Loi 61: Les occasions manquées

Suite à la lecture d’un article publié sur le site web d’un hebdomadaire local, dans lequel des acteurs municipaux s’enthousiasmaient en regardant la liste des 202 projets, comprise en annexe au projet de loi 61, déposé par le gouvernement du Québec ces derniers jours, je suis allé moi-même éplucher ladite liste, afin de savoir quels seraient les changements à apporter au réseau routier supérieur de la belle province.  Force est de constater qu’il y a des absences notables.

La liste est présentée, en annexe au projet de loi, par ordre alphabétique des régions du Québec, ce qui aide à s’y retrouver.  En ce qui concerne le Ministère des transports (MTQ), c’est plus d’une cinquantaine de projets, parmi lesquels beaucoup de réfections de ponts, et de mise aux normes d’équipements de télésurveillance.  On y trouve aussi quelques projets structurants de transport en commun, et quelques investissements ferroviaires.  Au final, il y a plusieurs projets routiers importants, dont quelques projets majeurs.  Faisons le tour ensemble.

Dans le grand Québec, un absent de taille; le troisième lien.  Même s’il s’agit d’une promesse électorale phare du parti au pouvoir, aucune mention dans la liste.  Par contre, le grand projet de la région de la Capitale-nationale, à figurer sur la liste, est la reconstruction du pont de l’île d’Orléans.  Au Centre-du-Québec, c’est l’autoroute 55 qui tient le haut du pavé; on y mentionne une “bonification”, alors que l’on sait que cette autoroute doit être doublée.  Qu’en sera-t-il dans les faits?  Le bon Dieu le sait, le diable s’en doute, et Saint-Pierre cherche encore!

Du côté de Chaudière-Appalaches, en plus de quelques projets ferroviaires, et de transport en commun à Lévis, on y trouve le prolongement de l’autoroute 73; on présume que ce sera pour quelques kilomètres au sud de Saint-Georges.  Pour la Côte-Nord, rien! Niet! Nada! Pas de prolongement de la route 138. Juste zéro, pis une barre.  En Estrie, un seul projet, partagé avec la Montérégie, à savoir la dernière section de l’A-35, entre Saint-Armand et la frontière américaine.  En Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, quelques projets ferroviaires, et de bâtiments, seulement.

Dans Lanaudière, il ne faudra pas célébrer trop rapidement; il y a plusieurs projets, mais rien d’énorme.  Ceux qui rêvent de voir la route 158, entre Saint-Esprit et Joliette, redevenir une section de l’autoroute 50 risquent de déchanter; on y mentionne un plan de sécurisation de la route, en 4 projets distincts.  Je prévois un rond-point ou deux, et quelques centaines de mètres de voies de dépassement, tout au plus.  Triste.  Tous les éléments sont pourtant là pour réaliser un superbe “deuxième lien” Joliette-Montréal, celui via l’A-40 étant de plus en plus congestionné.  Parmi les autres mentions, trois projets ans l’axe A-25/QC-125, dans le but d’améliorer la circulation dans le secteur, dont un “prolongement” de l’A-25, et la réalisation de la voie de contournement de Saint-Lin–Laurentides, qui donnera une bouffée d’air pur à cette petite ville, où la circulation devient carrément impossible par moments.

Les Laurentides, pour leur part, verront surtout des projets partagés avec d’autres régions, comme l’A-19 avec Laval, et l’A-50, avec l’Outaouais.  Pour le reste, on entend améliorer la route 117 entre Labelle et Rivière-Rouge, et réaliser quelques projets locaux.  Puisque l’on parle de Laval, à part quelques projets de transport en commun, certains chantiers locaux, et bien entendu l’A-19, on veut grandement améliorer l’échangeur A-15/A-440, qui fût le théâtre d’un grave accident, l’an dernier, entre autres par une bretelle directe (flyover) menant de l’A-15 ouest à l’A-440 nord.

Une grande absente, parmi les régions limitrophes du corridor du Saint-Laurent, est la Mauricie; deux réfections de route, soit un pont sur la route 138 à Batiscan, et la route 361, entre Sainte-Geneviève-de-Batiscan et l’A-40, sont les deux seuls projets sur la liste.  Le chaînon manquant de l’A-40, au nord de Trois-Rivières, qui serait nettement supérieur, à mes yeux, pour régler les bouchons de circulation matinaux (eh oui; des bouchons à Trois-Rivières!) à la stupide bretelle d’entrée de la rue des Miliciens, dont les travaux avancent bien.

La Montérégie, de par sa grande étendue, et sa proximité du grand Montréal, voit plusieurs projets routiers se retrouver sur la liste de la loi 61. Pensons à l’A-35, en partage avec l’Estrie, et au réaménagement des bretelles de l’échangeur A-10/A-35, en plus de plusieurs projets en transport en commun, et à caractère local et administratif.  Montréal voit, pour sa part, sept projets de réfection d’infrastructure technologiques, comme la mise aux normes de la centrale de télésurveillance, et de transport en commun, dont le principal est le prolongement de la ligne bleue du métro.

L’Outaouais voit, à part l’autoroute 50, en partage avec les Laurentides, deux projets de transport en commun, alors que les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent, et du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne verront que quelques projets locaux sur la liste du projet de loi 61.

Si l’on croise cette liste avec la carte interactive des volumes de circulation de l’Atlas des transports, on se rend compte que les besoins à combler, juste en transports, aurait pu facilement faire monter la liste de 202 à environ 500 projets.  Évidemment, les besoins de la population ne se limitent pas qu’aux transports, et l’argent ne pousse pas dans les arbres.  Bref, il faudra prendre son mal en patience.

Programme du MTQ pour 2016-18: Rien de rassurant

C’est hier, 8 avril, que le ministre des transports – pardon, le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports*, monsieur Jacques Daoust, y est allé de la conférence de presse annuelle du MTQ – pardon, du MTMDET, celle au cours de laquelle les chiffres des investissements routiers des deux prochaines années sont dévoilés.  Selon ce que l’on nous montre à ce sujet sur le site web du ministère, c’est à peine 6,1% des quelque 4,7 milliards$ investis qui proviendront de “partenaires”, c’est à dire des municipalités, et du gouvernement du Canada.  Il faut toutefois spécifier que les deux principaux projets financés en partie par le fédéral, soit les autoroutes 35 et 85, sont en sursis cette année; les travaux de la dernière phase de l’A-85, entre Saint-Antonin et Saint-Louis-du-Ha! Ha! devraient en principe commencer l’an prochain, alors que du côté de l’A-35, la suite des choses est toujours à l’étude.

Évidemment, les listes des chantiers par région ne seront disponibles que dans quelques semaines, mais pour l’instant, on nous donne la répartition des fonds entre les régions, et entre les différents aspects des travaux.  On y apprend que sur les 4,725,200,000$ investis, seulement 478,4M$, soit environ 10,1%, iront au développement du réseau routier.  C’est donc près de 90% des sommes allouées cette année qui iront à la conservation du réseau actuel, dont 2,1G$ à la conservation des structures (ponts, viaducs, etc.), et 1,25G$ en asphaltage, ce qui prouve que le réseau routier a toujours besoin de rattrapage.  Le pire, c’est que si l’on tient compte de la qualité des travaux effectués au cours des dernières années, qualité qui souvent laissait à désirer, la somme à investir pour assurer un réseau de qualité devra aller en augmentant.  Bref, malgré les chiffres qu’on nous balance à l’occasion, il semble que les choses ne vont pas en s’améliorant.  Il y a une raison simple à cela; les infrastructures construites, ou rénovées, ne le sont pas toujours en fonction de la réalité sur le terrain.  Par exemple, si l’on refait une route en fonction d’un DJMA** de 50,000 véhicules par jour, et que dans les faits, il en passe plutôt 100,000, il est clair que l’infrastructure durera moins longtemps.

Quand on regarde au niveau des régions, on constate que l’île de Montréal a la part du lion, avec 1,405,970,000$, soit à peine moins de 30% du budget total.  On peut comprendre que l’échangeur Turcot prend à lui seul une large part de ce budget; en plus de construire le nouveau complexe, des sommes se chiffrant en centaines de millions de dollars sont nécessaires à maintenir les composantes de l’échangeur actuel en place.  La région de la Capitale-Nationale (incluant la ville de Québec, mais sans s’y limiter) arrive en troisième place, avec 443,413,000$, se faisant damer le pion par la Montérégie, qui bénéficiera de 532,103,000$.  Viennent ensuite dans l’ordre la Côte-Nord (305,318,000$), Chaudière-Appalaches (297,715,000$), les Laurentides (242,502,000$), le Saguenay-Lac-Saint-Jean (219,856,000$), l’Abitibi-Témiscamingue (198,808,000$), le Bas-Saint-Laurent (188,093,000$), la Mauricie (138,972,000$), Lanaudière (135,612,000$), le Centre-du-Québec (129,205,000$), l’Outaouais (125,658,000$), l’Estrie (124,542,000$), la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine (96,344,000$), et le Nord-du-Québec (73,687,000$), alors que l’île de Laval ferme la marche avec 67,382,000$.

Attendons maintenant de voir quels seront les projets à réaliser dans chacune des régions du Québec.  Nous le saurons d’ici quelques semaines, à mesure que sortiront les listes régionales détaillées.

 

* Vous me permettrez de continuer d’utiliser les formules courtes, à savoir “MTQ”, et “Ministère des transports”.

** DJMA: Débit journalier moyen annuel.

Parti québécois: Pourquoi Noëlla Champagne ne sera pas ministre

La nomination, par Pauline Marois, et la présentation du Conseil des ministres du nouveau gouvernement du Parti québécois (PQ), mercredi dernier, n’ont pas fait que des heureux.  Si, du côté des environnementalistes, l’accession de deux de leurs radicaux, en Martine Ouellet (Vachon) aux Ressources naturelles, et Daniel Breton (Sainte-Marie–Saint-Jacques), à l’Environnement, les a fait jubiler, de celui de la Mauricie, les festivités ont plutôt fait place à la colère.  Alors que trois élus de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, pour ne citer que cet exemple, sont passés au Conseil des ministres (Stéphane Bédard, dans Chicoutimi, au Conseil du Trésor, Alexandre Cloutier, dans Lac-Saint-Jean, aux Affaires intergouvernementales canadiennes, et Sylvain Gaudreault, dans Jonquière, aux Transports et aux Affaires municipales), ni l’un, ni l’autre des deux élus péquistes de la Mauricie n’est parvenu à accéder aux saint des saints.

Si l’on comprend que Luc Trudel, dans Saint-Maurice, en soit à sa toute première élection à titre de député, il en est tout autrement de Noëlla Champagne, qui entame son troisième mandat, et son deuxième consécutif, comme députée de Champlain.  Elle occupe le siège depuis 2003, à l’exception du passage éphémère de l’adéquiste – devenu libéral – Pierre-Michel Auger, mais patauge dans la politique depuis environ 25 ans.  D’abord conseillère municipale à Saint-Louis-de-France, de 1988 à 1997 (ville fusionnée à Trois-Rivières en 2002), elle est passée au Bloc québécois, puis au PQ, d’abord à titre de directrice d’organisation, puis d’attachée politique du député péquiste Yves Beaumier, pendant six ans.  Bien au fait des dossiers locaux, elle fut donc toute désignée pour le relever, lors de l’élection de 2003, où elle sauvegarda le siège au PQ, malgré l’arrivée des libéraux au pouvoir, exploit qu’elle a répété en 2008.  Bref, tout chef consciencieux, à défaut de la placer dans son top-3, aurait à tout le moins considéré la candidature de madame Champagne au Conseil des ministres, ne serait-ce que pour un poste de whip.

Mais cela ne s’est pas produit.  Et voici pourquoi.

En politique, il existe deux sortes de députés.  La première, dont le nombre est en progression lente, mais constante, est celui de ce que l’on pourrait considérer comme des élitistes.  Issus de familles riches, de professions libérales ou individus bien en vue dans leur organisation, ils sont souvent considérés comme incontournables, lorsque vient le temps de procéder à des nominations, et ce davantage pour une question d’image que de compétences, celles-ci étant parfois plutôt limitées.  En Mauricie, pensons à Djemila Benhabib, dans Trois-Rivières, ou encore à Patrick Lahaie, dans Maskinongé, candidats parachutés qui ont tous les deux mordu la poussière.  La deuxième, que l’on voit malheureusement de moins en moins, sont issus de milieux locaux; des gens d’affaires en région, des personnes issues de la politique municipale, ou encore du milieu socio-communautaire.  On les voit très peu, devant les caméras; si la plupart ont des compétences, sinon une connaissance de leurs dossiers, à toute épreuve, ils ont aussi, parfois, un franc-parler qui détonne avec la “langue-de-bois”, désormais omniprésente, en politique, et dont l’élite ne peut plus se passer.

Je n’ai jamais rencontré Noëlla Champagne, mais je sais qu’elle fait partie de la seconde catégorie, comme les Jacques Brassard, Guy Chevrette, et autres Yvon Picotte de ce monde.  Mais à l’image de Bernard Landry, Pauline Marois, malgré ses origines modestes, fait désormais partie de la première.

Le problème, c’est que les gens de la première catégorie regardent trop souvent ceux de la seconde, comment dire, “du haut de leur hauteur”; ils les considère trop souvent comme des gens qui n’ont pas suffisamment évolué, en politique, contrairement à eux.  Et ils ont aussi tendance à les “enlever de leur chemin”, lors qu’ils accèdent aux plus hautes fonctions.  Cette tendance est particulièrement présente au PQ; on se souviendra des démissions fracassantes de Guy Chevrette, et de Jacques Brassard, à qui Bernard Landry, lorsque celui-ci a pris la relève de Lucien Bouchard, a offert des ministères moins importants.

Dans le cas présent, les considérations qu’avait Pauline Marois pour Jean-François Lisée, et Pierre Duchesne, deux “joueurs d’arrière-scène” du parti, issus du journalisme, à qui elle a probablement offert elle-même des circonscriptions sûres, étaient trop fortes, et ne permettaient pas d’accueillir une roturière au sein du Conseil des ministres.  Il faut dire que contrairement à ce qu’on exige des députés de la deuxième catégorie, s’ils veulent s’assurer une carrière longue et fructueuse, Noëlla Champagne est de celles qui ne restent pas silencieuses; dans certains dossiers locaux, elle a pris des positions, et les a maintenues contre vents et marées.

Et c’est pour ça, selon moi, qu’elle devra retourner au caucus des députés en regardant par terre; à mon point de vue, ce n’est pas demain la veille qu’elle prendra place au Conseil des ministres. À moins que, de par son boycott du caucus, elle suive les traces des étudiants.  Reportera-t-elle un jour son carré rouge?

MTQ: La manne de 2012-13 est tombée!

À travers les politiciens qui se surpassent en conneries, et les étudiants qui se plaignent le ventre plein, nous avons eu droit à la tombée de la manne du MTQ, pour l’année budgétaire 2012-13.  Comme c’est le cas depuis plusieurs années, le tout se chiffre à environ 4 milliards$, quand on y inclut les contributions extérieures (fédéral, municipalités, organisations paragouvernementales, PPP, etc.).  Je vais tenter de vous tracer un portrait global des projets les plus importants, parmi les quelque 1600 chantiers qui feront rager les utilisateurs du réseau routier québécois.  Commençons par Montréal, et sa périphérie, puis faisons le tour des régions, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, depuis la Montérégie, en terminant par le nord.

Montréal, Laval et Laurentides

Montréal aura, comme par la plupart des années passées, la part du lion des budgets du MTQ, puisque c’est là que tout risque de tomber en ruines.  Il faut d’abord spécifier qu’il ne s’agit pas nécessairement de nouveaux chantiers, mais aussi, et surtout, de chantiers déjà commencés, qui se poursuivront dans le futur, et/ou se compléteront cette année.  Parmi les grands chantiers, rappelons bien sûr Turcot (A-15/A-20/A-720); on y parle d’un nouvel accès au site du CUSM, dont les travaux avancent beaucoup plus rondement que ceux du CHUM, mais également du maintien des structures actuelles, et du développement du projet de reconstruction de l’échangeur, le tout dépassant les 100 millions de dollars, pour cette année seulement.

Les travaux de l’autoroute Métropolitaine (A-40) viennent ensuite, au niveau des coûts, avec une enveloppe de 50 à 100M$, et comprendront la fin du réaménagement de l’échangeur des Laurentides (A-15 nord), la suite de celui de la partie nord de l’échangeur Décarie (A-15 sud), et de diverses structures de la Métropolitaine elle-même, et la reconstruction du viaduc de la voie de desserte de l’A-40, au-dessus de Décarie.

Une enveloppe de 10 à 50M$ est attribuée au réaménagement de l’échangeur Dorval (A-20/A-520), qui accumule beaucoup de retard, suite à des chicanes administratives.  Notons que le fédéral, la ville de Montréal, et Aéroports de Montréal (ADM), contribuent ensemble à hauteur de 22,7M$ dans ce projet.

D’autres chantiers, de moins de 10M$, viendront s’ajouter à ceux-ci, à savoir la réfection des structures de l’échangeur Saint-Pierre (A-20/QC-138), celle des viaducs Hickmore, et Cavendish, sur l’A-520, le renforcement du pont de l’île-aux-Tourtes, dont le budget est réparti 52%/48% avec la Montérégie, et la reconstruction de la chaussée de la Transcanadienne (A-40), en direction ouest, entre le boulevard Saint-Charles et le pont de l’île-aux-Tourtes.  Mais ce qui fera probablement le plus mal, c’est entre Montréal et l’île-Jésus, puisque l’on va procéder à la réfection des ponts Lachapelle (QC-117), Médéric-Martin (A-15), et Pie-IX (QC-125), dans lequel Laval mettra 1,482,000$, et tout cela se fera en même temps!  Wow!  Superbe travail de planification, au MTQ!  Vraiment!  À moins que ce soit parce que le temps manque pour les refaire un par un; le MTQ ne le dit pas!

Parlant de Laval, les utilisateurs du réseau routier n’y seront pas en reste; on y construira un écran antibruit, le long du côté nord de l’A-440, entre l’A-19 et la rue de Dublin.  Laval contribuera, à hauteur de 5,425,000$, au financement de ce chantier, qui durera deux ans.  Toujours sur l’A-440, on complétera la réfection du viaduc de la montée Saint-François, et à l’autre bout, on terminera le réaménagement de trois intersections, sur l’avenue des Bois (QC-148), deux chantiers qui ont débuté l’an dernier.  Les principaux chantiers comprendront aussi le viaduc du boulevard Cartier, au-dessus de l’A-15 (sur deux ans), et celui de la route 125, qui surplombe les boulevards Lite et Saint-Martin (sur trois ans), dont les travaux se mettront en branle cette année.

Sur la Rive-Nord, notons le début de la quatrième, et dernière phase du réaménagement de l’échangeur A-15/A-640, qui s’étalera sur 3 ans, ce qui nous mènera en 2015-16, rien de moins!  Au total, ce chantier aura donc duré près de dix ans!  Sur l’A-640, deux importants chantiers se termineront cette année, soit le réaménagement de l’échangeur du boulevard Arthur-Sauvé, à Saint-Eustache, qui dure depuis trop longtemps, et celui du carrefour giratoire de la route 344, à Saint-Joseph-du-Lac, tout au bout de l’A-640, entrepris l’an dernier.  Dans l’axe de l’A-15, on entreprendra la reconstruction du viaduc de la route 344, à Boisbriand (sur deux ans), dont 168,000$ proviendront de la ville, de celui de la rue de Martigny, à Saint-Jérôme, ainsi que le réaménagement de l’intersection de la rue Siméon, et de la route 117, à Mont-Tremblant.  Finalement, à Mirabel, on procédera à la réfection de chaussée, et au réaménagement de quelques intersections, sur la route 148, et sur le chemin Saint-Simon.

Montérégie

Commençons notre tour par le sud-ouest de la région de Montréal.  La Montérégie, qui a déjà ravi à Montréal la part du lion du budget du MTQ, au moins une fois, ces dernières années, verra encore une fois beaucoup de chantiers multimillionnaires sur son territoire.  Deux projets dépasseront les 50M$ cette année.  D’abord le prolongement de l’A-30, en partenariat public-privé (PPP), se poursuit, entre Vaudreuil-Dorion et Châteauguay.  L’ouverture de cette nouvelle voie rapide devrait avoir lieu en décembre de cette année.  Notons que le gouvernement fédéral y injecte 305M$.  L’autre grand projet, celui du prolongement de l’A-35, entre la frontière américaine et Saint-Jean-sur-Richelieu, avance aussi, mais prendra quelques années encore avant d’arriver à terme.

Parmi les projets dotés d’une enveloppe de 10 à 50M$, il y a le pont de la rivière Richelieu, entre Chambly et la ville de Richelieu, sur l’A-10, dont la réfection se poursuit, le réaménagement de l’échangeur A-20/A-25/QC-132, à Longueuil, et la réfection du pont Honoré-Mercier (QC-138), à Kahnawake.  Deux nouveaux chantiers s’ajouteront à ceux-ci, à savoir celui de la reconstruction des viaducs de l’échangeur A-20/A-30, à Boucherville, et celle des ponts de la voie du CP, et de la rivière Rigaud, sur l’A-40, dans la municipalité du même nom.

Parmi les chantiers moins dispendieux, mais tout aussi importants, notons celui des ponts et viaducs de la rivière l’Acadie, et des chemins Salaberry, et Bellerive, sur l’A-10, à Carignan, celui du viaduc du chemin du Fer-à-Cheval, au-dessus de l’A-20, à Sainte-Julie, maintes fois attaqué par des camions au chargement trop haut, ces dernières années, et dans lequel la ville de Sainte-Julie contribue pour 2,105,000$, et la reconstruction du pont de l’île Thomas, qui fait franchement peur à voir, pont situé tout juste à l’ouest du pont de l’île aux Tourtes, sur l’A-40, à Vaudreuil-Dorion.

Estrie

Plusieurs chantiers, en Estrie, cette année, le plus gros étant bien sûr celui du prolongement de l’A-410, entre l’échangeur du boulevard de l’Université et celui de la rue Dunant.  Parmi les chantiers de moins de 5M$, notons l’ajout d’une voie, sur l’A-10, et l’A-410 et l’A-610, l’ajout d’une nouvelle chaussée, et la construction d’un pont d’étagement, sur cette dernière, ainsi que la reconstruction du pont de la route 255, sur la rivière Saint-François, à Dudswell.

Centre-du-Québec

Dans cette région, trois chantiers dépasseront les 10M$, cette année.  D’abord, un que l’on attend depuis longtemps, là-bas, celui de la construction d’un échangeur autoroutier à l’angle de l’A-55 et du chemin des Acadiens, à Bécancour, site où de nombreux accidents mortels ont eu lieu, ces dernières années.  On procédera aussi à la reconstruction du pont de la rivière Saint-François, sur la route 132, entre Saint-François-du-Lac et Pierreville.  Le troisième grand chantier comprendra la reconstruction, et l’élargissement, du viaduc du boulevard Lemire, sur l’A-20, à Drummondville.

Chaudière-Appalaches

Deux chantiers importants sont programmés, soit celui de la réfection des joints du tablier du pont Pierre-Laporte, sur l’A-73, à Lévis, et celui de la reconstruction de l’A-20, sur 6,4 km, en direction est, depuis un point situé à 500 mètres de l’échangeur 291, à Saint-Apollinaire.  La liste du MTQ ne fait toutefois aucune mention des divers travaux sur l’A-73, qu’il s’agisse du doublement de l’autoroute, entre Sainte-Marie et Beauceville, ou encore du prolongement de Beauceville à Saint-Georges.  Peut-être un oubli, de la part des fonctionnaires?  Les bonzes du MTQ n’en seraient pas à leur premier oubli; souvenons-nous de celui du kilomètre manquant, dans le projet du métro de Laval.

Bas-Saint-Laurent

On note seulement deux chantiers dotés d’enveloppes entre 5 et 10M$, à savoir la suite de la reconstruction de la route 132, à Saint-Joseph-de-Lesage (contribution de la municipalité de 200,000$), et à Mont-Joli (contribution municipale de 30,000$), ainsi que celle de la route 195, à Saint-Rémi-de-Matane, également commencée l’an dernier.  Pourtant, tout est loin d’être terminé, en ce qui concerne l’A-85, vers la frontière du Nouveau-Brunswick, ou encore de l’A-20, en super-2, vers Trois-Pistoles.  Aucune mention de ces deux axes, dans la liste régionale du MTQ!

Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine

Là-bas, un seul projet de plus de 5M$, soit celui de la reconstruction de la route 132, à Listiguj, mais les chantiers de moindre importance seront nombreux, comme dans toutes les régions du Québec, d’ailleurs.  On ne fait pas mention de la construction du nouveau pont du chenal du Havre-aux-Maisons, sur la route 199, aux Îles-de-la-Madeleine; peut-être que ce projet est encore en phase d’élaboration.

Côte-Nord

Dans cette région en effervescence, où l’on effectue d’énormes investissements, les projets routiers sont nombreux.  Notons cinq projets dont le budget dépasse les 10M$; le contournement du village de Longue-Rive, sur la route 138, l’asphaltage de cette même route, entre la limite ouest de Baie-Johan-Beetz et le pont de la rivière Aguanish, dans la municipalité du même nom, le prolongement de la route 138, entre Kegaska et Vieux-Fort, dans les municipalités de Côte-Nord-du-Golfe-du-Saint-Laurent, et de Gros-Mécatina, ainsi que deux projets distincts, qui consistent en l’asphaltage de près de 80 kilomètres de la route 389, à Rivière-aux-Outardes, et à Rivière-Monchalagane.

Saguenay – Lac-Saint-Jean

Une autre région où les petits chantiers seront nombreux, le Saguenay – Lac-Saint-Jean travaillera sur deux projets plus importants, dotés d’enveloppes dépassant les 10M$; le prolongement de l’A-70, vers l’est, entre sa fin actuelle et le chemin de la Ligne-Bagot, et la reconstruction du pont Carbonneau, sur la route 169, à Saint-Félicien.  Parmi les chantiers moins dispendieux, mais quand même importants, soulignons la réfection du pont Dubuc, sur la route 175, dans le secteur Chicoutimi de la ville de Saguenay.

Capitale-Nationale

Ce nom, pondu à l’époque où le parti québécois était au pouvoir, désigne la région de Québec, et dans cette région, les chantiers ne manqueront pas, en 2012-13.  Mentionnons celui du doublement de la route 175 à quatre voies divisées, dans la Réserve faunique des Laurentides, et du prolongement de l’A-73, à Stoneham-et-Tewkesbury, qui se poursuit cette année, et dans lequel le gouvernement fédéral met 1,055,000$.  Cinq autres chantiers profitent d’enveloppes entre 10 et 50M$; le réaménagement des bretelles de l’échangeur Wilfrid-Hamel, sur l’A-73, dans lequel la ville de Québec contribue à hauteur de 6,6M$, celui de l’échangeur A-440/A-740, qui se poursuit (131,000$ de la ville de Québec), la reconstruction du viaduc du chemin de fer, et de l’avenue Blaise-Pascal, sur l’A-540, viaduc que l’on élargira de 4 à 6 voies, l’aménagement d’une voie réservée sur l’A-740, ainsi que la poursuite du réaménagement de la Côte du Calvaire, de 2 à 4 voies, sur la route 138, à Saint-Aimé-des-Lacs, à l’ouest de Clermont.

Mauricie

En Mauricie, pas de grands chantiers coûteux, mais beaucoup de chantiers, quand même.  Retenons trois projets de plus de 5M$, soit la réfection du tablier des viaducs du boulevard des Récollets, sur l’A-40, et de celui du pont Duplessis est, sur la route 138, tous deux à Trois-Rivières, ainsi que la reconstruction de quatre ponts, et la réfection de la chaussée de la route 138, entre la limite de Saint-Barthélémy et le début de la zone urbaine de Maskinongé.  Notons également, parmi les autres chantiers, des réfections de chaussée sur l’A-40, en direction est, d’abord à Batiscan, de part et d’autre du pont de la rivière Champlain, et à Yamachiche, entre les sorties 174 (QC-138) et 180 (QC-153).

Lanaudière

L’essentiel des grands chantiers de cette région se passera le long de l’A-40; à L’Assomption, entre les routes 341 et 343, la réfection de la chaussée vers l’est (plus de 10M$), par superposition de dalles en béton de ciment (SDBC), méthode utilisée entre Saint-Sulpice et Lavaltrie, par les années passées, qui consiste à installer des dalles de béton par-dessus la chaussée d’asphalte existante.  Ce chantier montrera, encore une fois, la connerie humaine appliquée au MTQ; l’an dernier, on a démantelé les voies de service de la sortie 108, qui desservaient les routes 341 et 343, pour remodeler le tout en deux sorties distinctes, à savoir la sortie 106, pour la route 341, et la sortie 110, pour la route 343.  Si l’on avait laissé les voies de service en place, on aurait pu refaire les deux chaussées à la fois, en faisant passer la circulation sur les voies de services.  Mais non; on va faire des réaménagements de voies, en 3/1, comme pour les deux chantiers entre Saint-Sulpice et Lavaltrie, et on va étirer tout cela sur deux ou trois ans!  Tout pour faire chier les utilisateurs de l’A-40! Bravo!

À Saint-Sulpice, on va procéder à la suite des travaux d’aménagement d’un poste de contrôle routier, pour la SAAQ, en direction ouest (entre 5 et 10M$), toujours sur l’A-40, dans une partie des voies de service démantelées.  Parmi les chantiers de moins de 5M$, il y a la fin des travaux de réfection de la chaussée ouest, par SDBC, entrepris l’an dernier, à Saint-Sulpice, la réfection du système d’éclairage, entre le pont Benjamin-Moreau et la rue Valmont, à Repentigny, ainsi que celle des viaducs de l’A-640, et du boulevard Industriel, respectivement à Terrebonne et à Repentigny, le tout encore sur l’A-40.  On procédera également – enfin! – au réaménagement de l’intersection des routes 158 et 345, à Sainte-Geneviève-de-Berthier, là où 5 travailleurs ont perdu la vie lors d’une collision avec un autobus scolaire, il y a de cela environ un an.  L’intersection sera transformée en carrefour giratoire.  Aussi, au moins l’un des ponts de la route 158, à La-Visitation-de-l’Île-Dupas, sera refait.

Outaouais

Nous enjambons les Laurentides, que l’on a couvert plus tôt, avec Montréal et Laval, pour continuer notre tour en Outaouais, où deux chantiers très importants sont en cours, à savoir celui – à couper le souffle – du prolongement de l’A-5, sur 6,5 kilomètres, entre le ruisseau Meech et le contournement de Wakefield (QC-366), dans lequel le fédéral investit 25,9M$, et celui du « chaînon manquant » de l’A-50, entre Thurso et Montebello, sur une distance de 24 kilomètres, qui devrait en principe laisser passer ses premiers véhicules à l’automne de 2012.  S’ajouteront à ceux-ci de nombreux chantiers locaux et régionaux.

Abitibi-Témiscamingue

Dans cette région-ressources, trois chantiers importants seront en cours.  Celui de la reconstruction du pont Desmarais, sur la 1ère Avenue, à Amos, dans lequel la ville d’Amos met 36,000$, remporte la part du lion du budget du MTQ, en Abitibi, avec une enveloppe de plus de 10M$.  Viennent ensuite deux chantiers dont l’enveloppe contient entre 5 et 10M$, tous deux situés à Rouyn-Noranda; l’asphaltage de la route 117, incluant les accotements, sur 11 kilomètres, depuis le chemin du Mont-Brun vers l’ouest, dans le secteur McWatters, et celui de la voie de contournement de Rouyn-Noranda, dans lequel on procédera, cette année, à l’élaboration des plans et devis, au déplacement de services publics, ainsi qu’à l’acquisition et au déboisement de terrains.

Nord-du-Québec

La région du Nord-du-Québec fait l’objet d’investissements massifs du gouvernement du Québec, dans le cadre du Plan Nord, et cela se répercute dans les projets du MTQ.  Deux chantiers dépasseront les 10M$, en 2012-13, soit la reconstruction du pont de la rivière Coigny, et de ses approches, sur la route 109, dans la municipalité de la Baie-James, et surtout le prolongement de la route 167, sur pas moins de 182 kilomètres, vers les monts Otish, afin de desservir les nouvelles mines, au nord de Chibougamau.

Conclusion

En fait, le MTQ a fait comme à chaque année, avec sa liste de projets, c’est à dire qu’il éteint des feux, tout en tentant de rattraper le temps perdu, en ce qui a trait au développement du réseau routier.  Certaines annonces sont carrément du tape-à-l’oeil, comme celle du prolongement de la route 138, de Kegaska à Vieux-Fort; comment pourrait-on construire une route, avec environ 10M$, qui relierait deux villages séparés par environ 300 kilomètres, à vol d’oiseau, dans un territoire entrecoupé par des rivières qui ressemblent à des fleuves?  Elle aura beau être en gravier, il n’en demeure pas moins que certains ponts, sur cette route, coûteront au-delà de 10M$ pièce!

Bref, vous pourrez voir toutes les listes régionales, ainsi que d’autres informations, en cliquant sur ce lien.  Vous pourrez ainsi en tirer vos propres conclusions.

Pont Champlain: Va-t-il tomber avant Turcot?

Selon un article publié sur le site web de la Société Radio-Canada, le sénateur conservateur Larry Smith a annoncé, en conférence de presse, ce vendredi matin, que le gouvernement fédéral va injecter 228 millions$ dans la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain Inc. (PJCCI), dont 158 M$ serviront à la réfection, et à la sécurisation, de l’unique corridor du pont Champlain.

C’est que La Presse a publié hier (jeudi), en exclusivité, que deux rapports, remis en décembre dernier à Transports Canada, et au ministre fédéral des transports, Chuck Strahl, par la firme Delcan, indiquent que le pont Champlain, et ses approches, se dégradent beaucoup plus rapidement que prévu, d’une part, et d’autre part, que l’ensemble est si fragile qu’un effondrement partiel d’une partie de la structure serait possible, notamment en cas de tremblement de terre.  L’article mentionne également que des discussions sont en cours, entre les paliers de gouvernement provincial et fédéral, pour l’éventuel remplacement du pont Champlain.

Depuis le temps que j’en parle, du pont Champlain!  Curieusement, à chaque fois qu’un tremblement de terre majeur survient, quelque part dans le monde, on répète à qui veut l’entendre que le pont Champlain pourrait s’écrouler, si cela se produisait chez nous!  En août 2008, j’ai écrit un billet, qui s’intitulait justement “Pont Champlain: Depuis le temps que j’en parle!”, et dans lequel je présente même la configuration idéale des voies d’un nouveau pont.  Je vais maintenant vous expliquer, dans un langage à partir duquel les ingénieurs ne comprendront que dalle, mais vous, oui, comment il faudra procéder pour remplacer l’actuel pont Champlain.

Étape 1: Construire un tout nouveau pont à six voies, tout juste à côté du pont actuel.

Étape 2: Démolir le pont actuel.

Étape 3: Construire un autre pont à six voies, tout juste à côté du nouveau pont.

Étape 4: Raccorder les deux ponts ensemble, afin qu’ils deviennent un seul et unique pont.

Bon, je sais, je me fous un peu de la gueule de nos amis ingénieurs.  Mais dans les faits, le MTQ procède déjà de cette façon pour la reconstruction du pont Carbonneau, qui enjambe la rivière Ashuapmushuan, sur la route 169, à Saint-Félicien, dans la région du Saguenay – Lac-Saint-Jean.  Un pont, justement, dont le nombre de voies sera doublé, passant de deux à quatre.  Une simulation visuelle, réalisée par la firme Génivar, montre en détails l’avancement des travaux; vous pouvez la visionner en cliquant sur ce lien (qui dit fichier .wmp dit ouverture avec Windows Media Player; soyez patient, le chargement en mémoire tampon risque d’être long).  En procédant de cette façon, pour le pont Champlain, cela permettra de maintenir continuellement six voies disponibles aux heures de pointe, et ce à n’importe quel moment, durant les travaux.

Évidemment, des travaux d’une telle envergure exigeront des coûts sans précédent.  C’est pourquoi il faudra procéder en mode de partenariat public-privé (PPP), et installer un péage électronique, selon le même principe que celui du pont de l’autoroute 25, qui accueillera ses premiers clients en mai prochain.