frais des maladresses gouvernementales dans ce dossier, cette fois signées par le parti libéral.  Il faut toutefois souligner, à la décharge du parti, que le ministre responsable dans ce dossier, Raymond Bachand, est un ancien péquiste, ce qui me fait dire que l’un dans l’autre, les partis politiques, au Québec, sont souvent des copies carbone les uns des autres.

Métro de Montréal: La cour donne raison à Alstom

La Presse canadienne rapporte que la cour a donné raison à la société française Alstom, qui contestait le fait que le gouvernement du Québec ait accordé sans appel d’offres un contrat de 1,2 milliards$ à Bombardier pour le renouvellement des voitures du métro de Montréal.

Encore une fois, il aura fallu un jugement de la cour, et par extension, des centaines de milliers de dollars en frais d’avocats, pour faire entendre raison au gouvernement du Québec, qui se dit pourtant ouvert et transparent dans ses transactions.  Mais ce n’est rien; la STM pourrait en appeler de ce jugement.  Mais ce n’est pas grave, ce sont encore les contribuables qui vont payer.

Il s’agit là d’un autre exemple d’aveuglement volontaire du gouvernement actuel, qui suit l’exemple d’autres gouvernements avant lui.  Au lieu de se contenter d’établir un cahier des charges et d’aller en appel d’offres, il a préféré donner le contrat à Bombardier, sans aucune consultation.  Comme si Bombardier était le seul a pouvoir faire le travail.  Les gouvernements qui se sont succédé à Québec ont quand même l’habitude des contrats accordés à leurs amis, surtout quand il s’agit de la STM; les autobus à plancher bas de NovaBus en sont un autre superbe exemple.  Ces espèces de poubelles passent plus de temps dans les garages de la STM que sur la route; même le site de la STM dit que les débuts de ce véhicule furent peu reluisants!  Lisez par vous-mêmes cet extrait.

« Le Novabus, qui fit son entrée dans le courant des années 90, représente un changement majeur par rapport à ses prédécesseurs.   Il s’agit d’un autobus à plancher surbaissé. L’acquisition de ce type de véhicule a été privilégiée d’une part pour faciliter l’accès aux personnes plus agées, groupe en croissance, et d’autre part, afin de rendre un jour le transport en commun ordinaire accessible aux personnes en fauteuil roulant. Ce type d’autobus ne fut pas accueilli en grandes pompes; on lui reprochait bien des défauts. De plus, un épisode malheureux, début 1999, fit que l’on dut retirer tous ces autobus du service pendant deux semaines à cause d’un problème mécanique.  Tout cela est maintenant du passé et des sondages récents auprès des usagers de ces autobus révèlent une augmentation du niveau de satisfaction suite aux récents aménagements effectués dans ces véhicules. »

Une chance que la STM fait des sondages auprès de ses usagers; ça permet à l’organisme de s’orienter pour l’avenir, et de rédiger des textes encourageants sur son site web.

Encore une fois, Québec a profité d’une sombre réglementation qui semble-t-il lui interdisait de faire affaire avec des entreprises situées hors du Québec par acheter ces véhicules fabriqués à Saint-Eustache, alors qu’il existe des autobus à plancher bas qui font le travail de façon formidable ailleurs dans le monde.  Et maintenant, attachez vos tuques avec de la broche; le gouvernement du Québec a investi des millions$ dans le développement d’autobus articulés, qui viennent tout juste d’être lancés par NovaBus, et qui seront fabriqués dans la même usine.  Évidemment, ces autobus pourront admettre jusqu’à 55 passagers, au lieu des 41 qui peuvent prendre place dans un autobus conventionnel, soit une augmentation d’environ 35%, mais son coût d’achat sera probablement plus élevé, quant à lui, et peut-être de plus de 100%.  Et ce sans compter qu’il faudra former les employés d’entretien aux nouvelles technologies utilisées dans ces véhicules.  Des heures et des heures dans les garages en perspective.

Bien entendu, les environnementalistes vont tenter de nous faire croire que de doubler le coût d’achat des véhicules pour transporter chacun 16 passagers de plus demeure une excellente décision environnementale.  Évidemment, ils oublieront de mentionner que le fait de mesurer 62 pieds au lieu de 40 les fera consommer davantage, alors que la STM déclarera à qui veut l’entendre que ces nouveaux véhicules permettront d’augmenter l’offre de service sans embaucher de chauffeurs supplémentaires, avec un seul autobus articulé au lieu de mettre deux véhicules conventionnels – et deux chauffeurs – à la file quand vient le temps d’augmenter temporairement la capacité d’un circuit.  Les chauffeurs coûtent donc si cher que ça?

Pour revenir à Alstom, j’espère seulement que cette société pourra déposer une offre vraiment concurrentielle pour le renouvellement des voitures de métro, et que cette dépense juridique de la STM lui rebondira dans la face en temps et lieux.  Malheureusement, il ne faudra pas compter sur le gouvernement actuel pour ce faire.